Tlemcen - Incarcéré à Remchi pour trafic de drogue

L’ex-chef de la Sûreté de la wilaya de Tlemcen crie au complot

L’ex-chef de la Sûreté de la wilaya de Tlemcen, Senouci Mohamed, vient, dans une longue lettre adressée à notre bureau régional de Tlemcen, à partir de sa cellule, expliquer les tenants et aboutissants de son incarcération.

Pour rappel, l’ex-chef de sûreté de Tlemcen est accusé dans l’affaire des 2,6 quintaux de kif saisis dans un véhicule à Maghnia, en novembre 2005, par les éléments de la sûreté de daïra de Maghnia et incarcéré à la maison d’arrêt de Remchi depuis le 19 juin 2007.

Il parlera également des raisons de ce qu’il qualifie de «complot diabolique de la mafia locale de la drogue et de la contrebande», dont il se dit victime, «en complicité avec certains véreux», alors qu’il menait, précisera-t-il, «une lutte implacable contre les intérêts des barons de la contrebande et de la drogue».

Senouci Mohamed affirme, plus loin, détenir «des preuves tangibles prouvant l’implication de cette mafia» dans son limogeage et son incarcération et aussi «derrière l’accident douteux qui a failli coûter la vie à l’ancien wali de Tlemcen, Zoubir Bensebbane», muté par la suite à Annaba. «Un rapport détaillé a été transmis en ce sens à la DGSN», ajoutera-t-il.

Il explique ces raisons, dans sa lettre, révélant qu’il a été muté à Tlemcen en juillet 2002 avec un double objectif: «redresser une situation sécuritaire critique due à la déliquescence et aux crimes en tous genres, et trouver une solution au problème majeur de la contrebande du carburant qui a pris des proportions plus qu’alarmantes».

Il ajoute qu’»à la veille du mois de Ramadhan 2002 et en étroite coordination avec le wali de Tlemcen de l’époque, une vaste opération, mobilisant plus de 1.000 policiers, a été déclenchée par mes services contre les barons de la contrebande, dans les villes frontalières, particulièrement à Bab El-Assa, Souani et Sidi Boudjenane où d’importants lots de marchandises de contrebande ont été saisis et plusieurs dépôts clandestins de carburant détruits».

Ainsi, selon lui, «les résultats ont été plus que probants et les intérêts de la mafia touchés de plein fouet».

«Depuis, affirme-t-il dans sa lettre, j’ai fait l’objet de plusieurs menaces anonymes et c’est cette même mafia, en complicité avec certains responsables véreux, qui a soulevé les populations des villages de Souani et Sidi Boudjenane qui ont connu de violentes émeutes, voulant à travers ces actes précipiter mon départ et le départ du wali de Tlemcen».

Le règlement de comptes

En menant une opération d’une telle envergure contre les grands bonnets de la contrebande sur le tracé frontalier, l’ex-chef de Sûreté de la wilaya de Tlemcen reconnaît qu’il s’attendait à sa «déstabilisation par la mafia locale et que les conséquences ne se sont pas fait attendre».

Il explique que «le wali, qui me soutenait dans ces opérations, a été muté à Annaba et la mafia locale a commencé à entreprendre un travail de fond pour rejoindre l’entourage du nouveau wali, lequel se plaignait tout le temps de mon travail lors des visites d’officiels et de personnalités à Tlemcen.

Sa première action a été d’annuler un projet de construction de dix sûretés de daïra dans la wilaya de Tlemcen, pourtant programmées par mon prédécesseur et approuvées par la DGSN. Il a voulu également reconvertir le siège de la Sûreté de Zouïa en siège d’APC, mais grâce à notre résistance cette structure existe toujours».

Dans sa lettre, M. Senouci dit aussi qu’il était «au service de l’Etat, des citoyens et de la République et non au service d’un clan pour régler des comptes à un autre clan ou d’autres personnes, dont le seul tort était de ne pas approuver la politique du nouveau chef de l’Exécutif».

L’ex-chef de la Sûreté de wilaya de Tlemcen va plus loin en affirmant que «l’actuel wali n’a pas hésité à me demander de lui adresser un rapport et faire ressortir des faits inexistants qui touchent son honneur et l’honneur de sa famille, sur toutes les personnes qui lui ont résisté et qui ont fini, d’ailleurs, par être mutées et remplacées.

Même certains journalistes n’ont pas échappé à cette règle. Tout cela est largement connu sur la place de la ville de Tlemcen».

Il ajoute: «Mon refus l’a mis dans tous ses états et ces faits sont consignés dans un rapport détaillé transmis à la DGSN et confirmé par un rapport similaire des responsables du service des renseignements généraux».

«Une lettre anonyme fut écrite à mon encontre et transmise à la DGSN ; elle a été suivie d’une audience au cours de laquelle j’ai demandé ma mutation, mais la tutelle a refusé pour des raisons qui lui sont propres».

M. Senouci affirme, sur la lancée, que «les événements se sont précipités par la suite, surtout durant mon absence de 15 jours au cours de laquelle j’ai effectué une Omra».

«Il y a eu d’abord, précisera-t-il, la distribution de tracts à l’échelle nationale et locale dénonçant les agissements du wali et l’arrestation par les services de police de 19 Marocains qui travaillaient à la résidence de la wilaya et au salon d’honneur de l’aéroport et logés à la cité universitaire de Tlemcen.

Le wali m’a imputé ces faits et exigé mon départ auprès des autorités. Pourtant l’auteur des lettres anonymes fut identifié et a été démis de ses fonctions par la tutelle, et l’affaire des Marocains est une affaire qui relève du pénal et de la sécurité nationale».

L’ex-chef de la sûreté de la wilaya de Tlemcen continue de clamer son innocence dans cette affaire, affirmant que «certaines choses n’ont pas été dites pour des considérations professionnelles et de confidentialité, mais un rapport explicatif et détaillé est entre les mains de la DGSN et des responsables concernés».

Rappel des faits de l’affaire des 2,6 quintaux de kif

L’affaire remonte à novembre 2005 lorsque les éléments de la Sûreté de daïra de Maghnia ont saisi, dans un véhicule, une quantité de 2,6 quintaux de kif.

Les enquêtes menées en parallèle par le parquet de Maghnia et la direction régionale de lutte contre les stupéfiants ont permis l’arrestation de 28 personnes parmi lesquelles quatre officiers de police, quatre agents de police et quatre autres membres d’une même famille qui sont toujours en fuite.

M. Senouci affirme en outre dans sa lettre qu’il a été convoqué, une première fois, devant le juge d’instruction comme témoin, «car la seule preuve présentée dans le dossier, avancera-t-il, est un numéro de téléphone trouvé dans mon agenda et appartenant à un dealer».

Fait qu’il a reconnu et expliqué comme étant une relation professionnelle. Il fut convoqué une deuxième fois le 19 juin 2007, soit une année après, inculpé par le magistrat instructeur et incarcéré à la maison d’arrêt de Remchi.

Pourtant, dit-il, «j’étais convoqué sans aucune qualification (ni victime, ni témoin, ni prévenu). Une fois dans son bureau, le juge d’instruction a fermé la porte à clef et m’a notifié l’inculpation sans même me laisser le temps de constituer un avocat, et cela malgré mon insistance.

Il a, par la suite, refusé tous les recours et contre-expertises déposés par la défense, ce qui est une violation de l’article 68 du code de procédure pénale qui stipule que le juge doit procéder, conformément à la loi, à tous les actes d’information à charge et à décharge qu’il juge utiles à la manifestation de la vérité».

Par ailleurs, les avocats de M. Senouci dénoncent les violations de procédure, son arrestation et son incarcération à la prison de Remchi, dans la circonscription où il exerçait.

«C’est en soi, précisent-ils, une violation de l’article 776 du code de procédure pénale, car l’ex-chef de Sûreté de la wilaya de Tlemcen, de par son statut, devait être poursuivi dans une autre juridiction et incarcéré ailleurs que la wilaya de Tlemcen». En attendant, la justice suit son cours.

B. Soufi

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    • lem dit:

      On se demande combien de prévenus se sont présentés devant ce magistrat et qui les a condamnés pour... ét...

    • lem dit:

      Avec cette énième flambée des prix de cet aliment du pauvre, ce n'est pas la pomme de terre mais le pouvoir d'...

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