A nouveau Nabni plaide pour une «révision urgente» des subventions de l’Etat : «20 à 22 milliards de dinars ne vont pas aux concernés»

Le think thank Care a organisé, hier, une rencontre-débat autour du dernier rapport du collectif Nabni, publié fin avril, contenant une étude et des propositions quant à la politique de subventions intitulée «Inventer le modèle algérien de transferts monétaires directs».

Pour Mabrouk Aïb, membre du collectif Nabni, Il s’agit de revoir «dans l’urgence» la politique de subventions, en s’attaquant principalement aux subventions énergétiques et alimentaires. «Le modèle actuel de subvention n’est pas soutenable comme le notent beaucoup d’experts algériens, surtout depuis la crise de 2014», observe M. Aïb.

Il poursuit en affirmant que même si le prix du baril, actuellement autour des 77 dollars, atteint 100 dollars, le modèle de subvention ne sera toujours pas soutenable. «Elles ont un caractère injuste car elles profitent aux riches comme aux pauvres et induisent beaucoup de gaspillage, énergétique ou alimentaire», argumente-t-il, ajoutant que ces subventions ont également un impact sur le trafic et la contrebande aux frontières.

Il faudrait, selon l’intervenant, envisager un modèle simple à mettre en œuvre et qui ne doit pas justifier l’inaction.

En termes de chiffres, et selon les estimations du FMI, les subventions ont coûté 13,6% du PIB en 2015, alors qu’en 2016 les subventions prévues étaient de 27,7 milliards de dollars. L’énergie occupe la part du lion avec 60% du total des subventions, le logement représente pour sa part près de 19%. La subvention du carburant représente à elle seule plus de 8% du PIB. «Réformer les subventions veut dire qu’au lieu de subventionner du carburant ou de la farine, on donne de l’argent au citoyen qui en a besoin», explique Mabrouk Aïb. Il propose de doubler sur 5 ans le prix des carburants et de se donner plus de temps pour le gaz destiné à l’industrie, «qui est davantage compétitif et dont il ne faut pas se priver pour le moment».

Autre constat, celui de Mouloud

Hedir, économiste et consultant en commerce international, qui a contribué à l’élaboration du rapport, qui affirme que la problématique ne réside pas dans les subventions mais bien dans leur distribution. Il rappelle, en ce sens, que tous les pays subventionnent une part de leurs produits sous une forme ou une autre, dont l’Union européenne, qui est l’une des grandes entités à subventionner le secteur agricole.

«Mais pour l’Algérie, ce sont des subventions qui vont à l’importation qui posent problème», estime-t-il, chiffres à l’appui, tel le lait qui a coûté à l’Etat 41 DA/litre en 2014 puis 14,3 DA/litre en 2016. «Pour le lait et les céréales, on a les moyens techniques de les produire chez nous. Mais il faut faire en sorte que nos producteurs puissent supporter la concurrence étrangère», estime l’économiste, qui fait savoir que ces produits arrivent en Algérie en étant subventionnés dans leurs pays d’origine.

Limiter le risque d’exclusion des populations nécessiteuses

Cependant, se pose la question cruciale du ciblage. A qui donner l’argent pour remplacer une partie des subventions, sachant que l’administration ne dispose pas d’un système statistique développé ? «Ce qu’on peut faire, compenser une partie des citoyens par rapport à la perte de leur pouvoir d’achat. Ensuite, soit cibler une population ou mettre en place un revenu universel», développe l’intervenant, qui propose de compenser les subventions par un montant de 12 000 DA/ménage/mois (15 000 DA pour un grand ménage) ou, individuellement, à 24 000 DA/adulte/mois (1 200 DA par enfant de moins de 15 ans) pour compenser la perte de pouvoir d’achat avec un risque d’exclusion et d’erreurs très faible.

Comprendre : viser une grande partie de la population, soit 40% environ, à travers un modèle totalement déclaratif quel que soit le citoyen qui demande à être éligible, quitte à «assumer une part des bénéficiaires qui en profiteraient indûment». Les recommandations de Nabni tablent sur l’absence de contrôle a priori mais sur  la mise en place progressive d’un contrôle a posteriori. «Car nos capacités administratives ne permettent pas de contrôler a priori. Assumons donc le taux d’inclusion élevé pour éviter l’exclusion», propose Mabrouk Aïb.

Pour Abdelkrim Boudra, président du collectif Nabni, il s’agit de limiter le risque d’exclusion des populations nécessiteuses par le biais du système déclaratif, ce qui pose la problématique des personnes activant dans l’informel et dont il est peu aisé d’évaluer les revenus. «Des personnes profitent déjà indûment des subventions actuellement.

Cela n’aggravera pas les choses», selon le représentant de Nabni, qui indique que le système déclaratif pourrait baisser le coût des subventions à 5%. «La question n’est pas d’ôter les subventions mais plutôt de réduire la part d’erreur des destinataires de ces subventions. On parle de 20 à 22 milliards de dinars qui ne vont pas aux concernés», affirme-t-il. Même si la mise en place d’un système statistique est un long travail, «il est temps d’entamer le système déclaratif», estime-t-il.

Commentaires [0]

Aucun commentaire pour le moment

Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Vous aimerez aussi

Presse-dz est le portail de la presse algérienne et de l'information en Algérie, avec une sélection des meilleures articles de la presse algérienne ainsi que les meilleures caricatures...

Caricatures

  • Commentaires

    • habibazemoura dit:

      Merci pour m avoir laisser acceder a vos quotidiens mon journal prefere c est el acil...

    • reinformatrice dit:

      Bonjour Mes Amis Journalistes L’ASTRONOME ET MÉTÉOROLOGUE A FAIT PUBLIER EN DATE DU 19 FÉVRIER 2018 , DES NOU...

    Back to Top