Bouteflika est arrivé hier et le sommet s’ouvre aujourd’hui L’Algérie veut crever à Damas l’abcès de la mésentente arabe
Damas vit depuis quelques jours au rythme d’un sommet controversé dans la mesure où Washington n’a cessé de faire des pressions sur les chefs d’Etat arabes pour ne pas y prendre part.
Certains souverains arabes ont entendu le chant des sirènes dans l’espoir d’isoler la Syrie, y compris au niveau arabe, mais c’est l’inverse qui s’est produit, puisque les pays ayant décidé de boycotter, comme le Liban, et ceux qui ont réduit leur niveau de représentativité, comme l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie, le Maroc… ont, en fait, fait de la Syrie, aux yeux des populations arabes, le leader de la résistance dans la région moyen-orientale et l’os en travers de la gorge de Washington.
A ce niveau symbolique, Damas aura été un rendez-vous de mise à nu des Arabes, de leurs divergences profondes, et de l’allégeance de certains pays arabes aux Etats-Unis.
C’est dans ce contexte de crise arabe endémique que la présence de l’Algérie à ce sommet, en la personne du président de la République, s’inscrit en premier lieu dans la tradition algérienne de solidarité et de soutien à toutes les causes arabes.
En second lieu, elle se veut une réponse claire à ceux qui ont prôné la politique de la chaise vide au moment où le Liban se débat dans des contradictions qui risquent de prolonger sa situation de non-constitutionnalité, au moment où la Palestine subit de plein fouet les conséquences du déchirement arabe, au moment où l’Irak s’éloigne de plus en plus de l’espace arabe.
Au-delà de la langue de bois qui caractérise le communiqué final de la réunion des ministres des Affaires étrangères arabes de jeudi dernier, l’Algérie veut crever l’abcès qui envenime les relations inter-arabes et favorise leur incapacité chronique à agir sur leur situation politique, sociale et économique.
L’Algérie, qui n’est pourtant pas dans la ligne de front immédiate du conflit arabo-isrélien, ne ménage aucun effort pour soutenir les initiatives arabes de paix telles que celle formulée à l’attention d’Israël lors du sommet arabe de Beyrouth en 2002 et que l’Etat hébreu a rejetée sans appel.
Cette initiative proposée par l’Arabie saoudite fait aujourd’hui l’objet de divergences dans la mesure où certains pays arabes estiment, à juste titre, qu’elle n’est plus à l’ordre du jour. Une commission a été mise en place pour en faire le bilan avant de faire des propositions quant à son abandon, son gel ou son enrichissement.
A propos des deux dossiers brûlants de l’heure, l’Algérie veut tout faire pour aboutir à une entente inter-palestinienne pour transcender les clivages qui déchirent violemment le Fatah et le Hamas, ainsi qu’à une entente inter-libanaise afin de revenir à la constitutionnalité à travers l’élection rapide du président libanais.
Pour y parvenir, le sommet de Damas doit étaler toutes les cartes en dépit de l’absence des souverains de certains poids lourds de la région, notamment l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie.
Le Liban est ainsi le grand absent-présent de ce sommet et devient le prétexte pour les grands absents qui se cachent derrière «les blocages syriens de l’élection du président libanais» pour tenter d’isoler Damas au niveau arabe. A propos de la crise libanaise, le sommet pourrait prendre des initiatives fortes de médiation aussi bien entre Libanais qu’entre Liban et Syrie.
Quant au conflit arabo-israélien, qui échappe à la communauté arabe, il pourrait connaître de nouveaux développements après la proposition israélienne lancée mercredi dernier par le Premier ministre Ehoud Olmert qui a déclaré qu’Israël privilégiait des discussions en tête-à-tête avec la Syrie, en vue d’un accord de paix.
«Cela ne veut pas dire que lorsque nous nous rencontrerons, vous serez au courant», a-t-il lancé, laissant entendre que ces négociations seraient peut-être gardées secrètes.
Cette proposition a été réitérée hier par le ministre des Infrastructures, Benyamin Ben Eliezer, qui a laissé entendre qu’Israël pourrait organiser ou a l’intention de lancer des négociations secrètes avec la Syrie. «Tous les efforts sont faits pour amener la Syrie autour de la table des négociations» afin de «signer un traité de paix», a déclaré Benyamin Ben Eliezer sur radio Israël.
«Nous connaissons parfaitement le prix à payer», a-t-il ajouté, à savoir la restitution du plateau du Golan, une zone stratégique conquise sur la Syrie après la guerre de 1967. En attendant l’ouverture aujourd’hui des travaux du 20ème sommet arabe, l’Algérie a tenté à travers Mourad Medelci et Abdelkader Hadjar de rapprocher les points de vue. A ce propos, Medelci n’a pas caché son optimisme malgré l’ambiance tendue perceptible à Damas.
A. G.





