Union pour la Méditerranée Sarkozy néglige le Maghreb
La surprise ne devrait certainement pas être du goût des autorités des pays maghrébins qui apprennent que c’est le président égyptien, Hosni Moubarak, qui représentera les pays du Sud lors de la première réunion au sommet pour la création de l’Union pour la Méditerranée, le 13 mai prochain à Paris.
Ce rendez-vous fondateur du sommet euroméditerranéen, organisé par le président Nicolas Sarkozy, dans la capitale française, devrait déboucher sur un document intitulé «Déclaration de Paris».
Et l’on s’attend à ce que 43 pays des rives Nord et Sud y soient représentés, alors que l’ONU, la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Union africaine (UA) y auront des places d’observateurs, et ce, afin de donner tout son cachet solennel et officiel à cette manifestation. Selon diverses sources diplomatiques françaises, le président français déclinera à ses hôtes son projet, enfin, sous la forme d’un document intitulé «Processus de Barcelone-Union pour la Méditerranée», tout en prévoyant pour ce mécanisme à venir une double présidence tournante, l’une au nom de l’Union européenne (on pense au président en exercice), l’autre pour un chef d’Etat du Sud.
La durée convenue des mandats serait de deux ans et on ne sait encore comment le choix s’est porté sur le président égyptien pour en assurer la première présidence, avancée comme chose acquise par les mêmes sources.
Sans rien diminuer des capacités diplomatiques éprouvées et avérées du président égyptien, on n’a cependant aucun souvenir d’une rencontre entre pays du Sud afin de débattre de la question, ni plus globalement de tractations permettant d’asseoir une stratégie collective de discussion avec les pays du Nord.
Si tel devait être le cas, il faudrait alors se dire que, quelque part, les Etats du Maghreb, qui sont pourtant les partenaires privilégiés et de la France et de l’Europe, tant au plan politique, commercial que culturel, auraient été alors négligés dans ce dossier.
Est-ce pour autant que les rumeurs se font persistantes pour qu’il soit attribué, à titre de compensation, pourrait-on penser, un poste de secrétaire général à un Marocain, alors que le siège de l’entité à venir serait à Tunis? Si tel sera aussi le cas, quelle place pour l’Algérie dont le chef d’Etat français a été le premier à solliciter le soutien pour son projet?
Ce qu’il faut également savoir, c’est que le projet de l’Union pour la Méditerranée, qui n’est en fait que le fruit d’un laborieux consensus entre Paris et Berlin et qui comprendra aussi le projet de création d’une banque méditerranéenne pour le développement et l’investissement, aurait été abandonné et que le financement des projets d’aide au développement devra être confié à une entité qui reste à définir.
Mais, dans ce cas également, il faudrait situer les rôles des uns et des autres, surtout les influences, afin de rassurer l’ensemble des partenaires sur l’équité dans l’accès à ces mécanismes d’aide.
Cela, d’autant que les accords d’association conclus entre plusieurs pays du Sud et l’UE n’ont presque rien apporté aux premiers, tandis que le processus de Barcelone (initié en 1995) n’a réalisé aucune avancée vers ses nobles objectifs.
Quoi qu’il en soit, même s’il est permis de penser que le choix de Moubarak pour assurer le premier mandat de la présidence tournante, au nom des pays du Sud, puisse être dicté par l’impossibilité de mettre les pays maghrébins d’accord sur un des dirigeants de la région, il ne faut pas exclure non plus que ce choix ne pourrait qu’être salué par Nicolas Sarkozy qui prouve, notamment depuis son revirement atlantiste en faisant revenir la France dans le giron de l’OTAN, ses penchants plutôt pro-américains. Une étape avant que l’Union pour la Méditerranée ne démontre ses limites face à l’épineux dossier de la Palestine?
Amine B.






