Journée parlementaire sur les télécommunications La concurrence déloyale dénoncée
La question de la concurrence a été au coeur des interventions hier au siège de l’APN lors de la journée d’étude sur les postes et télécommunications placée sous le thème «Etat des lieux, développement et perspectives» organisée par la commission des transports et des télécommunications de l’assemblée.
Le P-DG de Wataniya Télécom Algérie, Joseph Ged, n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer certaines «anomalies» ayant trait à la réglementation et la concurrence.
La question de la concurrence a été au coeur des interventions hier au siège de l'APN lors de la journée d'étude sur les postes et télécommunications placée sous le thème « Etat des lieux, développement et perspectives » organisée par la commission des transports et des télécommunications de l'assemblée. Une rencontre d'autant plus importante qu'elle vise selon les organisateurs à faire une rétrospective sur ce « facteur essentiel » qu'est le secteur des TIC.
Le ministre de la Poste et des Technologies de l'information Boudjemaâ Haïchour a estimé dans son allocution que l'Algérie qui vit une révolution technologique prodigieuse a effectué « le saut tant escompté » en la matière.
Pour justifier ses dires, le représentant du gouvernement rappellera quelques chiffres : « De 54 000 abonnés en 2000, l'Algérie est passée à 31 millions en 2008 » dira-t-il. En matière de poste, 5.5 millions de cartes magnétiques sont mises en circulation. Dans le sillage de l'essor que connaît le pays en matière de TIC, le ministre a mis en exergue le programme spatial important en élaboration visant à mettre le satellite au service de la lutte contre les catastrophes naturelles.
Un avis d'appel d'offres international sera lancé incessamment pour la mise en orbite d'un satellite d'observation du territoire algérien au service du développement, a annoncé Haïchour tout comme sera réalisé un satellite de télécommunications qui garantira l'autonomie de la télévision numérique terrestre. S'étalant sur les réformes engagées dans le secteur, basées selon le représentant du gouvernement sur «la liberté d'entreprise des opérateurs » il estimera que « l'Algérie ne saurait aspirer à la modernité en l'absence d'un réseau technologique et numérique de pointe ».
De son côté le viceprésident de l'APN Mohammed Seghir Kara insistera sur la volonté des autorités publiques de conférer à ce secteur le rôle précurseur qu'il mérite dans le processus de développement économique, culturel et social mais a estimé dans le registre juridique que la législation doit s'adapter aux évolutions enregistrées dans ce domaine.
« Comment, par quelles voies et sur quelles questions asseoir un partenariat public -privé avantageux pour tous, sans porter atteinte au principe de la libre concurrence ? » s'interrogera-t-il. Une question à laquelle tentera de répondre le représentant de l'ARPT M'hamed Toufik Bessaï qui a avoué que l'Agence a eu à arbitrer un certain nombre de litiges.
« Il nous reste plus à réaliser que ce que nous avons enregistré jusque-là » affirmera- t-il. L'Agence selon lui est une force de proposition en matière réglementaire qui fera tout pour promouvoir la concurrence loyale et mettre de l'ordre dans la guerre tarifaire en veillant à l'application stricte des décisions de l'ARPT.
Joseph Ged soulève un problème : la concurrence déloyale doit être bannie.
Sans trop s'étaler sur le marché de la téléphonie mobile, dont Nedjma, dira Joseph Ged, « a brisé le quasi-monopole » et contribué grandement à son expansion notamment dans le segment du multimedia, le P-DG de Wataniya Télécom Algérie, n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer certaines « anomalies » ayant trait à la réglementation et la concurrence. Dans son intervention Joseph Ged tout en se félicitant de l'adoption récente du projet de loi sur la concurrence, dira : « Certaines décisions de régulation n'ont pas été suivies.
Les règles du jeu de la concurrence doivent être en conformité avec la législation ». Il préconise à cet effet l'interdiction de pratiques tarifaires déloyales. « La publicité sur les tarifs doit être signalée 30 jours à l'avance à l'ARPT » fera-til remarquer. Il insistera aussi sur l'application stricte des décisions de l'ARPT.
Le représentant d'Orascom qui a remplacé Kabbani, absent de cette journée parlementaire à laquelle il a pourtant été convié, se contentera de faire le bilan de son groupe qui a permis selon lui la démocratisation de la téléphonie en Algérie, et au pays de rattraper le retard dans le domaine. Il préconisera pour répondre à Ged la libre concurrence. Ce dernier reconnaîtra tout de même que « la venue du 3ème opérateur (comprendre Nedjma) a dynamisé le marché » que Djezzy monopolisait jusque- là.
Les plans d'Orascom sont ainsi « perturbés » par un « nouveau venu » qui, en l'espace d'un temps record s'est fait une place de premier ordre grâce à son travail sérieux et appliqué. Wataniya puisque c'est de lui qu'il s'agit, a en effet obtenu deux distinctions dont celle de Joseph Ged, désigné par le magazine Business Intelligence parmi les 6 meilleurs managers pour le Moyen -Orient et l'Afrique du Nord.
Impressions:
Joseph Ged:
«Il y a infraction à la réglementation. Les décisions de l'ARPT sont exécutoires. S'il y a des recours à faire, elles doivent être exécutées».
Mhamed Toufik Bessai (ARPT)
La loi est toujours en vigueur, que chacun prenne ses responsabilités. Je ne peux pas polémiquer sur ce sujet.
Cette affaire est pendante devant le conseil d'Etat. Orascom a exercé un recours devant le conseil d'Etat. Et l'instruction est en cours. Je ne peux pas sans troubler le cours de la justice parler de ça. Laissons à la justice et au juge le soin de faire ce qu'ils doivent faire. C'est une question de respect, de sérénité de la justice. Nous avons été consultés. Ged a raison sur un point de vue que nous partageons d'ailleurs.
De façon autonome, nous avons réfléchi à l'ARPT à cette question, nous avons été consultés par le ministre parce qu'il y a des amendements à apporter à la loi 2000/03 pour donner notre avis sur les amendements à apporter à la loi. Parmi ces changements que nous avons souhaités figure celui de donner à l'ARPT le pouvoir d'infliger des sanctions pécuniaires, des amendes.
Les amendes c'est incitatif. Par exemple dans le calendrier de déploiement dans les cahiers des charges, lorsque nous constatons qu'il y a défaut, nous infligeons des amendes graduelles. Nous souhaitons que ce même pouvoir de sanction soit élargi à d'autres domaines d'intervention de l'ARPT notamment celui-là (la concurrence déloyale).
Lounis Belharet P-DG de Mobilis :
La concurrence déloyale a été abordée par certains intervenants. Quel est votre avis sur la situation ? Monsieur Ged a soulevé le problème. J'estime que nous nous ne sentons pas concernés. Mais vous activez dans le même secteur, ne pensez-vous pas que la concurrence doit être « loyale » ? Certes, si concurrence déloyale il y a, ça touche aussi les autres opérateurs dont Mobilis.
Propos recueillis par Saïd Mekla






