Tout en plaidant pour une «normalisation» des relations bilatérales Le Maroc appelle l’Algérie à rouvrir ses frontières
Le Maroc a appelé, jeudi dernier, l’Algérie à rouvrir sa frontière terrestre avec le royaume, fermée depuis 1994, et à une normalisation des relations entre les deux pays, rapporte l’AFP, citant un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères, rendu public à Rabat.
«Le royaume du Maroc appelle dans l’amitié fraternelle et la sincérité totale à une normalisation des rapports bilatéraux et à une ouverture de la frontière entre les deux pays […] Le royaume du Maroc réitère sa volonté d’ouvrir une page nouvelle dans les relations entre les deux pays voisins tenant compte de leur passé commun et de leur destin partagé», indique le communiqué.
Le département ministériel justifie son appel par le fait que le contexte régional et international de la fermeture par l’Algérie de cette frontière est «aujourd’hui largement dépassé». La frontière terrestre entre les deux pays, faut-il le rappeler, a été fermée à la suite d’un attentat islamiste à Marrakech.
Considérant que son voisinage avec l’Algérie, à l’époque au cœur d’une tourmente sécuritaire inégalée, pouvait lui causer les mêmes ennuis avec la menace terroriste, Rabat avait alors décidé de mettre en place des visas pour les ressortissants algériens désireux de se rendre sur le sol wahhabite.
Une décision qui entraînera la réaction immédiate d’Alger qui, en représailles, avait opté pour la fermeture de ses frontières terrestres avec le Maroc. Cette riposte, lourde de conséquences pour le Maroc, n’aura pas été du goût de celui-ci qui multiplia les initiatives pour la faire annuler.
C’est que, sur le plan des échanges économiques, le royaume a tout à gagner à la réouverture de ces frontières tant le manque à gagner demeure considérable pour lui. Il faut rappeler dans ce contexte que les populations des villes marocaines qui partagent leurs frontières avec l’Algérie, à l’image de Oujda, vivaient principalement du commerce avec notre pays.
Les produits algériens de première nécessité qui traversaient en masse la frontière par la voie légale sont, depuis 1994, acheminés de manière clandestine, grâce à un banditisme florissant qui a profité d’une conjoncture inespérée et qui s’échine à surpasser la vigilance des services douaniers marocains ou algériens. Pour rétablir la situation d’avant 1994, le Maroc a entrepris, en 2005, de supprimer les visas d’entrée à sol. Ce qui entraînera la réciprocité par l’Algérie, une année plus tard.
La frontière terrestre demeure, néanmoins, à ce jour fermée. L’Algérie conditionne, en fait, sa réouverture par l’ouverture de tous les dossiers qui ont entouré la décision de Rabat. Le président de la République l’a bien rappelé, il y a quelques jours seulement, à l’occasion de l’entretien accordé à l’agence britannique Reuters.
«C’est notre souhait, fondé du reste sur des considérations culturelles, sociales et économiques d’autant plus sensibles que les peuples algérien et marocain sont unis par les liens de fraternité qui remontent loin dans leur histoire […] La réouverture de la frontière est néanmoins liée aux conditions qui ont présidé à sa fermeture […] Elle interviendra lorsque seront levés tous les obstacles qui l’empêchent actuellement», avait-il déclaré, jeudi dernier, au journaliste de l’agence étrangère.
Il y a lieu de noter par ailleurs que l’appel de Rabat pour «une normalisation» de ses relations avec Alger intervient au lendemain du quatrième round de pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario autour de l’avenir du Sahara occidental. Lequel round, rappelons-le, s’est soldé par un échec tout comme les trois précédents en raison du refus par le Maroc de négocier autrement que dans le cadre de sa proposition d’«autonomie» de ce territoire.
Mais au-delà de cette considération, notons la ténacité du Maroc à vouloir considérer l’Algérie comme partie prenante dans le conflit et pouvant, par conséquent, contribuer à son règlement définitif. Ce qu’Alger a, de tout temps, dénoncé et rejeté en estimant que ce conflit concerne les deux seules parties protagonistes et que sa résolution relève de la légalité internationale et de la responsabilité des Nations unies.
Dans le même entretien accordé à Reuters, le président Bouteflika a souhaité voir les deux parties «épuiser toutes les possibilités qu’offrent la négociation et l’avantage de pouvoir se parler directement sans pré-conditions pour trouver une solution durable au conflit».
Au lendemain de la fin des pourparlers de Manhasset IV, l’Algérie a réitérer son appel aux deux protagonistes en vue de « négocier de bonne foi et [de] créer une atmosphère favorable au succès du processus de paix en cours». Pour l’Algérie, tant que le Maroc persiste à l’entraîner dans ce conflit, il ne peut y avoir de «normalisation» des relations bilatérales et… encore moins la possible édification d’une quelconque Union maghrébine.
M. C.





