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Dérapages islamophobes en France, La laïcité de Tartuffe

Dérapages islamophobes en France La laïcité de Tartuffe

Un enfant d'origine algérienne a été écarté d'un casting pour sa participation à l'émission d'une chaîne de télévision française, en raison de son prénom, Islam, dont la consonance a paru trop religieuse pour les gardiens de la laïcité.

17 Avril 2008,   Le Jeune Indépendant
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Molière se gaussait de son roi et surtout de son peuple parce qu’il les connaissait. Ainsi parodiait-il les hypocrites incarnés par Tartuffe, le célèbre personnage devenu une référence en matière de fausse dévotion, d’excès de morale au service du pouvoir et de ses exactions.

«Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir», dit Tartuffe, le pervers, feignant la pudeur en tant qu’homme d’Eglise et s’adressant à une jeune fille dont il voudra finalement abuser.

Il faut croire, à la lumière de ce qui s’est passé sur ce plateau de télévision, que cette hypocrisie gauloise relève de l’atavisme. La laïcité semble, à travers ce prisme de la comédie morale, prendre le carcan d’un véritable intégrisme où l’intolérance du signe religieux, surtout quand il s’agit de l’islam, et devenir l’occasion de dérapages indignes du pays qui se targue d’être le berceau des droits de l’homme en général et de la liberté cultuelle en particulier.

Honteux. Tandis que les Pays-Bas tentaient de rattraper l’offense causée par le film Fitna, d’un député néerlandais, au monde musulman et à l’ensemble de l’humanité respectueuse de la liberté de conviction religieuse, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, voilà qu’une nouvelle bavure vient défrayer la chronique, en France cette fois-ci.

Sur un plateau de télévision, un enfant d’origine algérienne a été écarté d’un casting pour sa participation à l’émission en raison de son prénom, Islam, dont la consonance a paru trop religieuse pour les gardiens de la laïcité. C’est que tous les abus de lecture sont permis depuis cette loi sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires dans les institutions et en particulier à «l’école laïque».

Cette loi cousue sur mesure pour contenir un phénomène objectif du port croissant du foulard islamique par les jeunes Françaises autorise toutes les jurisprudences qui aspirent à endiguer l’adhésion de citoyens libres à une religion universelle mais considérée étrangère par les adeptes de la laïcité.

Ces laïcs excités peuvent d’ailleurs être soupçonnés : ne seraient-ils pas en réalité des défenseurs embusqués du judéo-christianisme français ou européen puisque le front laïc anti-islam use de ce même procédé de la culpabilisation du symbole religieux ?

Bien entendu, les musulmans ne sont pas dupes et tentent, tant bien que mal, de défendre leur liberté de culte face à cette répression pernicieuse qui leur demande un nouveau reniement quand il s’agit des descendants de peuples colonisés qui connaissent le vice séculaire des missionnaires venus pour effacer les valeurs culturelles et religieuses des musulmans et autres communautés tyrannisées, tels les aborigènes en Australie.

Il y a donc un goût de croisade inversée dans cette levée de boucliers systématique contre le référent religieux musulman en terre d’Occident. Comme un refus à se résigner au retour de manivelle qui consacre l’évidente expansion de cet islam dont certains officiels ne veulent pas en usurpant la volonté des consciences individuelles !

Pour l’heure, la riposte des parents du jeune Islam donnera lieu à une plainte contre la chaîne de télévision Gulli, pour discrimination, selon le quotidien français le Parisien. Un journal qui a accordé une page entière à cet incident et qui rapporte la teneur des propos tenus par le responsable du casting au sujet de ce prénom non grata pour la télé française.

«Il y a un problème, votre fils ne peut pas garder son prénom. S’appeler Islam, pour un garçon, c’est comme porter un voile pour une fille.» Un collègue de cette dernière aurait rajouté : «Ce prénom représente une religion qui n’est pas aimée par les Français.»

Bien entendu, des réactions de soutien à la famille de ce pauvre garçon de 9 ans sont venues de toute la France, et Mme Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la ville et ex-membre du collège de la Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE), a crié au scandale.

«C’est une vraie violence qui a été faite à un enfant nié dans son identité. La déception a dû être terrible pour lui comme pour ses parents dont je trouve la réaction d’indignation très saine.» Cette femme politique issue de l’émigration a ajouté : «Les commissariats prennent de plus en plus compte de ce genre de plaintes, qui, avant, partaient à la poubelle.»

Un témoignage cru sur le racisme et l’intolérance bien ancrés dans cette France, pays d’accueil depuis des décennies pour la main-d’œuvre et les compétences qui ont fait son développement, à condition de ne pas perturber son identité laïco-judéo-chrétienne ! Enfin, espérons que cet incident datant du mois de février dernier ne s’inscrive pas dans le même esprit que celui qui a conduit à la profanation, dans le cimetière d’Arras, il y a quelques jours, de tombes musulmanes d’hommes qui ont défendu la France au prix de leur vie.

N. M.