Les islamistes exploitent la détresse sociale: La «patate» qui menace la République

Peut-on avoir confiance dans un gouvernement qui n'arrive même pas à gérer la pomme de terre et à distribuer correctement des logements?

Placés sur l'autoroute des législatives, les islamistes algériens avancent sans freins et sans crainte. Leur carburant: la détresse sociale. La flambée des prix des fruits et légumes constitue un véritable terreau d'où puisent ces islamistes, en plus de leurs bastions traditionnels de militants.

La conférence de presse organisée lundi dernier à Alger par l'Alliance verte renseigne à quel point les islamistes excellent dans l'agitation de la détresse sociale. Le président du parti El Islah, Hamlaoui Akkouchi dit avoir trouvé la solution à la flambée des prix.

Pour qu'il délivre son sésame, le peuple doit voter pour l'Alliance verte. «Si notre alliance accède au pouvoir, nous fixerons le prix de la sardine à 35 dinars, le prix des lentilles à 60 DA» déclare-t-il. Voilà donc un discours mobilisateur et surtout porteur du point de vue électoral. Leur démarche tient d'une philosophie simple: un citoyen, une voix. Qu'importe que ce citoyen soit instruit, fellah, illettré ou paysan.

N'est-ce pas que ces islamistes ont compris que les législatives ne se gagnent pas par des meetings dans des salles climatisées de la capitale ou au bout d'interminables débats sur les grands concepts sociopolitiques? L'heure est à l'action sur le terrain et par la proximité. Ils ont compris qu'il faut tenir le langage du paysan, crapahuter en montagne, écouter les doléances des populations les plus reculées. Et Dieu sait que les frustrations, les inégalités et les injustices sont nombreuses.

De toutes les pénuries vécues par le pays, celle de la pomme de terre s'annonce comme l'une des plus graves, et ce pour plusieurs raisons. La pomme de terre est un aliment de base des Algériens, il est donc évident qu'une pénurie crée une frustration. Cette frustration est accentuée par la flambée des prix. Jamais un Algérien n'a imaginé, même dans le rêve, que le prix de la pomme de terre égalerait celui d'un fruit exotique comme la banane.

Avec le lot de toutes les injustices et des tracas administratifs que subit chaque jour le citoyen, il est difficile de le convaincre d'aller voter. Comment convaincre les Algériens d'aller voter quand on les prive d'un aliment de base comme la pomme de terre, cultivée et produite en Algérie? A ce titre, le danger est double.

D'abord, parce qu'il y a un risque d'un très fort taux d'abstention. Ensuite, d'une récupération électorale de cette frustration par l'Alliance verte, le parti de Djballah ou celui de Menasra. Résultat des courses: on s'est retrouvé dans une étrange situation kafkaïenne où la République est menacée par la patate.

En face, il y a des dirigeants autistes en panne d'idées ou alors ont-ils la tête ailleurs? C'est le cas de le dire puisqu'ils vont descendre du podium dans quelques semaines.

Comme la politique c'est l'art de vendre l'espoir, les islamistes excellent dans ce art sans faire recours aux grands concepts économiques. Car finalement, leur succès est proportionnel à la détresse sociale. Dans cet épais nuage d'incertitudes, les islamistes brouillent les cartes ou plutôt contribuent à les redistribuer.

Entre-temps, les pouvoirs sont incapables de trouver des solutions durables aux tracas sociaux comme la flambée des prix. Nombreux étaient les économistes qui ont averti sur les graves conséquences des relèvements de salaires durant toute l'année 2011 avec effet rétroactif. Cette opération qui n'obéissait à aucune règle économique était donc strictement politique, destinée à acheter la paix sociale dans un contexte de révoltes arabes. Même le FMI avait attiré l'attention du gouvernement algérien.

Dans son dernier rapport publié il y a quelques mois, le Fonds monétaire international avait exprimé de sérieuses inquiétudes sur la gestion de l'économie algérienne et formulé des critiques au gouvernement. Ce dernier, sûr du matelas financier, n'a évidemment pas pris en considération ces critiques. Peut-on avoir confiance dans un gouvernement qui n'arrive même pas à gérer la pomme de terre et à distribuer correctement des logements?

Brahim Takheroubt

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