Scandale à l'hôpital de Béjaïa Près de 850 millions gaspillés pour une prétendue épidémie de diphtérie
Une double histoire de sérum et de vaccins due à une erreur de diagnostic et au déplacement d’une armoire frigorifique vétuste» a coûté au secteur de la santé de Béjaïa la bagatelle de 850 millions de centimes.
Notre enquête sur le secteur de la santé de Béjaïa qui avait débuté, il y a quelques semaines, avait nécessité des investigations et des contacts avec les différentes sources et elle s’est révélée utile puisqu’elle révèle que dans cette affaire les agissements du simple agent aux personnel médical et paramédical de ce secteur, semblent aller à l’encontre des vertus de cette noble profession et de la réglementation régissant le secteur.
Tout avait commencé il y a une année lorsqu’on a enregistré une intoxication qui avait touché particulièrement l’école de police d’Oued Ghir.
Le diagnostic avait été confié aux spécialistes au niveau de Béjaïa, dont les rapports ont vite écarté l’hypothèse d’un quelconque acte terroriste.
Les responsables, par un entêtement encore inexplicable, n’ont rien voulu savoir et n’ont pas admis les résultats de ce premier diagnostic qui a décelé une simple angine blanche qui pouvait être soignée par les antibiotiques.
Ils avaient alors sollicité les laboratoires de différentes wilayas, tout en prenant la décision de mettre en quarantaine tous les patients touchés, mobilisant ainsi tous les services de l’hôpital Frantz-Fanon avec tout ce que cela peut supposer comme coûts pour une opération d’une telle envergure.
Le contre-diagnostic a fait état d’une épidémie de diphtérie.
C’est alors que plus de 700 millions de centimes furent déboursés pour l’acquisition de sérums et de vaccins antidiphtériques.
Une quantité impressionnante de produits qui s’avérèrent inutiles, étant donné qu’il ne s’agissait en fait que d’une angine blanche, confirmant ainsi le premier diagnostic.
Il est à signaler tout de même qu’entre-temps, le sérum antidiphtérique avait été administré aux malades avec les risques que cela pouvait entraîner, selon les contre-indications figurant sur les notices d’utilisation.
Un mois plus tard, en décembre 2007, les responsables du secteur ont procédé au déplacement de l’équipement malgré les mises en garde du personnel adressées aux initiateurs de la démarche pour les dissuader de procéder au déplacement de l’armoire frigorifique fragile car son acquisition remonte à près de 20 ans et qui renfermait des milliers de doses (sérums et vaccins confondus).
Ils ont préféré mettre l’armoire dans une autre structure, plus éloignée alors que le service de prévention est situé à quelques pâtés de maisons sur la rue du Vieillard, à proximité de ce lot de vaccins et de l’hôpital Frantz-Fanon, actuel EPH.
Sitôt l’armoire déplacée, elle tombe en panne, ce qui a entraîné la détérioration de son contenu estimé à quelques 150 millions de centimes, soit l’équivalent d’une armoire neuve et de nouveaux matériels.
Les flacons périmés, inutilisables et dangereux pour la santé sont mélangés aux vaccins et sérums sains avec tous les risques que cela pourrait entraîner s’ils sont administrés par inadvertance.
Le silence troublant de la DSP
De l’avis de tous, il y a lieu de se demander pourquoi la DSP n’a pas engagé une enquête pour déterminer les responsabilités dans chacune de ces affaires.
Le plus aberrant est que l’on continue de nier tous ces faits que nul n’ignore à Béjaïa, du moins au sein de ce secteur.
Bizarrement, la plupart des cadres exerçant dans les secteurs concernés sont en congé de maladie.
Des sources proches du milieu sanitaire nous ont déclaré que les cadres en congé fuiraient le harcèlement et les intimidations de personnes qui chercheraient à mettre à l’écart tous ceux qui se dressent sur leur chemin.
Ce seraient ces mêmes personnes qui auraient été à l’origine de décisions prises à l’insu de tous, comme par exemple à l’Etablissement public de soins de proximité (EPSP), ex-polyclinique d’Ihaddaden, où l’on aurait procédé à l’extension des bureaux de l’administration et aux travaux d’aménagement au détriment des structures de base de soins, comme ce fut le cas pour le service de pneumologie qui à été transféré à la polyclinique de Sidi Ahmed.
Pourtant, ces actions sont assujetties à l’avis préalable du conseil médical et à l’accord du ministère de tutelle.
Un état des lieux peu reluisant
Le mobilier et le matériel médical sont dans un état lamentable. Même la flotte du SAMU, acquise à coups de millions, grâce aux incessants efforts déployés par les responsables de l’époque n’y a pas échappé. La plupart des véhicules pourtant récents sont souvent en panne et les évacuations sont dirigées le plus souvent chez les privés.
On apprend également, et selon toujours nos sources, que la situation des d’une infrastructure est dangereuse à cause possibles apparition d’un microbe appelé pyocyanique qui, d’après les spécialistes, se manifeste lorsqu’il y a un manque d’hygiène dans les structures hospitalières.
De plus, il est constaté que malgré la présence d’un nombre important de médecins spécialistes, un grand nombre de malades est toujours transféré vers d’autres wilayas. Tout cela serait dû au manque de moyens matériels et d’équipements médicaux, selon les explications que nous avons recueillies.
Ce sont autant de problèmes soulevés par toutes les personnes que nous avons rencontrées durant notre enquête et qui s’interrogent d’ailleurs sur l’inexplicable absence de la commission paritaire qui n’est toujours pas installée, comme nous le signale un médecin.
«Savez-vous que le sous-directeur des activités de santé est ce qu’on appelle dans le jargon médical un infirmier breveté, ce qui signifie le plus bas de l’échelle dans la fonction ? C’est à lui qu’échoit la mission d’effectuer des évaluations.
Je crois que nous n’avons rien à faire ici et que nous devrions changer de métier, ouvrir un fast-food ou un cyber, par exemple, c’est en tout cas beaucoup moins stressant», lâche-t-il avec dépit.
M. B.





