Ouyahia défend-il une caste ou un programme économique ?

Cette caste émargé sur le budget du Trésor public. C’est l’élan de soutien de cette caste qui l’a rendu non seulement euphorique mais n’a pas observé son devoir de réserve et de neutralité qu’exige son poste de Premier ministre.

En effet, visiblement, l’humour qu’il a voulu faire sur la taxe des touristes algériens lors de leur voyage à l’étranger n’était pas du goût de tout le monde, à commencer par le président de l’Assemblée et il l’a fait savoir lui-même. Le rire dans la vaste salle semble partagé.

Ensuite, cette attaque frontale envers l’opposition qu’il qualifie de radicale n’était pas de nature à l’apaisement nécessaire pour mettre en œuvre son programme qu’il vient de présenter. Mais là, les citoyens ont l’habitude de ce spectacle qu’offrent leurs responsables pour vider leurs cœurs en public en changeant de casquette au bon gré des circonstances.

A un moment dans cet épisode matinal, Sieur Ouyahia a mis sa casquette de Premier ministre de côté pour empiler celle de leader politique d’un parti da la coalition au pouvoir. Mais là n’est pas la question essentielle car les politiques se brouillent entre eux pour mieux sceller leur relation plus tard. C’est plutôt sa réponse aux économistes qui a montré une certaine indigence dans sa culture économique que notre ami Dr. Goumiri l’a si bien mis en exergue dans sa tribune paru dans Le Matindz pour qu’on le comprenne et ne pas la comptabiliser en négatif dans son bilan.

Disons, ce n’est pas de sa faute mais celle de ceux qui l’ont formé. Ce qui est grave pour un Premier ministre qui défend le programme d’un président de la république déjà en difficulté par sa santé, c’est l’incohérence de la méthodologie de présentation de son plan d’action. Il a commencé par les hypothèses avant d’exposer sa problématique. En effet, lors du discours de la présentation de ce programme, il a posé les grands principes qui ont conduit aux actions qu’il compte entreprendre qui étaient pratiquement les mêmes que son prédécesseur.

A ce stade, les observateurs ne comprenaient pas comment deux programmes qui se basaient sur les mêmes hypothèses et faisant le même diagnostic de la situation financière de l’Algérie dont le premier a été approuvé par la procédure réglementaire et a débuté sa mise en œuvre n’était pas bon et le second qui ne lui était pas étranger devrait l’être.

Il a fallu attendre le jour de la réponse aux interrogations des députés pour qu’il affiche clairement sa problématique qui se résume de la sorte : nous avons au 31 août 2017, 360 milliards de dinars en caisse, nous en dépensons 200 chaque mois, en tant premier responsable de l’exécutif, je ne pourrai pas vous payer d’ici Novembre. Ma solution immédiate est la planche à billets pour renflouer les caisses du Trésor public.

Pour lever les difficultés, il faut déverrouiller une de nos lois algériennes par votre vote en faveur de cette démarche. La majorité absolue des députés a accepté, un point final et comment peut-il en être autrement ?

C’est pour cela qu’il n’y a eu aucune question centrale sur les moyens financiers qu’il doit avoir pour aider les investisseurs qu’il déclare disposer de projets crédibles, de construire en deux ans 1,6 million de logements, de ramener la puissance électrique de 14 000 MW à 20 000 en trois ans, de maintenir la subvention autour de 27 milliards de dollars, de multiplier les niches fiscales pour encourager les jeunes chômeurs.

Il est probable que la planche à billets a commencé déjà sous une forme ou une autre car la paie des fonctionnaires pour le mois d’octobre qui se prépare pourrait manquer de liquidités puisqu’à en croire les chiffres donnés par Ouyahia lui-même, il ne restera que 160 milliards de dinars. L’amendement de la loi sur la monnaie et le crédit ne sera qu’une formalité pour une régularisation.

Plus inquiétant dans cette aventure que l’Algérie va vivre encore une fois avec le citoyen Ouyahia, c’est sa conception de la diversification. Il la confond avec l’économie de bazar. Pour lui, notre économie est diversifiée parce que les hydrocarbures ne représentent que 17% de la sphère productive. Il oublie que l’Algérie importe tout, il a bien annexé les chiffres dans son programme.

En une décennie, les importations sont passées de 9 milliards de dollars à plus 40 milliards de dollars.

Alors où est cette production qu’offrent les industriels algériens qui devait d’abord parer aux importations et s’intégrer progressivement à travers un transfert de technologie. Les ingrédients du yaourt, cher à notre Premier ministre sont importés. Le taux d’intégration moyen en Algérie ne dépasse pas 5%.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

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    • hamer dit:

      Arrêtez de polémiquer, il n'y a pas de quoi en faire tout un drame, la conjoncture actuelle est bien difficile, mais pas ...

    • hamer dit:

      M l'économiste a raté une occasion en or de se taire, on l'aurait sollicité pour un éventuel portefeui...

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