Cuirs et textiles, Un secteur en lambeaux

Cuirs et textiles

Un secteur en lambeaux

Selon le secrétaire général de la Fédération UGTA des cuirs et textiles, une véritable situation de déliquescence règne, ces vingt dernières années, dans le secteur textiles et cuirs, due notamment à un manque flagrant d'investissements

11 Mai 2008,   Le Courrier d'Algérie

La filière textiles a vu partir, depuis sa descente aux enfers, plus de 25 000 employés alors que l'on annonce, d’ores et déjà, la suppression prochaine de pas moins de 24 000 emplois
L'Etat est en outre tenu, par le SG de la FNCT, responsable du recours systématique à l'importation du cuir de l'étranger, puisque les autorités font pression sur les tanneries en vue de les fermer pour des raisons d'atteinte à l'environnement.
«L'industrie des cuirs et textiles se meurt à petit feu ! ».

C'est le cri d'alarme lancé, hier matin, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, par le secrétaire général de la Fédération nationale des cuirs et textiles (FNCT), affiliée à l'UGTA, Amar Takjout, qui regrettera, au passage, qu' «il y a eu malheureusement possibilité d'amorcer le secteur, y compris l'ouverture du marché, si seulement on avait mis un peu plus de moyens et un peu plus de réalisme dans notre démarche !». Il déplorera le fait que le choix « fait depuis 20 ans, est celui de le liquider (le secteur du textile, ndlr) et non pas de le maintenir… ».

Invité de la rédaction,Takjout en voudra pour preuve un certain nombre de problèmes ayant jalonné le parcours tumultueux, du moins ces vingt dernières années, de ce secteur, en l'occurrence un manque flagrant d'investissement et un délaissement total du volet de la formation.

« Dans les années 1980, témoigne-t-il, nous disposions de pas moins de 100 ingénieurs et 80 techniciens dans le textile, la maroquinerie et la confection. Or, aujourd'hui, regrette-t-il, tout ce beau monde a disparu, pire encore, la formation n'existe plus ! ».

De plus, les ressources humaines ont connu une régression inquiétante, dès lors qu'au cours des 20 dernières années, la filière du textile a vu partir plus de 25 000 employés alors que l'on annonce d'ores et déjà la suppression prochaine de pas moins de 24 000 emplois tandis que 350 salariés auraient été remerciés après avoir été indemnisés, en plus de l'entreprise Districh qui s'apprête à mettre la clé sous le paillasson ; ce sont là des nouvelles qui ne sont pas annonciatrices d'un avenir radieux pour un secteur qui aura longtemps fait la fierté de l'économie nationale du temps où les produits textiles « Made in Algeria » se vendaient même en Europe, témoignent les nostalgiques de cette époque.

Par la suite, Amar Takjout déplorera que l'Algérie est le seul pays qui n'a pas protégé sa production, contrairement à ce qui se fait ailleurs en Europe, aux Etats-Unis et en Asie notamment.

« Il n'y a qu'en Algérie qu'on a trouvé que le secteur de l'industrie manufacturière est un secteur secondaire, voire nullement attrayant… », avant d'ironiser que l'on préfère « importer une chemise au lieu de la fabriquer », allusion faite à l'Etat qui a fait preuve, selon lui, d'un flagrant laisser-aller de ce secteur, dont la régression n'est pas seulement décriée par les syndicalistes du secteur, mais ce sont également les professionnels qui montent régulièrement au créneau pour tirer la sonnette d'alarme.

L'Etat est en outre tenu responsable par l'orateur du recours systématique à l'importation du cuir de l'étranger, puisque les autorités, selon lui, font pression sur les tanneries en vue de les fermer, invoquant, à ses dires, des raisons d' « atteinte à l'environnement » à cause des déchets jugés nocifs que ces fabriques génèrent, au moment où, comble du paradoxe, une unité de traitement de déchets du cuir a été fermée à Aïn Defla !

SelonTakjout, il est utile, par ailleurs, de ne pas perdre de vue que l'industrie du textile est un secteur pourvoyeur d'emplois pour les jeunes, en particulier ceux qui n'ont pas une formation plus ou moins avancée.

Or, l'on a beaucoup plus tendance à privilégier les universitaires, ce qui n'est pas un péché en soi, souligne l'intervenant, et on oublie le plus souvent les filles et les garçons qui voient mettre fin à leur cursus scolaire de façon prématurée, note Takjout, qui interpelle au passage « un réveil des consciences de la part des pouvoirs publics », avant de concéder plus loin que ce sont les zones enclavées qui pâtiront le plus de ces suppressions d'emplois.

A en croire Takjout, il y avait quatre possibilités de sauver le secteur du textile. Premièrement, il fallait, selon lui, « éviter l'ouverture tous azimuts », en mettant notamment en place ce qu'il appelle « des barrières de protection ».

Deuxièmement, l'Etat aurait mieux fait d'accorder davantage de « priorité » à la petite et moyenne industrie qui fait dans la fabrication du textile, de l'habillement ou de la chaussure, en lui accordant beaucoup plus d'accès au marché public et ce, dit-il, en vue de « les maintenir et les équilibrer ».

Troisième point, il fallait « maintenir la formation » et enfin, dernier point, il aurait été judicieux de «suivre la tendance mondiale» axée, selon l'orateur, sur l'investissement qui passe inévitablement, observe-t-il, par le renouvellement du matériel jugé « obsolète ».

Et Takjout de déplorer que les décisions portant sur le secteur soient « décidées d'en haut et qu'on fait ensuite subir aux opérateurs économiques, d'en bas », tout en déplorant au passage « un manque de communication » entre les différents opérateurs à propos de leurs problèmes.

Or, selon le SG de la FNCT, il est plus que jamais grand temps que « la communication et le dialogue priment », non pas que cela soit réduit à de simples échanges d' « amabilités», nuance-t-il, mais il faut absolument que les travailleurs, les managers et autres acteurs économiques « participent activement à leur économie ».

« Il n'y a que dans notre pays qu'on n'arrive toujours pas à réfléchir ensemble », souligne Takjout, qui trouve « anormal » qu'un opérateur public ne puisse pas dialoguer avec un opérateur privé », appelant au passage à se débarrasser du sentiment de « suspicion » qui mine les rapports entre les divers opérateurs, privés et publics. « Il faut impérativement ouvrir un débat sur le secteur et ce, dans les plus brefs délais ! » conclut Takjout.

Younès Djama

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