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La tragédie des harraga, Un visa pour la… mort

La tragédie des harraga Un visa pour la… mort

Des harraga réussissent parfois à atteindre l’Eldorado tant rêvé, mais ce n’est jamais le cas pour la plupart d’entre eux. Certains payent même de leur vie leur tentative de traverser la Méditerranée pour aller sous d’autres cieux leur paraissant plus cléments, où il pensent pouvoir trouver un emploi. Plus de 5 000 harraga ont déjà été interpellés et une centaine d’autres repêchés au large des côtes algériennes.

17 Mars 2008,   Le Jeune Indépendant
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En Algérie, le phénomène de ce qui est communément appelé «harraga» a pris une très grande ampleur ces dernières années. De jeunes Algériens se jettent à l’eau pour rejoindre les rives nord de la Méditerranée. Cela se traduit parfois par un visa sans retour… un visa pour la mort.

Beaucoup de ces jeunes «desperados» d’une nouvelle époque n’hésitent pas à payer le fameux ticket d’embarquement clandestin, dont le prix oscille de 400 000 à 800 000 DA.

C’est chèrement payé, mais cela ne les décourage pas, bien que les chances de rejoindre les côtes nord de la Méditerranée soient très minces, pour ne pas dire illusoires. Ainsi, 5 469 parmi ces jeunes ont été interpellés depuis 2005, dont 2 550 par les éléments de la Gendarmerie nationale et 1 568 par les garde-côtes, sur le littoral algérien ou au large de nos côtes.

Durant la période allant du 1er janvier au 8 mars 2008, 77 personnes ont été interpellées par les éléments des services en charge de la lutte contre ce fléau.

Durant l’année écoulée, 1 071 personnes ont été arrêtées, dont 83 de nationalité étrangère, précise-t-on au niveau du commandement des garde-côtes.

Parmi ces aventuriers, on compte, entre autres, 56 Marocains, 3 Maliens, un Congolais et 1 Ivoirien. Pour l’année 2007 uniquement, 94 personnes ont été repêchées au large des côtes algériennes. Et depuis le début de l’année en cours, ce nombre est de 9 personnes.

Ces arrestations, explique le colonel Slimane Deffaïri, responsable de la communication des Forces navales algériennes, englobent l’arraisonnement en mer d’embarcations transportant au total 1 380 personnes et l’interpellation de 188 jeunes au niveau des ports.

«2 919 harraga ont été interceptés depuis 2005 sur le littoral ou au large des côtes algériennes. 1 302 d’entre eux ont été sauvés d’une mort certaine», indique le colonel Slimane Deffaïri.

Par ailleurs, le Centre national des opérations de surveillance et de sauvetage (CNOSS) relève une forte augmentation des cas entre 2005 et 2006. Le nombre de jeunes interceptés ou interpellés pour migration clandestine, de 335 durant la première année, a littéralement triplé l’année suivante pour atteindre 1 016 cas.

Et il en est de même pour le nombre d’affaires y afférentes traitées ces trois dernières années. Sur les 425 affaires traitées, 173 concernent la période 2007, ce qui dénote d’une progression très prononcée. Les statistiques révélées par les services en charge de la lutte contre la migration clandestine donnent également un aperçu sur les différents profils des harraga.

Ainsi, selon un document de la marine nationale, il s’avère, entre autres données, que 54 % d’entre eux sont âgés de 18 à 28 ans, 27 % de 29 à 40 ans et seulement 3 % de plus de 40 ans. Concernant leur état civil, 80 % sont célibataires, 19 % mariés et 1 % divorcés. Par ailleurs 90 % d’entre eux n’ont ni emploi ni qualification.

Pour ce qui est de leur niveau d’instruction, selon un rapport de la Gendarmerie nationale, les sans-profession viennent en tête avec un ratio de 79 %, suivis de ceux exerçant une fonction libérale avec 6 %, des étudiants avec 2 % et des fonctionnaires et des journaliers avec 1 % pour chacune de ces catégories.

Rares sont les harraga qui arrivent à atteindre les autres rives de la Méditerranée, à savoir les côtes espagnoles à l’ouest et la Sicile ou la Sardaigne à l’est.

Plusieurs raisons concourent à cet état de fait, à commencer par la plus dangereuse, à savoir la vétusté des embarcations utilisées qui tombent souvent en panne, en haute mer. De ce danger, n’en doutons pas, les harraga en sont conscients.

Ils savent que leurs chances d’atteindre la rive nord sont extrêmement réduites, mais ils tentent quand même à plusieurs reprises cette aventure périlleuse, estimant que le miracle peut avoir lieu, comme il s’est produit pour de rares personnes. 7 % des interpellés sont des récidivistes et 62 % de ces interpellés avaient introduit, en vain, des demandes de visa.

Depuis quelques temps, ce phénomène touche également les femmes, avec 14 cas ces dernières années. La première harraga à été interpellée en 1999, la deuxième en 2001 et la troisième en 2003. Le plus grand nombre a été enregistré en 2006 avec 7 cas, contre 4 en 2006.

Les passeurs sont des connaisseurs de la mer

Les services de la Gendarmerie nationale et ceux de la Marine nationale s’accordent à dire que du fait de leur position géographique qui en fait des points proches des côtes espagnoles et italiennes, les wilayas de Tlemcen, d’Aïn Temouchent, d’Oran, d’Annaba et d’El-Tarf sont les plus ciblées par les Haragas, aussi bien nationaux qu’étrangers.

Le phénomène est même devenu un filon pour certains marins et pêcheurs avides de gains faciles et qui en ont fait un véritable commerce. En effet, c’est auprès de ces vendeurs de mirages que des jeunes achètent des embarcations, souvent légères et vétustes. Des réseaux qui alimentent ce nouveau trafic ont été démantelés.

Ainsi, un réseau spécialisé dans l’immigration irrégulière vers l’Italie via la Tunisie et la Libye a été neutralisé le 13 mars 2006 par la section de recherches du groupement de gendarmerie de la wilaya de Boumerdès.

Le filon…

Des jeunes candidats à la migration clandestine, dont l’âge varie entre 19 et 40 ans, se regroupent en équipes de 8 à 10 personnes. Ils cotisent entre eux pour réunir le montant de l’achat de l’embarcation, estimée entre 400 000 et 800 000 DA, auprès d’un passeur qui leur fournit en plus de l’embarcation un GPS (traceur), une boussole de navigation, pour enfin leur indiquer les coordonnées du point de débarquement qui est dans la plupart des cas celui de Gabo de Gata (côte espagnole) et Cap Rosa (côte italienne).

Les candidats s’assurent d’embarquer une quantité suffisante de carburant pour les besoins de la traversée, en chargeant à bord 7 à 9 jerricans, dont le poids conditionne l’équilibre de l’embarcation, qui peut chavirer.

Le départ s’effectue généralement la nuit, pour une traversée d’une durée estimée à 6 à10 heures pour rejoindre l’Espagne et 12 à 15 heures pour rallier l’Italie, selon l’état de la mer.

Le choix des couloirs de passage vers Almeria et la Sardaigne s’explique par le rapprochement des distances par rapport aux côtes algériennes (94 km entre Aïn Témouchent et Almeria et 130 km entre Annaba et Cap Rosa).

Tous les GPS retrouvés et saisis jusque-là par les autorités espagnoles et italiennes à bord d’embarcations arraisonnées indiquent les mêmes points géographiques, à savoir Gabo de Gata Almeria et Cap Rosa de la Sardaigne.

Un plan d’action de la Gendarmerie nationale mis en place

Des mesures ont été prises au niveau des zones côtières et un plan d’action de la Gendarmerie nationale a été mis en place pour faire face à ce phénomène.

Ainsi, le contrôle des zones côtières, même les plages et les côtes isolées, le survol des zones côtières Est et Ouest par des escadrilles d’hélicoptères de la Gendarmerie nationale pour renforcer le dispositif de surveillance et signaler aux unités tout mouvement d’émigrants sont autant d’actions entreprises dans ce cadre.

Il a également été décidé de renforcer le contrôle des réseaux routiers et d’interpeller tout individu trouvé en possession d’effets douteux susceptibles de constituer un indice quant à un projet de voyage par mer (gilet de sauvetage, boussole, GPS etc…).

Il est également question d’intensifier la collecte d’informations et la recherche de renseignements pour le démantèlement des réseaux impliqués dans ce nouveau trafic.

Selon le commandant Kerroud, les enquêtes menées ne se limitent pas à interpeller et présenter à la justice ces jeunes «candidats» à l’émigration clandestine, mais de trouver et démanteler les réseaux, c’est-à-dire les passeurs et ceux qui organisent et procurent les moyens d’embarcation.

En conclusion, l’étendue de nos frontières terrestres et maritimes, la position géostratégique de notre pays qui lui confère le caractère de carrefour ouvert sur toute l’Afrique et l’Europe, ainsi que la propagation de la criminalité transfrontalière constituent autant de facteurs qui ont contribué à l’émergence et au développement de ce fléau. Le premier constat qui se dégage est la prolifération du phénomène de la professionnalisation des filières de passeurs.

Ce qui nécessite la mobilisation de tous les moyens humains et matériels de lutte contre ce phénomène. De leur côté, les garde-côtes ont mis en place un dispositif permanent de surveillance des côtes et des ports. Les forces navales ont intensifié les sorties en mer des vedettes GC, de jour comme de nuit, des embarcations de type semi-rigide pour la surveillance des côtes et des flottilles de pêche et de plaisance. A. A.