Champ politique algérien et élections : le triomphe du populisme

Un parti politique digne de ce nom peut prétendre rassembler « tous les démocrates », « tous les républicains,  tous les libéraux », « tous les islamistes », selon ses penchants idéologique et son identité politique, mais aucunement « tous les Algériens » car la société algérienne n’est pas un bloc populaire monolithique.

A chaque élection, ce sont les mêmes partis qui gagnent. Il arrive que les sigles changes légèrement, mais c’est toujours le même discours qui triomphe : celui qui porte, propage et défend le projet populiste.

Les récentes élections locales n’ont pas dérogé à la règle. Elles n’ont fait que confirmer la configuration du champ ploitique algérien qui s’est dessinée lors des dernières législatives.  Les partis de l’administration, le FLN et le RND, ont, comme il fallait s’y attendre, pris l’essentiel des sièges. Les partis qui leur sont subordonnés et qui relaient leur discours, le MPA et TAJ, ont également eu des scores honorables pour leur taille et leurs ambitions, même si, tous les deux ont enregistré de petit recul en nombre de voix.  

 

Pour le FFS, le RCD, le PT, les scores ont baissé mais ils sont restés acceptables compte tenu de la présence timide des ces formations sur le territoire, les trois n’ayant pas réussi à présenter des candidats dans plus de 20% des communes existantes. Les islamistes quant à eux ont subi un affront qui confirme le dégonflement de l’utopie islamiste et l’essoufflement du l’islamisme politique sur le terrain.

Toutefois, la grande surprise, c’est le Front El Moustakbal. En effet, ce parti, en dépit de sa jeunesse, a présenté 803 listes communales sur les 1541 Assemblées populaires que compte le pays, soit dans 52.10 des communes,  et il en a remporté 71. Pour les APW,  ce même parti a présenté 39 listes sur les 48 du territoire national, il a obtenu 31 sièges. Pourquoi certains partis gardent leur place hégémonique, d’autres progressent et d’autres encore reculent ? Quel est le point commun entre les partis qui gagnent du terrain ?

Avoir une identité politique : un handicap

Les principaux partis politiques qui reculent sur la scène politique, à savoir le FFS, le RCD, le MSP et le PT sont des partis qui ont des identités politiques plus ou moins claires même si, à quelques différences près, ces partis se laissent parfois entrainer dans des envolées populistes  et électoralistes qui leur font perdre le nord. Le FFS et le RCD sont clairement des partis national-socialiste pour le premier et social-démocrate avec un évident penchant pour la laïcité et l’économie de marché pour le deuxième. Le PT est un parti de gauche qui continue à assumer un discours trotskyste et altermondialiste. Le MSP, mélange d’une idéologie nationaliste radicale et d’un islamisme soft, affiche une adhésion sans nuance aux valeurs libérales qu’il peine néanmoins à formuler sous forme de projet.

Mais, il apparait clairement, vu les résultats des différentes élections qui ont eu lieu ses dix dernières années, que ces quatre partis ont eu le tort d’être lisibles et d’essayer, chacun à sa manière, de tordre le coup au projet populiste ou, tout au moins, de lui tourner le dos. Ces partis en effet, contrairement aux autres, n’ambitionnent pas de mobiliser tous les Algériens mais uniquement ces Algériens avec lesquels il partagent une sensibilité, une adhésion à un projet.

Car, un parti politique digne de ce nom peut prétendre rassembler « tous les démocrates », « tous les républicains », « tous les libéraux », « tous les islamistes », selon ses penchants idéologique et son identité politique, mais aucunement « tous les Algériens » car la société algérienne n’est pas un bloc populaire monolithique dont le passé, le présents, les ambitions, les sensibilités, les visions, etc., sont les mêmes.

Discours pour « le peuple » et contre « la société »

Le FLN, le RND, le MPA, le TAJ, le FM sont des partis qui essaient de se vendre comme étant des porteurs de projets. Or, s’il est vrai que le RND et le MPA notamment essaient de se faire passer pour des partis libéraux, ils sont vite rattrapés par la tentation populiste, surtout dans les contextes électoraux, qui leur fait redécouvrir les vertus mobilisatrices du populisme.

Ainsi, Ouyahia, tout comme Ould Abbas, Abdeaziz Belaid, Amar Ghoul et Amara Benyounes, ne ratent aucune occasion de dire que « leur parti est le parti de tous les Algériens » et qu’ils « défend les intérêts de tous les Algériens », niant ainsi la complexité de la société algérienne, les conflits qui la traversent et les spécificités des intérêts des uns et des autres, pour s’engouffrer pieds et poings liés dans le vide hallucinant du peuple conçu comme un bloc monolithique. En somme, ces partis sacrifient la société qui, elle, est une réalité, pour vanter le peuple qui, lui, n’a d’existence que dans les fantasmes idéologiques des tenants du statuquo.

« El Moustakbel » sera populiste ou ne sera pas

« El Moustakbel veut dire  avenir en français. Le front el Moustakbel que dirige Abdelaziz Belaid est donc investi, en principe, de la mission de construire dans la tête des Algériens l’avenir de l’Algérie. Toutefois, son discours, à quelques écarts près, est merveilleusement claqué sur celui du FLN.  « Nous sommes le parti de tous les Algériens », « Nous ne sommes ni un parti libéral ni un parti de gauche », « nous ne sommes ni dans l’opposition, ni avec le pouvoir » sont autant de phrase qui lèvent le voile sur la caractère éminemment populiste de ce parti dont tous les discours magnifient « le peuple » algérien  tout en le présentant comme « un ensemble de mineurs » qu’il faut assister, protéger.

Ce discours a fait et fait toujours gagner des voix au Front El Moustakbal.  Le président de ce parti considère que la formation qu’il dirige n’a récolté que ce qu’elle a semé. Pour lui, en somme, le score réalisé lors des dernières législatives est largement mérité.

« Je trouve que nous avons fait une excellente campagne, qui a drainé beaucoup de personnes et l’engouement était palpable partout où nous tenions meeting. Notre programme et notre discours sont aujourd’hui en phase avec les aspirations d’une bonne partie de la jeunesse. Notre succès est aussi dû à la qualité des candidats que nous avons présentés, dont beaucoup sont des cadres reconnus localement pour leurs compétences et leur probité », a-t-il déclaré à l’issue du scrutin.  

Belaid Abdelaziz n’a pas tout à fait tort sur ce point car le Front El Moustakbal  est présent sur tout le territoire national.  Membre du Comité central du FLN à 23 ans , ancien député FLN de Batna avec deux mandats à l’Assemblée nationale, ancien secrétaire générale de l’Union générale de la jeunesse algérienne, Belaid Abdelaziz a constitué autour de lui un immense réseau de jeunes qu’il a enrôlé avec lui, en 2012, lorsqu’il a claqué la porte de l’ex-parti unique pour créer le Front El Moustakbal. Toutefois, la présence du Front El Moustakbal sur tout le territoire national, son activisme toléré et le colportage de son discours par l’ensemble des médias, y compris publics, n’a été possible que parce qu’il sort du même moule que les porteurs du projet populiste : le FLN, le RND…

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    • hamer dit:

      C'est la seule façon de bloquer la montée des Salafistes Wahabistes qui se sont accaparé des mosquées en A...

    • hamer dit:

      L'Algérie s'en sortira haut la tête, cette crise ne la concerna pas uniquement , même la France la subit et de...

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