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Crise alimentaire dans de nombreux pays, L'abominable régression humaine

Crise alimentaire dans de nombreux pays L'abominable régression humaine

On ne cesse de jurer, sur la scène internationale, que les nouveaux défis seront relevés, qu’il s’agisse du domaine de l’environnement, de celui encore plus subjectif des conflits armés ou encore celui des pandémies telles que le sida…

13 Avril 2008,   Le Jeune Indépendant
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Pourtant, c’est l’effrayant spectre de la famine qui ressurgit, comme une litanie, dans un monde où la démesure n’a jamais été aussi folle et aussi indécente. Une minorité d’individus jonglant avec les richesses de l’humanité, sur fond de scandales financiers planétaires.

Là des apprentis sorciers, de bonne volonté, mais trop pressés d’en finir avec les carburants classiques qui utilisent l’alimentation humaine pour faire tourner encore des moteurs, avec la pompeuse désignation de biocarburants ! Jusqu’où l’homme pourra-t-il ainsi fondamentalement régresser ? En masquant ses crimes par les artifices de la science, relayée par les sérénades politiques ?


En guise de réaction défensive viennent aussi les explications scabreuses qui indexent une partie de l’humanité, accusée de manger désormais à sa faim grâce à son essor économique, justifiant ainsi la flambée des prix des produits alimentaires de première nécessité. Une cynique analyse des économistes, ces spécialistes au cœur froid qui, dans leur vision macroéconomique, oublient trop souvent de remettre en question les lois du marché international, où la morale a plié bagage depuis des lustres.

La FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, tire la sonnette d’alarme avec la même impuissance dont font preuve les démembrements onusiens lorsqu’ils traitent d’un fléau entretenu par les puissants de ce monde.

S’élève alors la voix de Diouf, le directeur général sénégalais, qui invite les décideurs internationaux, à prendre part à un sommet sur la crise alimentaire, au siège de la FAO, à Rome.

Celui-ci étant prévu pour le début du mois de juin.
Parce que les ventres creux ne sauraient attendre ce rendez-vous technocratique sur une question intellectuelle chez ces dirigeants, mais plutôt physiologiques chez les populations affamées, les tensions mondiales n’ont pas attendu le sommet. Les émeutes ont éclaté parmi ces peuples en difficulté extrême, dans les pays africains les plus pauvres, l’Indonésie, Haïti, les Philippines.

En plus de cette liste ouverte, selon l’aveu de la FAO, «37 pays sont menacés de crise alimentaire». Et Diouf d’ajouter : «Je m’étonne de ne pas avoir été convoqué devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Un grand nombre des problèmes dont il débat n’auraient pas le même impact sur la paix, la sécurité et les droits de l’homme sans la crise alimentaire.»

La réflexion vaudrait son pesant d’or dans un débat concernant ceux qui peuvent encore en débattre, c’est-à-dire les pays développés à l’abri de la faim généralisée.

Mais le sujet ne concerne malheureusement que les plus faibles, et c’est pourquoi il faudra de l’abnégation pour obtenir de la communauté internationale active le soutien nécessaire à une politique économique mondiale un peu plus humaniste.

Certes les prix des produits dits de base ont aussi augmenté dans les pays développés, mais les incidences se répercutent sur le nombre de jours à passer au club de vacances, la prochaine saison estivale, pour légèrement caricaturer.

Ces économies performantes s’accordent à revoir leur pouvoir d’achat… mais dans les pays où, depuis des décennies, on se contente du minimum, en trompant sa faim par les rares céréales disponibles, la flambée des prix devient vite un drame où la mort vient s’intercaler. A ce propos, Diouf a déclaré : «Ils meurent parce qu’ils réagissent à cette situation, et si nous ne prenons pas les mesures nécessaires, il est certainement possible qu’ils finissent par mourir de faim.

Mais ils ne se laisseront pas mourir sans rien faire, ils réagiront. (…) La vérité, c’est que, déjà, des gens meurent dans ces émeutes.»

Effet pervers de cette tendance inflationniste sur les cours des denrées de première nécessité, les pays producteurs inquiets pour leur propre population freinent leur exportation pour constituer des réserves afin d’assurer une autosuffisance, aggravant ainsi la crise.

Citons, par exemple, le riz dont le cours a grimpé de près de 40 % et ce, en raison de la politique de fléchissement contrôlé de l’exportation de la part du Vietnam et de l’Inde. Sans évoquer ici les dérivés du lait, devenus de véritables denrées de luxe dans nombre de pays, quoi qu’en pensent les diététiciens !

Les observateurs sérieux de l’évolution de l’agriculture mondiale savent que cette pénurie prend ses racines davantage dans les résultats d’une option économique que dans une prétendue insurmontable hausse de la consommation.

Rappelons-nous ces milliers de litres de lait déversés dans les caniveaux des pays développés par les éleveurs en colère, il y a quelques années, en réaction à la spéculation endurée par les producteurs au profit des distributeurs et autres sangsues de l’économie moderne.

Pis encore, cette fameuse politique agricole commune suivie en Europe, et qui se fixe régulièrement des plafonds de production pour maintenir les prix élevés des différents produits, jusqu’à promouvoir la jachère de terres fertiles, en assurant aux agriculteurs au chômage technique une subvention avec une condition : celle de ne pas cultiver leurs champs !

Il est bien loin le temps de l’assolement triennal. L’agriculture, révolution anthropologique qui a permis à l’homme de passer du stade de la cueillette et de la chasse à celui de la réserve alimentaire par la culture et l’élevage, se retrouve désormais minée par les règles extrinsèques du profit et de la spéculation. Il faudra donc que cette noble activité existentielle s’affranchisse des travers du libéralisme sauvage pour qu’enfin l’espèce humaine se libère de la douleur aux tripes qui la prend quand elle n’a plus rien à se mettre sous la dent.

N. M.


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