Relations bilatérales

Que se passe-t-il entre Alger et Washington ?

Les relations entre Alger et Washington semblent s'être nettement refroidies avec l'arrivée de Obama à la tête des Etats-Unis. A l'époque de George Bush, elles étaient nettement plus simples, dit-on, grâce à un travail de lobbying que l'Algérie était obligée de mener, via des réseaux pétroliers, pour se faire entendre par cette puissance planétaire.

Des rencontres ont eu lieu entre les deux présidents par ailleurs. Avec le camp des Démocrates, une certaine ambiguïté s’était installée qui semble se transformer en hostilité.

Bien que n’ayant manifesté aucune rancune, Washington a été dépointée par le refus catégorique de l’Algérie d’accueillir la base d’Africom, toujours en Europe. Divers pays du continent ont suivi l’exemple de ce refus lorsque les Américains ont exploré d’autres pistes africaines.

La lutte antiterroriste exige-t-elle la présence d’une telle base, mal vue par l’opinion publique et susceptible d’amoindrir l’autonomie de décision locale ? L’Algérie s’attache à le démontrer en coopérant avec les pays du Sahel, directement, pour traquer les terroristes de l’AQMI (ex-GSPC).

L’Amérique qui encourage ouvertement cette lutte, à l’échelle mondiale, ne peut la dénigrer dans la région sans risquer de se mettre en porte-à-faux avec les pays qui la composent. Sur beaucoup d’aspects, la diplomatie algérienne lui paraît trop indépendante.

Qu’il s’agisse des bonnes relations qui existent avec l’Iran ou avec le Venezuela, ou qu’il s’agisse de la coopération économique avec la Chine et de la coopération militaire avec la Russie, l’Amérique a le sentiment que notre pays coopère plus volontiers avec les adversaires de l’oncle Sam qu’avec elle-même.

D’autant que, par son silence réprobateur, la diplomatie algérienne reste opposée, dans le fond et dans la forme, à Israël vers laquelle beaucoup de mains arabes restent désespérément tendues.

Leader de la région, amie d’Israël et de l’Amérique, l’Egypte ne l’ignore pas et l’empressement dont elle a fait preuve pour aggraver la crise qui l’a opposée à l’Algérie, et qui continue, trouve peut-être ses fondements dans cette certitude que cette dernière est en «disgrâce». La récente visite de Hilary Clinton au Maroc, et ses déclarations favorables à la politique du royaume vis-à-vis du Sahara occidental ne sont pas étrangères à cette situation.

De nombreux autres indices (comme la réaction le 9 avril aux élections présidentielles ou le refus de l’agrément de l’ambassadeur Mohamed Salah Dembri)  laissaient présager un changement d’attitude américain à notre égard. Début janvier, quelques jours après un attentat avorté sur le vol Amsterdam-Detroit, Washington décide d’inclure l’Algérie sur une liste de 14 pays à risques.

Le  7 décembre, le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci, en visite officielle aux Etats-Unis, a été soumis, selon nos confrères de Liberté, à un contrôle humiliant à l’aéroport de Washington. Entre l’Algérie et l’Amérique de Barack Obama, le froid s’installe. Avec la convocation de l’ambassadeur américain à Alger et les vives protestations dont lui a fait part le ministre des AE, il semble bien que le courant ne passe plus.

L’Algérie est-elle un pays hostile ?

Les Etats-Unis voient l’Algérie sur un triple plan. Idéologique, économique et politique. Pour les Américains, l’Algérie est un pays hostile idéologiquement. A l’instar de beaucoup d’autres pays arabes et musulmans, elle est largement acquise à l’islamisme et à ses valeurs djihadistes anti-occidentales. C’est un pays globalement ennemi.

Il est dirigé, comme ailleurs, par un pouvoir forcément antidémocratique, puisqu’il ne représente pas la culture islamiste de son peuple. Il serait illogique pour eux de considérer démocratique  le pouvoir en place, car cela reviendrait à le déclarer lui-même islamiste, ce qu’il n’est pas manifestement, ou à déclarer le peuple non islamiste, ce qui est inconcevable à leurs yeux.

Lorsque Washington s’était déclarée préoccupée par les résultats des dernières élections présidentielles algériennes, suggérant la fraude, elle n’avait pas besoin d’examiner les détails. La fraude va de soi, coule de source, étant donné que l’élu n’est pas islamiste et ne représente donc pas l’électeur – plus au fait des contradictions de la société algérienne, la France n’a pas le même regard sur ce qui s’y passe.

Voilà donc pour les Américains, un pays hostile, dirigé par une équipe anti-démocratique, d’autant plus autoritariste qu’elle est fragile, avec laquelle il faudra traiter sur le mode de la prudence, de la diplomatie et de la force. Sans jamais oublier qu’elle ne représente au mieux qu’une minorité d’occidentalisés, sans réelle influence. Partant de là, on coopère avec l’équipe selon les nécessités, et on surveille ses moindres oscillations.

Va-t-elle vers plus de démocratie ou moins de démocratie ? La question est centrale dans l’appréciation de Obama et de ses collaborateurs. Elle apparaît même plus déterminante, parce qu’elle la détermine justement, que la question de l’amitié de ladite équipe avec Washington.

Alors que les gouvernants américains parvenaient à hisser les sentiments des dirigeants arabes à leurs égards, comme paramètre premier dans leur appréciation, Obama semble la reléguer en second, selon ce principe discutable que des dirigeants autoritaires dans les pays musulmans ne peuvent être les amis de l’Amérique.

La coopération économique et même géopolitique ne suffisent plus pour espérer devenir les amis des Américains, dans des pays hostiles comme le seraient les musulmans, il faut aussi, et surtout, avancer dans la démocratisation. Seule cette dernière offrirait à leurs yeux un véritable gage d’amitié. Obama l’a bien dit dans ses deux discours d’investiture et du Caire. Il est l’ami de ceux qui avancent dans la démocratie, et il coopère d’Etat à Etat avec les autres.

L’Algérie est donc dans la coopération avec l’Amérique. Elle aurait tort de vouloir plus. La lutte antiterroriste par exemple n’est pas signe d’amitié mais de coopération dans l’intérêt des deux parties.

Pour l’Amérique, l’équipe dirigeante ne fait que défendre son pouvoir en menant des luttes antiterroristes. Si elle ne le faisait pas, elle risquerait elle-même de disparaître, et l’Amérique se chargerait de le faire à sa place – par la force. Les liens économiques, non plus, ne constituent pas un paramètre d’amitié, quelle que soit leur importance par ailleurs. Vu d’Amérique, notre pays est sous influence française.

B. D.

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