"La suppression totale et brutale des subventions est une faute à ne pas faire" (Brahim Guendouzi)

L’économiste, Brahim Guendouzi signaleque « toute  l’activité économique repose(…) sur des subventions », c’est pour quoi il faut accompagner toute révision de dispositif de concertations sociales et politiques et de réformes structurelles.

Maghreb Emergent : Une enveloppe budgétaire de 1.760 milliards de dinars a été allouée aux transferts sociaux durant l’exercice 2018, indique le projet de loi de Finances 2018. Le ministre des Finances a indiqué que la politique des subventions sera revue et certaines subventions, notamment  celles de l’énergie, seront carrément supprimées. Est-il judicieux de supprimer les subventions de l’énergie dans un pays où le coût de celle-ci représente l’un des avantages comparatifs fondamentaux  dans l’économie ?

 

Brahim Guendouzi : Dans le contexte actuel de fonctionnement de l’économie algérienne, vouloir remettre en cause la politique des subventions dans sa globalité c’est ouvrir la boite de Pandore. En d’autres termes, c’est tout le système économique qui est concerné, aussi bien les ménages que les entreprises ainsi que les banques et autres  institutions. Par où commencer ? Le bout du fil peut être effectivement l’énergie. La question n’est plus par rapport aux avantages comparatifs de l’économie nationale pour attirer les investisseurs étrangers. La problématique posée actuellement est celle de la croissance rapide de la consommation énergétique risquant de remettre en cause l’existence d’un surplus exportable à l’horizon 2024.

Question corollaire, si augmentation des prix des produits énergétiques  il y a (électricité et autres combustibles), une répercussion sur le système des prix serait immédiate. Comment  amortir une telle hausse alors que toute  l’activité économique repose justement sur des subventions ? De nombreuses  entreprises risqueraient même la fermeture car dépendant directement des prix subventionnés. D’où deux risques à éviter : des pertes d’empois et des tensions inflationnistes. C’est la faute à ne pas faire !

Abderrahmane Raouia a également annoncé, à partir de Dubai, que le gouvernement pourrait mettre fin aux subventions des prix d’essence à partir de 2019 et autres subventions à partir de 2020 sans préciser lesquelles dans l’objectif, dit-il, d’éliminer le déficit budgétaire de l’Etat d’ici trois à quatre ans. Cet objectif est-il réaliste selon vous quand on sait que le Gouvernement compte substituer aux subventions des pensions directement attribués aux familles nécessiteuses ?

Le coût financier de la politique de subvention des prix des produits énergétiques est énorme remettant ainsi en cause la viabilité des finances publiques. D’après les estimations du FMI, les 20% d’Algériens les plus riches consomment six fois plus de carburant que les 20% d’Algériens les plus pauvres.

Le ministre de l’Energie a rappelé il y a quelques mois que le prix réel  du carburant est de 125 DA. Il parait illusoire d’aller vers ce prix même si la nécessité d’appliquer une hausse est pertinente. Le tarif de l’électricité  est plus problématique car il y va de l’équilibre financier de SONELGAZ d’une part, et de la consommation de l’électricité dans toute l’économie nationale (ménages et entreprises) d’autre part. Aussi faudrait-il lier l’assainissement des finances publiques aux seuls prix du carburant et de l’électricité ? Par contre, l’objectif de verser des pensions aux ménages les plus démunis peut être une solution qui concerne les subventions des produits de large consommation. Et encore le résultat pourrait être autre que celui escompté faute d’études d’impact.

Les subventions dérèglent le marché et empêchent son fonctionnement selon une rationalité économique. Mais, encore une fois, c’est pour un objectif autre qu’économique que l’Etat veut lever les subventions. Cela veut-il dire que quand l’Etat aura des caisses pleines, il reviendra aux subventions ?

Le système des subventions a été bâti au fur et à mesure de l’aisance financière comme résultante de la hausse des cours du pétrole brut durant de nombreuses années. L’objectif visé étant d’assurer un certain équilibre dans la société algérienne. L’effet pervers est que toutes les couches sociales, aisées et démunis, ont pu en bénéficier. Le budget de l’Etat recevait  alors des recettes jusqu’à 65% de la fiscalité pétrolière.

Evidemment, dans ce modèle la question de la rationalité économique est reléguée au second plan. L’économie marchande étant biaisée car les prix ont perdu leur sens économique. Aussi, l’objectif de révision des subventions touche inévitablement non seulement au pouvoir d’achat des ménages mais surtout à l’activité des entreprises (publiques et privées) ainsi qu’à la plupart des secteurs économiques (agriculture, industrie, BTP, services) concernés justement par les prix subventionnés.

C’est donc un véritable casse-tête pour les pouvoirs publics que de vouloir venir à bout des subventions dans un laps de temps aussi court. En réalité, toute la société algérienne est concernée. D’où la nécessité de la concertation (politique, économique et sociale) à tous les niveaux pour éviter des cassures ainsi que des réformes économiques à mener en vue d’apporter des changements structurels  sur les plans de la fiscalité, de l’investissement, de la consommation, du financement, du commerce extérieur, etc.

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