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Justice algérienne, Le réquisitoire du bâtonnier d’Alger

Justice algérienne Le réquisitoire du bâtonnier d’Alger

«Plus de 80% des citoyens algériens sont mécontents de leur justice.» Les propos proviennent du nouveau bâtonnier d’Alger, Me Silini Abdelmadjid.

30 Mars 2008,   La Tribune
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En effet, les journalistes présents hier au centre de presse d’El Moudjahid ont assisté à un véritable réquisitoire qu’a lancé Me Silini.

Invité pour présenter les priorités de son nouveau mandat, le bâtonnier d’Alger a dressé un tableau noir de la justice algérienne. «Notre justice n’est pas indépendante, les juges du fond ne sont pas libres, les magistrats ne sont pas indépendants, le ministère public décide […].»

C’est en ces termes durs que l’invité d’El Moudjahid a qualifié la justice algérienne, allant jusqu’à affirmer qu’à l’époque du parti unique «la justice était indépendante et le juge d’instruction était libre». Pis, le bâtonnier d’Alger a affirmé que l’Algérie est loin de l’Egypte, «un pays où la justice est indépendante».

La justice algérienne, a souligné l’orateur, a commencé à dériver durant la décennie de braise. «Très souvent, de peur, le magistrat décide de mettre un citoyen en prison», a déploré Me Silini. Auparavant, 1/3 des décisions de relaxe étaient prononcées contre 1/10 de nos jours. Au niveau de la cour, 95% de confirmation de verdicts.

Ce qui a fait dire au conférencier que les chambres d’appel sont transformées en chambres de confirmation. Et à l’avocat de s’interroger : à quoi sert une cour d’appel ? C’est une charge supplémentaire pour le contribuable. L’autre point noir de la justice algérienne est sans doute la détention préventive. Me Silini n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer «cette procédure injuste».

«La prison fabrique des délinquants et détruit la cellule familiale», a déploré l’avocat. Par ailleurs, le conférencier s’est insurgé contre les juges d’instruction qui ne font que reprendre les procès-verbaux de la police ou de la gendarmerie. «Le juge d’instruction fonctionne par injonction de la tutelle.

C’est l’ingérence de la hiérarchisation sur la mécanique judiciaire», a souligné Me Silini. Affirmant que les magistrats ont perdu leur indépendance de décision, Me Silini a suggéré l’élection du président du tribunal par les magistrats au lieu de sa désignation.

Au sujet de la réforme de la justice, le bâtonnier d’Alger a reconnu que «le président de la République a une volonté réelle et une conviction profonde de réussir ce chantier», avant de préciser que la réforme ne doit pas se limiter à la construction de nouveaux tribunaux ou aux travaux de réfection qui s’opèrent au niveau des cours.

Evoquant la profession d’avocat, Me Silini a déploré le manque terrible de formation et la moralité de la profession qui a subi un véritable coup. L’avocat a déclaré ne pas comprendre comment peut-on gérer les 4 300 avocats du barreau d’Alger avec 12 fonctionnaires ! «Avec les seules cotisations des avocats, le bâtonnat est incapable de prendre en charge la formation des avocats.

Il nous faut au moins 60 cadres pour prendre en charge ce domaine», a déclaré Me Silini. Par ailleurs, l’invité d’El Moudjahid a défendu le dernier bilan du bâtonnat, qualifié de positif.

«Nous avons remis de l’ordre à 80% dans la profession, notamment en informatisant les dossiers des avocats», a déclaré Me Silini. Le conférencier a inscrit, parmi ses priorités, la construction de la maison du barreau et l’urgence de la construction de quatre écoles de formation pour les avocats.

C. B.