Inquiétudes au sujet d’une dépréciation du dinar

Il a été compris des déclarations du ministre des Finances que le dinar allait faire l’objet d’une dépréciation. Pour rassurer, la Banque centrale (BC) a indiqué que les ajustements appliqués de temps à autre au dinar se font dans des marges étroites et font partie de la gestion courante de la monnaie nationale par rapport aux principales devises.

Ces ajustements sont dus essentiellement aux fluctuations des taux de change du dollar américain et de l’euro.

Les éclaircissements fournis le sont pour répondre à certaines interrogations du pouvoir et surtout pour essayer de limiter les confusions et les spéculations. La stabilité de la monnaie nationale (le dinar) sur le plan aussi bien interne qu’externe constitue la fonction principale de la BC.

Toutefois, il se trouve que quelles que soient les mesures prises par la BC, quelle que soit leur justesse pour assurer cette stabilité, elles restent insuffisantes pour atteindre ne serait-ce qu’en partie l’objectif visé. Elles restent insuffisantes si elles ne sont pas accompagnées d’actions allant dans le même sens et qui sont du ressort exclusif du gouvernement.

En l’absence d’une politique budgétaire rigoureuse établie en concordance avec la politique monétaire suivie par la BC, de circuits commerciaux bien organisés, de lutte menée par les pouvoirs publics avec détermination contre les marchés informels, les spéculations, les fraudes, la corruption, etc., les efforts déployés par la BC pour préserver la valeur du dinar s’avèrent vains.

Il en est de même si des dispositions législatives et réglementaires ne sont pas promulguées par les autorités pour réduire la masse énorme de billets de banque et de pièces métalliques de monnaie en circulation (la circulation fiduciaire) – qui s’élevait, fin 2012, à 2997,2 milliards de dinars (soit 26,7% de la masse monétaire M2) – favorise les trafics et présente une menace constante sur la stabilité des prix.

Sa réduction peut se réaliser en imposant l’utilisation, à travers les circuits bancaires et financiers, des moyens de paiement modernes tels que les chèques, les virements, les cartes bancaires, etc. Cela contribuera à limiter les paiements en espèces et leurs inconvénients.

L’augmentation des dépenses budgétaires courantes (42,8% en 2011), la désorganisation des circuits commerciaux ainsi que les spéculations et les dysfonctionnements des activités économiques sont en grande partie à l’origine du développement de l’inflation, dont le taux s’est élevé à 8,9% en 2012. Or, c’est l’inflation, c’est-à-dire la hausse des prix, qui mine la valeur de la monnaie et provoque sa dépréciation sur le plan interne et sur le plan externe.

1) Sur le plan interne, la population sait bien combien les prix des produits non subventionnés et des services ont augmenté. A titre d’exemple, le prix du kilo de viande qui variait, il y a trois ans, entre 600 et 700 DA, se situe à l’heure actuelle entre 1400 et 1500 DA. Habituellement, les dépréciations du dinar résultent d’une gestion hasardeuse de la monnaie par la BC lorsqu’elle laisse accroître la distribution des crédits à l’économie et à l’Etat d’une manière inconsidérée notamment.

C’est ce qui augmente la masse monétaire et la monnaie en circulation, lesquelles pèsent sur les prix et favorisent ainsi l’inflation. Ce n’est plus le cas dans notre pays depuis l’intervention de la hausse du prix du baril de pétrole, prix qui est passé progressivement de 17,91 dollars en 1999 à 100 dollars en 2008 et à 113 dollars en 2011.

De ce fait, les recettes très importantes en dollars provenant de l’exportation des hydrocarbures sont devenues l’élément essentiel de la création monétaire et de son expansion. La monnaie créée par la BC en contrepartie de l’achat des dollars engendrée par l’exportation des hydrocarbures profite essentiellement à Sonatrach et à l’Etat grâce aux impôts et taxes perçus dans ce cadre.

La fiscalité pétrolière représente les deux tiers des recettes budgétaires de l’Etat. Les abondantes dépenses effectuées par Sonatrach et l’Etat du fait de ces importantes ressources inondent l’économie de liquidités.

Les actions menées par la BC pour résorber ces liquidités au moyen de l’utilisation de différents instruments (reprise des liquidités des banques, constitution auprès d’elles de réserves obligatoires, etc.) n’ont qu’un effet limité sur l’excès de liquidités qui est devenu structurel depuis 2002, alimente l’inflation, laquelle entraîne la dépréciation du dinar.

Ainsi donc, la dépréciation du dinar est certaine sur le plan interne et ampute le pouvoir d’achat des citoyens, notamment ceux qui disposent de peu de moyens. Mais cette dépréciation est due à des facteurs qui ne relèvent pas directement de la BC.

2) Sur le plan externe, la BC s’efforce, après les désastreuses dévaluations du dinar, durant les années 1990, de maintenir dans une certaine mesure le dinar stable par rapport aux monnaies étrangères. Son taux par rapport à ceux des principales devises est flottant, mais de manière contrôlée.

En conséquence, sa valeur fluctue, mais dans une marge relativement étroite. Il n’est pas rattaché à une monnaie étrangère déterminée (le dollar ou l’euro par exemple) de sorte que son taux reste fixe par rapport à cette monnaie.

Il en est ainsi en ce qui concerne les monnaies des pays du Golfe qui sont liées au dollar et ont de ce fait leur taux de change invariable par rapport à cette devise. Quant à la valeur du dinar, elle est déterminée à partir d’un panier de monnaies étrangères où prédominent le dollar et l’euro. Lorsque le taux de change de ces deux monnaies notamment fluctue (à la hausse ou à la baisse) il influence automatiquement le taux de change du dinar.

Ces derniers jours, le taux de change de l’euro vis-à-vis du dollar a augmenté et est passé de 1,28 à 1,38 dollar. Cette augmentation a engendré une baise du taux de change du dinar par rapport à l’euro, lequel équivaut à l’heure actuelle à 109,90 DA. Le dollar vaut de son côté 81,48 DA.

Il est à signaler que l’euro a déjà valu 109,04 DA en 2009 et que le dollar a déjà, en 2012, valu 82,09 DA. Par ailleurs, la BC calcule ce qu’elle appelle le taux ce change effectif réel du dinar à partir d’une formule établie par le FMI et utilisée par la plupart des pays. Pour arrêter ce taux, la formule intègre les fondamentaux (c’est-à-dire les aspects essentiels qui caractérisent l’économie de notre pays, y compris le différentiel d’inflation).

Il est normal que la BC recoure à des instruments considérés comme fiables et utiles pour déterminer de manière plus objective le taux effectif réel du dinar tout en veillant à le maintenir proche de son niveau d’équilibre.

Mais il importe de ne pas être prisonnier d’une formule, quelle que soit son efficacité. La détermination du taux de change est à faire à la fois avec flexibilité en fonction de l’offre et de la demande sur le marché interbancaire des devises et d’une manière pragmatique qui prenne en considération les objectifs qu’on veut atteindre en fixant le taux en question.

Dans les circonstances actuelles et grâce à l’existence d’un niveau élevé des réserves de change et d’un niveau très bas de la dette extérieure, la politique suivie par la BC pour assurer une certaine stabilité du dinar en le laissant fluctuer dans une marge relativement étroite, en relation avec les variations des taux de change des principales devises, paraît adaptée et judicieuse.

Toutes ces dernières années, le taux du dollar américain par rapport au dinar a varié entre 73,80 et 82,09 DA et celui de l’euro a varié entre 91,05 et 109,90 DA.

Ce qui crée des difficultés à l’économie algérienne, c’est l’existence du marché parallèle des devises qui est une véritable plaie et, d’autre part, l’absence d’action efficace pour mettre fin aux multiples dysfonctionnements et pour engager une stratégie visant le développement économique et social.

Une telle stratégie doit tendre à promouvoir les investissements productifs notamment et à mobiliser tous les moyens en assurant leur bonne utilisation pour atteindre les objectifs fixés.

B. Nouioua (*)

(*) Ancien gouverneur de la BCA

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