Tourisme : Vocation trahie et ambitions contrariées

Le secteur du tourisme continue à pâtir d’un héritage fait d’indolence et de morosité, conséquences logiques d’une économie de rente qui ne s’appuyait que sur les exportations pétrolières.

Les formalités d’usage faisaient que, à chaque début de saison touristique -à partir de mai, pour le Nord, et à partir de novembre, pour le Sud- le ministre du secteur, l’administration locale, l’Office national du tourisme, ont l’habitude de verser dans une espèce d’activisme peu rentable qui entretient la confusion sur la gestion des plages ou sur le niveau de sécurité au niveau des wilayas du Sud. La vraie problématique du tourisme, en tant que maillon solidaire d’une économie ouverte sur la diversification tous azimuts, tarde visiblement à être de façon franche sur la table des décideurs.

Il n’est guère surprenant de rencontrer, à la fin de chaque saison touristique et sur des titres de la presse nationale, des statistiques des Algériens qui ont passé leurs vacances en Tunisie ou en Turquie, voire dans des contrées plus lointaines, comme Dubaï ou la Malaisie. Abdelouahab Nouri, ministre de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat, dit « déplorer » la préférence des Algériens pour des destinations touristiques étrangères, qui causent « une grande perte pour le trésor public ». Cependant, il est assurément le mieux placé pour savoir les raisons de cette « perversion » des flux touristiques dont pâtit l’Algérie.

Le bilan du tourisme local -en termes de déplacement des visiteurs, particulièrement étrangers, et de séjours effectués sur les sites touristiques- reste d’une affligeante faiblesse. Au point où l’activité touristique ne contribue qu’à hauteur 1,5% du produit national brut (PIB), alors que, dans les pays voisins (Maroc et Tunisie), ce taux atteint les 7 à 8%, selon une déclaration faite en septembre dernier par le ministre de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat, Abdelouahab Nouri.  « Un travail de longue haleine est nécessaire pour promouvoir ce secteur et lui permettre de contribuer efficacement à l’économie nationale », a-t-il affirmé.

Parent pauvre de l’économie 

Lors de la visite qu’il a effectuée jeudi 17 novembre à Illizi, le ministre a mis en relief « la nécessité d’exploiter tout le potentiel touristique existant en Algérie et de le mettre au service de l’économie nationale ». La question a été fraîchement discutée samedi dernier, au cours de la rencontre gouvernement-walis, particulièrement dans ses aspects liés à l’investissement dans les structures d’accueil et de séjour (hôtellerie) et à la mobilisation du foncier touristique.

Ce dernier souffre de plusieurs aléas, dont la bureaucratie administrative et le détournement de terrains déjà désignés à recevoir des projets touristiques. Le ministre a même diligenté, il y a quelques semaines, des enquêtes administratives sur les zones d’expansion et sites touristiques (ZEST) détournées sur les wilayas côtières.

Demeuré longtemps le parent pauvre du développement économique, par la faute d’une arrogance rentière permise par les recettes pétrolières, le tourisme a perdu ses repères, non seulement dans ses segments d’accueil, de transport et de séjour, mais, plus gravement encore, dans la « matière première » qui fait le joyau et même la raison d’être de l’activité touristique, à savoir les sites culturels, naturels et historiques qui ont fait, naguère, de l’Algérie un pays porteurs d’immenses potentialités dans le domaine.

Cette matière première est souvent laissée en friche, mal valorisée, lorsqu’elle n’est pas agressée, dilapidée et volée, comme c’est le cas pour toutes les pièces de musées et de fouilles archéologiques qui se destinent, par les voies de la contrebande, vers les pays d’Europe.

A ces graves atteintes au patrimoine historique et culturel, se greffe une agression de l’environnement, qui fait que les paysages naturels et autres sites (plages, montagnes, forêts, sentiers pédestres, gouffres, lacs, rivières, barrages hydrauliques,…), autrefois féeriques et captivants, sont aujourd’hui souillés par une gestion du cadre de vie peu regardante sur les exigences de propreté, d’hygiène, de potentiel de récréation et d’attractivité.

Le ministre du Tourisme a déclaré, lors de la rencontre gouvernement-walis, qu’ « il est nécessaire de réhabiliter ce secteur, de sorte qu’il soit en phase avec l’évolution dans le monde, pour réaliser le développement du pays, avec la contribution de tous, notamment le gouvernement, les collectivités locales, les citoyens et les différentes institutions de l’Etat ». Néanmoins, le secteur du tourisme s’appuie sur deux béquilles : les sites touristiques -dans toutes leurs déclinaisons (naturels, historiques, culturels, infrastructurels)- et les conditions d’accueil, de transport et de séjour. On ne peut faire l’économie de l’un de ces segments, au risque de continuer à naviguer à vue et tirer des plans sur les comètes.

En projetant le secteur du tourisme dans les nouvelles perspectives de diversification des activités que le gouvernement veut donner à l’économie nationale en ces temps de dèche financière, Abdelouahab Nouri a mis en exergue la valeur et l’étendue des sites touristiques et du patrimoine historique et culturel, en déclarant: « l’Algérie est dotée de paysages extraordinaires, d’un patrimoine culturel et naturel exceptionnel, d’un secteur de l’artisanat traditionnel novateur, qui pourraient faire d’elle une destination touristique d’excellence ».

Du pain sur la planche

Néanmoins, sur ce volet précisément, l’Algérie a du pain sur la planche. Il s’agit, en premier lieu, de valoriser tout le patrimoine et les sites qui sont porteurs de potentialités touristiques avérées et ce, par les aménagements nécessaires pour les rendre exploitables (routes, électrification, restauration, commodités de séjour in situ,…); puis, d’imaginer une politique audacieuse dans le soutien et l’encadrement de l’investissement dans les structures touristiques (hôtels, auberges, forêts et espaces récréatifs, villages touristiques,…). Le tout est censé être encadré par un système de formation adapté aux exigences d’un tourisme calibré aux  standards internationaux (accueil, hôtellerie, restauration, guides touristiques de montagne et du désert, …).

C’est dans ce sens que, lors de sa visite à Illizi, le ministre du Tourisme fera l’observation suivante: « Mais l’évolution et le développement de ce secteur sont tributaires de notre capacité à transformer tous ces éléments bruts en produits consommables, répondant aux standards internationaux, de façon à faire face à la concurrence et ainsi répondre aux différents défis ». Dans ce contexte, il faudrait rappeler que l’organigramme du gouvernement, qui a affecté le ministère délégué à l’Artisanat au ministère du Tourisme, n’est pas fortuit. Les produits des métiers traditionnels et les produits du terroir sont une autre « matière première » de l’activité touristique qu’il y a lieu de soutenir, de renforcer et d’améliorer.

Vocation malmenée par une prospérité factice  

La période de l’aisance financière, qui a prévalu pendant plus d’une décennie, a amoindri, voire tué, des savoir-faire, des pratiques, des métiers et des produits qui faisaient la fierté de l’Algérie jusqu’aux années quatre-vingt du siècle dernier et ce, par la faute d’importations inconsidérées et non ciblées. Les vanniers de la steppe, les dinandiers des vieilles médinas, les potiers et bijoutiers de Kabylie, les tapissiers d’Aflou, ont vu leur volonté et leur élan brisés par une économie de rente qui ne jurait que par le tout-importation, y compris le faux artisanat de Chine et des autres contrées.

Les sources thermales, héritage d’un passé berbéro-romain et turc, sont, dans le meilleur des cas, laissées à leur sort, lorsqu’elles n’ont pas vue leur périmètre et espace forestier vital brûlés. D’autres sources thermales sont gravement menacées dans leur existence par les carrières d’agrégat qu’on a installées à leur proximité et qui produisent des mouvements sismiques à même de faire perdre définitivement le filon d’eau, qui a pourtant, jusqu’ici, fait circuler les eaux sulfureuses, carbonatées ou ferrugineuses pendant des millions d’années.

La vocation touristique de l’Algérie qui, selon le ministre du secteur, devrait être réhabilitée et consacrée dans le nouveau modèle de croissance économique adopté par le gouvernement depuis juin 2016, est une entreprise de longue haleine qui est supposée toucher à tous les aspects du problème, allant de la protection/restauration des sites naturels, historiques et culturels, jusqu’à la facilitation de l’obtention des visas aux visiteurs étrangers, en passant par l’amélioration des conditions d’accueil et l’encouragement des investissements portant sur les infrastructures de séjour et de détente.

Amar Naït Messaoud

Commentaires [2]

  1. abdoul7460  – 20/11/2016 à 11:09

    c’est sur les cotes algériennes qu’Ulysse a entendu les sirènes.

  2. abdoul7460  – 19/11/2016 à 23:26

    nous n’avons pas une culture d’accueil. c’est plutôt l’exil qui le serait volontaire ou subit

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    • abdoul7460 dit:

      c’est sur les cotes algériennes qu’Ulysse a entendu les sirènes….

    • abdoul7460 dit:

      nous n’avons pas une culture d’accueil. c’est plutôt l’exil qui le serait volontaire ou subit…

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