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Sant, Les lunettes contrefaites ou la c

Sant Les lunettes contrefaites ou la c

A Oran, le commerce des lunettes, de vue ou solaires, copiant les grandes marques, conna

21 Février 2009,   L'Echo d'Oran
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«Le port de lunettes contrefaites ne répondant pas aux normes exigées peut mener carrément à la perte progressive de la vue», déclare le docteur Chérif, ophtalmologue à la clinique Cougnot, du centre ville. Cela n’empêche pas un engouement pour ces lunettes d’imitation, Made in China généralement, copiant les grandes marques, les citoyens faisant fi des risques qu’ils encourent.

Et ce commerce de la contrefaçon, qui de surcroît alimente directement celui informel, ne se limite plus qu’à la «fantaisie» et la frime bon marché: il s’est carrément substitué, et dans une proportion ahurissante, à l’optique médicale et à l’ophtalmologie! Que ce soit sur les boulevards Larbi Ben Mhidi ou Khémisti à Oran, les marchés de M’dina J’dida, de la Bastille ou Michelet, ces lunettes inondent d’imposants étals.

Les frimeurs et frimeuses, parfois convaincus que leur accessoire optique «in» acquis n’est point du toc, se protègent ainsi du soleil (même l’hiver par temps couvert et le soir…) à l’aide de «griffes», allant du genre mode égocentrique de Dolce et Gabana, aux traditionnelles Fred et Chanel ou aux incontournables Ray-Ban…

L’affaire est d’autant plus tentante que ces pièces que ne portent que les stars les plus en vue, et payées en devises lourdes quelques parts sur les grands boulevards huppés des grandes capitales d’Europe ou d’Amérique, ces chanceux «hattats» ne les paient que quelques (mais pas toujours…) dinars! Aussi, une proportion importante de ces personnes à la recherche de verres protecteurs sont des gens de tous âges souffrant de déficits optiques et désirant acquérir des verres correcteurs… un peu à l’«œil».

En effet, la monture, avec verres correcteurs en sus, se négocie entre 100 et 200 DA, alors que le passage par l’ophtalmologue et l’opticien coûtera, au minimum, entre 2.000 et 3.000 DA. La belle affaire! Aussi, il n’y a pas que la «qualité» du toc qui convainc, l’«opticien-optométriste» du bout d’étal sait faire la promotion de son produit d’un discours inaccessible à un praticien assermenté.

Quant au revendeur de trottoir qui personnalise son discours aux coins des grands boulevards, c’est carrément l’affaire exceptionnelle… Farida, étudiante en médecine, confie qu’elle porte des Chanel contrefaites, pour accompagner son look branché: «Chut! (rires) Oui mes Chanel sont contrefaites! Je les ai payées 300 DA au marché Michelet. Sur Internet, elles font plus de 500 euros.

C’est dingue non et puis c’est une belle copie!», confie-telle. Interrogée sur les risques auxquels elle expose ses yeux, ce «docteur-apprenti» affirme: «Je suis jeune donc je suis plus tentée à être belle et branchée qu’autre chose!» Et elle n’est pas la seule à tenir ce discours parmi ceux qui sont soucieux de leur image avant toute considération.

«Je porte ces fausses lunettes Ray-Ban depuis des années sans qu’elles aient nui à ma santé oculaire. Je vois très net avec», note Yacine, un jeune du centre-ville. Frime pour les jeunes, nécessité pour les vieux ou moins jeunes.

Abdelmadjid, un cadre retraité des P&T avoue, à son tour, qu’il porte des lunettes correcteurs de presbytie payées 150 DA à M’dina J’dida, une bagatelle. «Je chausse ces lunettes pour presbytes, achetées à M’dina J’dida, pour lire ou pour regarder la télévision. Je vois nettement avec.

A force de perdre mes lunettes, j’ai maintenant des lunettes dans la boîte à gants de la voiture, à la maison, dans mon atelier… partout!», explique-t-il. En fait, c’est là une opinion bien établie et bien inculquée par les «marchands» de lunettes de la rue et bien admises par les porteurs de ces lunettes contrefaites.

«Ces lunettes ne sont pas nocives!», est-il ainsi admis. Pourtant, les médecins ne cessent de mettre en garde les gens. «Le port de lunettes contrefaites ne répondant pas aux normes exigées peut mener carrément à la perte progressive de la vue», précise encore docteur Chérif, ophtalmologue à la clinique Hammou Boutlélis (exCougnot) d’Oran.

Il explique que «pour le verre solaire, il y a un risque énorme pour l’oeil qui se croit protéger contre les rayons ultraviolets alors qu’en réalité il y est plus exposé.» En effet, dira-t-il, «les attaques de l’oeil par ces UV seront irréversibles, surtout au niveau de la rétine.

Quant au verre de correction, les dégâts sont aussi  graves car les verres contrefaits présentent un foyer optique décalé qui détériore l’œil en provoquant des décollements de la rétine, le strabisme et des astigmat ismes (doublure des contours de l’image). Dans les cas les plus récurrents, «ces excès de luminosité des ultraviolets endommagent les yeux. Le cristallin perdra de sa clarté et de sa transparence.

Son altération entraînera progressivement une cataracte. Le port de ces lunettes mène à la perte de la vue.» En attendant l’interdiction formelle de ces lunettes contrefaites pour cause de danger à la santé publique, les «charlatans de trottoirs» continuent à «ausculter», «conseiller», «orienter», proposer et vendre un produit qui est censé être prescrit sur conseil médical agréé.

Les opticiens optométristes, dont l’activité est la première touchée par cette vague de l’informel, déclarent, eux, avoir été «massacrés» par ce commerce illégal et illicite.

En effet, si les commerçants de l’informel tirent un grand profit de ce négoce, les opticiens et optométristes, quant à eux, dénoncent «l’absence de tout contrôle» qui leur fait perdre une part importante du marché, «plus de 50%», selon Noureddine Harmel, un opticien de Aïn El-Turck sur la Corniche oranaise.

Celui-ci, qui rappelle qu’il est «issu d’une famille d’opticiens» praticiens de longue date, dénonce: «Tout le monde est unanime à dire que l’importation de ces lunettes contrefaites a presque achevé le métier d’opticien».

Ceux-ci se sont rebiffés plusieurs fois contre ce commerce informel, en effet, sans pouvoir constituer un lobby pouvant contrecarrer les «magnats» de l’importation. «Nous ne pouvons rien contre ce commerce des trottoirs!», se résignent ces professionnels. Au fait qui doit contrôler la qualité de ses lunettes?

Benachour Med


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