Flambée des prix des matériaux de construction Les dessous d'une crise
La flambée des prix des matériaux de construction, qui paralyse un bon nombre de chantiers, fera l’objet d’une rencontre internationale qui se tiendra à l’hôtel Royal Méridien à Dubaï du 20 au 22 du mois en cours, à l’occasion de la 4e Conférence internationale autour du thème générique «acier, ciment et construction. Moyen-Orient et Afrique du Nord».
Une importante délégation d’entrepreneurs algériens participera à cet événement organisé par Rusmet Group sous l’égide du Dr H. H. Cheikh Sultan Ben Khalifa Ben Zayed Al Nahyan, membre du Conseil exécutif d’Abu Dhabi, a-t-on appris auprès de Mouloud Kheloufi, président de l’Agea (Association générale des entrepreneurs algériens).
Selon l’agence Algex, «cette conférence examinera dans les détails les derniers développements régionaux et les perspectives des marchés de l’acier, du ciment et de l’industrie de la construction. Ainsi, l’objectif est d’aider les participants à la recherche de nouveaux partenaires pour la concrétisation de relations d’affaires et d’en apprendre davantage sur l’avenir de ce secteur».
En soulignant qu’«il s’agit d’une occasion unique pour obtenir des contacts directs avec plus de 450 fournisseurs et clients potentiels, issus du Moyen-Orient, Afrique du Nord, de la Chine et de l’Inde». La Chine est devenue, ces dernières années, un leader en matière de construction qui s’est taillé en Algérie la part du lion des projets de construction dans les secteurs de l’habitat et des travaux publics.
Quant à l’Inde, ce pays émergeant connaît une percée considérable dans le secteur industriel, nucléaire et celui des services, se targuant de concurrencer les pays développés dans des créneaux qui leur étaient jusque-là réservés. Il faut dire que ces derniers temps, la Bourse s’est carrément affolée avec les fluctuations des prix des matières premières qui ont atteint, spéculation oblige, des pics vertigineux.
La flambée des prix des matériaux de construction en Algérie hypothèque l’achèvement dans les délais des grandes infrastructures et surtout des logements qui ont déjà accusé beaucoup de retard, à l’exemple des logements AADL dont le directeur, vient d’être limogé. Le secteur du BTPH est en butte à d’innombrables problèmes.
Beaucoup d’entreprises ont, faute de plans de charge, mis la clé sous le paillasson sans oublier qu’elles tombent sous le couperet du code des marchés publics 02/250 lequel, selon ces entreprises, «favorise les sociétés étrangères». Reste que la pénurie des matières premières est d’abord une question de spéculation. A ce propos, un groupe de cadres de l’entreprise de ciment ERCE, qui ont requis l’anonymat, ont élaboré un document (une copie a été adressée au premier magistrat du pays) dans lequel ils révèlent que «1 000 000 de tonnes de ciment sont stockés chez les spéculateurs ».
Cette situation, selon les rédacteurs du document est due à «la vente libre du ciment», arguant que «la pénurie survenue au cours de cette année est provoquée par les cimenteries elles- mêmes». «En effet, enchaîne-t-on, c’est depuis que ces dernières ont décrété la vente libre de la totalité de la production et des stocks du dernier trimestre de l’année écoulée. »
«Ce qui a fait, poursuit-on, le bonheur des trabendistes et de quelques personnes de l’entreprise et en vue d’atteindre les objectifs fixés, qui peinent à être concrétisés, par une mise en marche effrénée (non-respect de consignes de sécurité) des installations, ce qui conduit techniquement à des avaries plus ou moins graves, nécessitant de longs arrêts de maintenance (cas de la cimenterie de Sour El Ghozlane où la virole four fut déformée sur une longueur de 49 m)».
Les rédacteurs du document révèlent que le tonnage journalier est déterminé par les besoins des grands chantiers. Ils affirment que les bons se vendant devant les portes des cimenteries sont ceux détenus par «les autoconstructeurs qui les destinent plus à une activité lucrative qu’à la construction ou parfois par les entrepreneurs n’ayant plus de chantiers, soit abandonnés, soit achevés et qui continuent à être approvisionnés.
Ceci grâce notamment à la complicité des agents, non-remise du certificat de fin de chantier, faux et usage de faux ou encore par le système de dérogation pratiqué par les cimenteries et leurs structures centrales qui consiste à accorder soit sur la base d’un dossier mais pour des quotas supplémentaires, soit sans dossiers à des proches, des relations et au personnel et cela se chiffre en milliers de tonnes par an.
«Ces cadres indiquent qu’«outre, l’approvisionnement des dépôts appartenant aux cimenteries et à l’entreprise de commercialisation du même groupe ERCE qui absorbe plus de 40 % de la production globale, la distribution dans beaucoup de cas reste obscure».
Fatma Haouari





