L’affaire des otages autrichiens suscite des interrogations Manipulation et enjeux géostratégiques pour le contrôle du Sahel
L’enlèvement des touristes autrichiens est en soi un drame humain pour les deux otages et pour leur famille. Le premier niveau de lecture de cette autre affaire d’otages révèle le GSPC qui a réussi à avoir des ramifications dans les régions du Maghreb et sahélo-saharienne.
Si l’implantation du GSPC dans les cinq pays du Maghreb s’explique subjectivement et objectivement, son prolongement dans le Sahel demeure, quant à lui, énigmatique.
D’autant plus que l’espace sahélo-saharien n’offre, à première vue, aucune utilité stratégique pour le GSPC qui n’arrive pas à avoir la mainmise dans son espace «naturel», l’Algérie.
L’étau qui se resserre de plus en plus autour des fiefs du GSPC dans les maquis du Nord et des Hauts Plateaux n’explique pas à lui seul l’implantation du groupe terroriste dans le grand Sahara qui ne lui offre pas l’abri et les moyens de survie nécessaires, sans de puissantes alliances locales et sans protection garantie par une puissance quelconque, même officieuse.
Autrement, comment expliquer cette mobilité avec laquelle les groupes armés du GSPC et ceux des Touareg rebelles du Mali et du Niger qui ont d’ailleurs fait jonction, se déplacent à travers un terrain nu et désertique et menacent la stabilité des pays riverains, notamment le Mali, le Niger, l’Algérie et la Mauritanie.
L’Algérie qui rejette, à juste titre, toute responsabilité quant à la sécurité des deux touristes autrichiens, dans la mesure où ils ont été enlevés alors qu’ils étaient sur le territoire tunisien, est en train d’assumer pleinement sa responsabilité à travers son implication dans la lutte antiterroriste ainsi que sa responsabilité humaine à travers ses efforts de retrouver et de libérer sains et saufs les deux otages autrichiens.
Cependant, l’Algérie s’oppose par principe à toute négociation avec les terroristes qui utilisent les otages pour faire pression et tenter de libérer des terroristes en prison et ramasser une fortune pour mieux s’armer et tuer plus d’innocents en Algérie et ailleurs.
Le souvenir des 32 otages européens est encore vivace et les conséquences des manipulations et manœuvres de certains groupes d’intérêt et différents services secrets étrangers ont coûté la vie à des centaines d’Algériens grâce aux cinq millions d’euros qu’aurait versés la fondation El Kadhafi pour plaire à l’Europe.
En 2003, l’Algérie a réussi à libérer la moitié des otages et espérait pouvoir en libérer le reste sans céder aux chantages terroristes. Aujourd’hui, le même scénario se répète avec un ballet diplomatique et des services d’espionnage et de contre-espionnage qui sortent la région sahélo-saharienne de l’anonymat.
L’Autriche invite officiellement la Libye pour un remake de l’affaire des otages de 2003, reconnaissant que les terroristes ont exigé une rançon dont le montant pourrait être de cinq millions d’euros qui vont financer encore les groupes utilisés et manipulés pour une lutte de leadership régional et pour donner plus d’argument à l’Africom pour prendre forme dans la région sahélo-saharienne.
En d’autres termes, la convention internationale de lutte antiterroriste n’est que de la littérature pour se donner bonne conscience, et la coopération internationale en la matière, notamment à travers l’observation par satellite des mouvements suspects dans le vaste Sahara, est une promesse qui a un prix : l’implantation de bases militaires et de forces armées étrangères dans le plus grand et plus riche désert du monde. Le GSPC, Al Qaïda et la rébellion touareg en sont les moyens de persuasion.
A. G.






