Remous dans le secteur des NTIC Les raisons du limogeage de Djaziri et de Benfodil
Beaucoup de bruit et de rumeurs ont circulé au sujet des raisons qui ont poussé le ministre des Postes et des Technologies de l’information et de la communication, M. Boudjemaâ Haïchour, à mettre un terme aux fonctions du P-DG d’Algérie Télécom, M. Djaziri.
De plus, d’aucuns se sont demandé pourquoi le désormais ex-PDG de l’opérateur historique a tenu à peine quatre mois. Ce qui fait de lui le seul dirigeant qui a tenu moins d’un semestre dans son poste.
Un triste record. Toutefois, ces différents changements enregistrés en si peu de temps ne peuvent êtres interprétés, outre mesure, comme étant la résultante d’un marasme qui prévaut au sein d’Algérie Télécom. Selon des sources au fait de ce dossier, la décision de mettre fin aux fonctions de M. Djaziri relève du cadre gestionnaire.
En effet, il a été reproché à ce dernier la gestion des contrats liant des fournisseurs avec sa société. En premier lieu, nombre de fournisseurs ayant rempli leur contrat avec Algérie Télécom ont vu leurs factures refusées d’être honorées.
Selon M. Djaziri, lesdits contrats étaient entachés d’irrégularités dans le sens qu’il y avait vice de forme dans la procédure d’octroi des marchés.
La question qui se pose : si cela était le cas, pourquoi avoir laissé ces fournisseurs accomplir leurs contrats ? Une situation d’injustice qu’auraient ressenti les fournisseurs d’Algérie Télécom qui ont saisi la tutelle pour faire part de leur désarroi quant à une telle situation. Selon des sources crédibles, le ministre des Postes et des Technologies de l’information et de la communication se serait saisi du dossier.
Après conclusion de l’étude de ce dernier, M. Haïchour a ordonné à ce que la situation de ces fournisseurs soit réglée, et ce, conformément aux dispositions des contrats qu’ils ont signés. Cette décision a été prise lorsque le ministre a constaté que la procédure inhérente à l’octroi des marchés au sein d’Algérie Télécom n’est pas vraiment conforme à la loi régissant ce domaine.
C’est dans cette optique qu’il a ordonné à M. Djaziri d’honorer les factures des fournisseurs, dès lors qu’il est inconcevable que ces derniers payent pour des erreurs qu’ils n’ont pas commises et que si faute il y a , elle ne peut qu’incomber à Algérie Télécom.
Par ailleurs, nous avons appris des mêmes sources que la goutte qui a fait déborder le vase et qui a charrié avec elle M. Djaziri est un contrat que ce dernier a signé en 2007 lorsqu’il a été divisionnaire au sein d’Algérie Télécom avec une société de fourniture de câble Sofaf.
Une société qui a eu déjà des démêlés avec le même opérateur en 2002 faute de n’avoir rempli qu’à hauteur de 40% son contrat. Ce qui l’a conduit à être inscrite dans la liste noire des fournisseurs d’Algérie Télécom.
Toutefois, en 2007, M. Djaziri, avant qu’il ne soit nommé à la tête d’Algérie Télécom, aurait signé un contrat avec ce même fournisseur sans que ce dernier ne remette, comme l’exige la réglementation en vigueur, un chèque de cautionnement.
De plus, l’entreprise de câblerie Sofaf domiciliée à Sétif s’est vu destinataire d’une avance de l’ordre de 25 milliards pour la concrétisation de ce marché. A ce jour, le contrat n’a pas été exécuté, cette entreprise a déposé le bilan (faillite) et son propriétaire est aux abonnés absents ! Ce qui a tout l’aire d’une affaire d’escroquerie dont a été victime Algérie Télécom.
Ce sont les quelques raisons avancées qui ont mis fin au règne de M. Djaziri à la tête d’Algérie Télécom.
Dans le même sillage, il semblerait que M. Haïchour s’est décidé à entamer une opération de nettoyage dans toutes les structures qui sont sous son autorité afin de préserver leur crédibilité.
C’est dans cette logique qu’il a décidé de mettre fin aussi aux fonctions de M. Benfodil à la tête de l’ARPT et de le remplacer par Mme Derdouri. En effet, il est avancé que le ministre a été, cette fois-ci, intransigeant face au laxisme que connaît l’ARPT dans la gestion de ces différents dossiers et requêtes qui lui ont été envoyées.
Ce qui a mis le ministre dans une situation inconfortable dès lors que l’ARPT, censée être l’arbitre pour les différents opérateurs de la téléphonie et de l’Internet, semble se morfondre dans une inertie qui fait d’elle un organe qui s’inscrit en porte-à-faux avec ses missions.
Un autre point qui aurait pesé dans le départ précipité du premier responsable de l’ARPT concerne l’accès à l’Internet. En effet, par le biais de sa filiale Djaweb, Algérie Télécom a procédé à une baisse tarifaire brutale de plus de 50% sur l’ensemble des services qu’elle propose dans ce domaine.
Selon des spécialistes de ce domaine, ce rabais ne peut qu’altérer les principes de la concurrence d’un marché naissant. D’autant plus que la législation et la réglementation en vigueur imposent à tout opérateur de télécommunications d’observer une concurrence loyale.
D’après toujours ses spécialistes, cette chute de prix ne peut être assimilée qu’à une opération de dumping, une pratique interdite par la loi régissant le secteur de la poste et des télécommunications.
Etant donné que Djaweb est filiale d’Algérie Télécom qui est titulaire du réseau public de télécommunications, ce «lien parental» peut inciter Algérie Télécom à user de la technique de la subvention croisée pour limiter les pertes de Djaweb induites par la baisse de ses prix, ce qui est un abus de position dominante de la part de l’opérateur historique.
Encore, selon le benchmarketing international, dans l’industrie du haut débit, les marges brutes d’exploitation (EBIDTA) seraient de l’ordre de 45% et prenant en considération les coûts d’acquisition des seuls inputs récurrents des services d’Internet, les prix affichés par la filiale d’Algérie Télécom sont inférieurs aux prix de revient.
Ce qui revient à dire que Djaweb s’est lancée dans la vente à perte. Une position qui ne fait que biaiser la loi de la concurrence et qui n’a suscité aucun rappel à l’ordre de la part l’ARPT. En d’autres termes, par sa fonction de juge, l’ARPT s’est vu reléguer au box des accusés.
Mohamed-Cherif Drifi





