Hausse des prix des matériaux de construction Les entrepreneurs dénoncent le diktat des cimenteries
La situation devient incontrôlable sur le marché des matériaux de construction. Pratiquement tous les intervenants dans l'opération de construction se rejettent la balle et se disent victimes de l'autre.
S’exprimant hier lors de son passage au forum d’EL Moudjahid, M. Dennouni Abdelmadjid, président de l’Union générale des entrepreneurs algériens a tiré à boulets rouges sur les responsables des cimenteries étatiques. Selon lui, la hausse vertigineuse que connaît le prix du ciment est due au diktat qu’exerce ces sociétés.
«Il est anormal que cinq cimenteries arrêtent la production en même temps», s’indigne-t-il. Soupçonneux, celui-ci ajoutera que «ces cimenteries devraient nous aviser à l’avance pour nous éviter ces situations de pénurie et de spéculation». Ainsi, explique-t-il, ces derniers jours, la demande dépasse largement l’offre.
Une situation mise à profit par les spéculateurs qui ont procédé à l’augmentation systématique des prix. Tout en affirmant que les autorités sont au courant desdits spéculateurs, celui-ci ajoutera que parmi eux figure des entrepreneurs parasites exerçant dans le domaine du bâtiment. Intervenant,
M. Aïdache Mokhtar, président-directeur général de la SGP du ciment assure, quant à lui, que l’arrêt de la production observé par cinq cimenteries à l’échelle nationale est tout à fait normal.
«Chaque année, les cimenteries suspendent la production pendant un mois, lors de la période comprise entre décembre et mars et ce, afin d’effectuer des contrôles techniques», se justifie-t-il. Mais où est donc la faille ? Cela en sachant que la production nationale en ciment dépasse de loin la demande.
En fait, les douze cimenteries que compte le pays produisent 16 millions de tonnes annuellement, la demande est estimée à 14 millions de tonnes, ce qui fait un excèdent annuel de 2 millions de tonnes de ciment. Une seule cimenterie a procédé, il y a quelques semaines, à l’élévation des prix, à savoir l’ACC. Les augmentations appliquées sont de 2,5% sur le ciment en vrac et de 3 à 4% sur le ciment en sac, ce qui est, indique-t-on, loin d’influer sur le prix global de cette matière.
Quant au rond à béton (RAB), dont 80% de la demande sont importés contre une production locale de 20 à 25 %, son prix a augmenté de plus de 100% en l’intervalle de deux mois passant de 5 000 DA à 12 000 DA le quintal. Cette hausse s’explique non seulement par la hausse des cours du RAB sur les marchés internationaux mais aussi par la désorganisation du marché local, note M. Dennouni.
Dans cette conjoncture, a-t-il averti, le prix du logement connaîtra une augmentation d’au moins 300 000 DA. En attendant la mise en application des dispositions prises par le gouvernement pour mettre un terme à cette crise, le président de l’Union générale des entrepreneurs algériens dira que «les sociétés du bâtiment sont à bout de l’asphyxie financière». Un état de fait qui hypothèque à plus d’un titre les grands projets dont celui du million de logements et les chantiers des travaux publics.
Plus explicite, il dira que 85% des chantiers en cours de réalisation sont pris en charge par des entreprises algériennes. D’où la nécessité, affirme-t-il, de procéder à la révision des prix de marché afin de permettre aux opérateurs économiques de poursuivre les travaux. Par ailleurs, l’orateur a proposé la création d’un Observatoire national des prix et la publication des indices de révision des prix.
Aomar Fekrache






