Conséquence du diktat israélien L’avenir économique de la Palestine hypothéqué
La Banque mondiale monte au créneau et épingle Israël. Dans un rapport publié hier, cette institution accuse, à demi-mots, Tel-Aviv d’asphyxier les territoires palestiniens par le biais des incursions et des restrictions sur les déplacements des personnes et des marchandises.
Reste que la communauté internationale porte une lourde responsabilité dans la baisse du niveau de vie des Palestiniens.
Les fonds promis lors des différentes conférences des donateurs ne sont pas arrivés à bon port.
Pis, l’embargo décidé par certains pays contre le mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a étranglé les Palestiniens de ce territoire. Autant dire que la Palestine supporte toute la misère du monde !
«Si l’Autorité palestinienne a avancé, bien que lentement, dans ses réformes économiques, peu de progrès ont été enregistrés en matière d’assouplissement des contraintes sur les déplacements et l’accès», souligne la Banque mondiale. D’entrée de jeu, l’institution dirigée par Robert Zoellick épingle Israël sans toutefois le nommer.
Comme si le coupable de la détérioration de la situation humanitaire n’est pas uniquement le fait colonial israélien, sous-entendu que les Palestiniens portent également une part de responsabilité dans cette affaire. Une logique pas très cartésienne pour cette organisation financière internationale censée être neutre.
Revenant sur l’espoir suscité par la conférence d’Annapolis en novembre dernier, le rapport déplore le fait que les discussions entre Palestiniens et Israéliens n’aient pas eu les résultats escomptés, «les autorités étant réticentes à lever les postes de sécurité et les points de contrôle installés en Cisjordanie», ajoute le rapport dans un euphémisme qui désigne les barrages de l’armée d’occupation. Les rédacteurs dudit rapport poussent l’outrecuidance jusqu’à excuser cette politique de fragmentation de la Cisjordanie occupée dans un passage qui en dit long sur la partialité du document.
«Le dispositif, expliquent-elles (les autorités israéliennes, NDLR), est indispensable pour empêcher des kamikazes palestiniens d’atteindre des villes israéliennes et d’y commettre des attentats suicide.» Sans commentaire. Pas un mot par contre sur le mur de la honte érigé par le gouvernement Sharon et poursuivi par le cabinet Olmert. Cet ouvrage en béton grignote le territoire palestinien et annexe de facto des terres principalement agricoles. Le résultat est clair : les paysans palestiniens sont paupérisés.
A ce propos, il est utile de rappeler que les Palestiniens dénoncent ces mesures comme étant une punition collective qui entrave leur circulation mais aussi et surtout celle des marchandises. L’impact de ces restrictions, dont les centaines de postes de sécurité ou barrages routiers en Cisjordanie, «ne peut pas être surestimé», peut-on encore lire dans ce rapport.
En 2008, le PIB des territoires palestiniens devrait progresser de 3%, selon les projections du FMI. Mais «en prenant en compte la croissance de la population, on peut conclure que dans le cadre actuel des restrictions sur la circulation, le revenu par habitant baissera ou stagnera», précise la Banque mondiale.
Cette dernière ajoute qu’en Cisjordanie contrôlée par le Fatah du président Mahmoud Abbas les maigres gains de croissance attendus ne suffiront pas à compenser la «sévère contraction» de l’activité économique dans la bande de Gaza que contrôle le Hamas. Autant dire que les dividendes de la paix qu’a fait miroiter Tel-Aviv aux Cisjordaniens quant à une dissociation avec Gaza ne sont que chimères.
Dans la bande de Gaza, le resserrement du blocus israélien «a considérablement érodé le socle du secteur privé qui demeurait dans l’économie, et d’une manière qui est progressivement plus difficile à inverser». Quelque 96% des activités industrielles auraient été suspendues dans la bande côtière, ajoute la Banque mondiale, citant des associations d’entrepreneurs de Gaza.
Les milliards de dollars d’aide internationale engagés en faveur des Palestiniens pour soutenir le processus de paix avec Israël n’ont qu’un faible impact économique, en raison des restrictions israéliennes sur les déplacements et le commerce, souligne la Banque mondiale dans son rapport. En dépit des 7,7 milliards de dollars promis en décembre dernier aux Palestiniens, estime le rapport, le revenu par habitant tant en Cisjordanie que dans la bande de Gaza ne progressera pas en 2008. Il pourrait même baisser.
Comme quoi, l’avenir de la Palestine est plus que jamais hypothéqué à la mesure du diktat israélien et de la partialité américaine.
M. K.






