Entre mendicité et prostitution …

Bejaïa : ces femmes venues d’ailleurs

Tôt le matin, elles envahissent le boulevard menant à la gare ferroviaire. Ce sont des femmes venues de l’on sait où en quête peut-être d’un statut qu’elles n’ont jamais pu avoir chez elles, dans leurs villages ou leurs douar situés quelque part dans le pays.

Elles demeurent toute la journée à l’affût d’une âme charitable qui leur offrirait de quoi passer la journée, c’est une question de survie. A défaut, elles n’hésitent pas à offrir leurs corps à des passants qui leur proposeraient d’aller sous les bois jouxtant la voie ferrée. Ces femmes ayant chacune une histoire propre à elle, ont toutes le dos courbé, les dents soit arrachées ou tout au moins cariées qui illustrent à plus d’un titre les affres qu’elles ont dû endurer des années durant. Nous avons suivi l’une d’entre elles pendant un temps et nous nous sommes rendu compte de la misère dans laquelle se retrouve cette catégorie de femmes qui ignorent même leur statut de citoyenne voire même leur féminité. Avec sa chevelure complètement défaite, son pantalon jean’s usé, Fadhila, un prénom que nous avons choisi nous-mêmes, s’oriente vers un coin ombragé faisant face à la station d’El Qods tire une cigarette de sa poche et tout en la grillant ses yeux se dirigent machinalement vers des passants vaquant à leurs occupations.
 L’attente fut longue et Fadhila visiblement prise d’impatience commence à faire les cent pas gardant ainsi l’espoir que la journée ne sera pas vaine. La grande expérience aidant, elle finira par décider d’aller voir ailleurs, c'est-à-dire juste à côté au boulevard jouxtant la rue sur laquelle elle s’est positionnée avant. Son choix était judicieux puisqu’à peine son dos touche la barrière érigée par la société ferroviaire qu’un camion s’arrête et l’embarque loin des regards, pour ne revenir que trois quarts d’heure après apparemment satisfaite de la somme d’argent remise par son premier client de la journée. Frites-omelette… Durant son moment de répit elle tend la main aux passants qui souvent n’hésitent pas à lui balancer quelques sous. Elle se dirigea par la suite dans l’une des gargotes sises dans l’enceinte de la SNTV. Elle avala d’un trait ses " frites-omelette " pour aller rejoindre sa place qui lui semble être porteuse. Cette scène oscillant entre l’aumône et la prostitution chez Fadhila, nous l’avons remarquée chez elle plus d’une fois durant les heures que nous avons passées à l’observer. Le soir Fadhila comme d’ailleurs la plupart des filles qui investissent ce boulevard de la Gare tout au long de l’année, refuse de rejoindre l’auberge des vieux où les autorités leur ont réservé un espace qu’elles doivent quitter chaque jour dès 7h du matin. Ces femmes SDF préfèrent cependant aller passer leurs nuits dans des endroits désaffectés,dans des chantiers en voie d’achèvement ou carrément abandonnés comme le chantier repris par le groupe en faillite, El Khalifaconstruction qui devait y ériger un complexe touristique sis sur les hauteurs de la ville de Béjaïa.

L’appât Une fois dans ces abris de fortune, les filles qui y passent la nuit sont souvent appelées à assister à des scènes de bagarre entre les garçons qui les rejoignent et qui souvent les exploitent dans leurs actes de délinquance comme notamment agresser des citoyens qu’elles appâtent dans des rues désertes. D’autres filles SDF sont " prises en charge " par des jeunes ayant érigé des cabanes au bord de la mer, cabanes qui font office de magasins pendant la période estivale. Si la misère se fait moins rude en été, il est facile d’imaginer dans quelles conditions vivent ces filles SDF pendant les saisons de froid. Selon l’une d’entre elles, en hiver, elles arrivent jusqu’à élire domicile dans les wagons en stationnement à l’intérieur de la gare. " Pendant ces périodes de froid, les responsables de la gare de Béjaïa arrivent à tolérer notre présence " affirment- t-elles. Il est difficile de vérifier la véracité de l’histoire de chacune d’entre elles, mais il est moins difficile d’affirmer que chacune d’elles est issue de milieu défavorisé. " Je viens d’un village situé sur les hauteurs de la wilaya de Sétif, où j’habitais avec mes parents dans un bidonville ", raconte Fadhila qui n’oubliera pas de préciser que sa famille dépendait entièrement des dons qui leur parviennent de temps à autre de certaines familles aisées. Notre interlocutrice dit avoir rejoint la ville de Béjaïa afin d’y travailler comme femme de ménage, comme le lui aurait suggéré une de ses proches parentes, qui aurait selon ses dires réussi à intégrer " le milieu ". C'est-à-dire le milieu des cabarets où elle aurait brassé beaucoup d’argent.

L’alcool pour oublier… A défaut " d’activité ", ces filles noient leur chagrin dans l’alcool qu’elles avalent parfois à longueur de journée. Souvent lorsque l’argent fait défaut par manque d’âmes charitables ou de clients, des bagarres éclatent entre elles à tel point qu’on arrive à entendre leurs cris de très loin. Rares sont celles qui arrivent à se détacher de ce milieu qu’elles connaissent depuis des années, ignorant peutêtre même l’existence d’un autre mode de vie, plus décent. Combien d’entre elles ont accouché sans jamais pouvoir serrer leur enfant dans leurs bras. Nous avons tenté en vain d’en savoir plus à ce sujet auprès de certaines associations qui préfèrent ne pas dévoiler ce secret " pour l’intérêt de l’enfant " dit-on. Parfois il existe dans ce milieu des situations qui sont devenues rares de nos jours, comme celle vécue dans une gargote près de la gare où nous avons vu une de ces filles tenir par la main un mendiant à qui elle offre un sandwich et une somme d’argent. Une sorte de solidarité entre les démunis, semblent se dire les consommateurs qui sont restés bouche-bée devant une pareille scène. Pour la population béjaouie, le Boulevard de la gare ferroviaire est synonyme de dépravation, un endroit où se côtoient tous les vices. Seulement ces filles sont-elles à plaindre ou à condamner ? Chacun y va de sa propre logique.

Amrani Boubekeur

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    • baroudi08 dit:

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