Fait unique dans les annales de la jeune recherche scientifique en Algérie Le projet d’un physicien algérien délocalisé aux Etats-Unis
Phénomène d’apparition récente dans le modeste milieu de la recherche universitaire en Algérie, la délocalisation des projets de recherche scientifique vers les pays étrangers est devenue aujourd’hui une réalité sur laquelle les pouvoirs publics doivent se pencher sérieusement.
Beaucoup plus que la fuite des cerveaux qui a fait que nombre de nos éminents chercheurs se soient vu contraints de quitter le pays pour s’installer définitivement en Occident où les conditions de travail sont de toute évidence nettement supérieures aux nôtres, le transfert à l’étranger de certaines activités de recherche de pointe aurait pris ces dernières années des proportions inquiétantes.
Selon certains chercheurs qui ont préféré rester en Algérie, malgré les offres alléchantes qui leur sont faites par de grandes universités et des laboratoires de renommée internationale, rien ne semble faire obstacle à ce phénomène de la délocalisation qui tend à englober aujourd’hui l’ensemble des domaines de la recherche scientifique et technologique, fondamentale et appliquée.
Le professeur Hafid Aourag, enseignant-chercheur à l’université de Tlemcen et au centre de recherche universitaire (CRU) de Sidi Bel-Abbès, en a fait l’expérience ces dernières années avec un projet de recherche sur le génome des matériaux pris totalement en charge par une université américaine (U.S. State University - IOWA) où il encadre une équipe de docteurs chercheurs internationaux.
Nominé pour le prix Nobel de physique en 2006, reconnu comme l’un des meilleurs chercheurs en 2006 par l’université de Cambridge, considéré par l’OCI comme étant le meilleur chercheur des pays islamiques, Docteur honoris causa aux Etats-Unis, ce physicien hors pair avouera pourtant avoir tenté l’impossible en Algérie pour que ses travaux soient menés entièrement dans des laboratoires ou des centres de recherche nationaux.
Rien n’y fit! Des années durant, sa hiérarchie restera sourde à toutes ses sollicitations. Devant notre étonnement, il nous confiera désabusé: «J’ai soumis à notre tutelle ministérielle plusieurs projets de création en Algérie de centres de recherche avec le soutien assuré de grandes institutions internationales.
Malheureusement, l’entreprise s’est révélée des plus vaine...
Le comble du paradoxe, cette idée nouvelle de génome des matériaux que je suis le premier dans le monde à lancer, les scientifiques américains furent les premiers à me proposer leur aide pour développer chez eux ce projet révolutionnaire. Sur un autre plan, même les Sud-Africains se sont mis de la partie puisqu’ils m’ont permis aussi, sur un cadre de recherche, de délocaliser chez eux une grande partie de mes activités scientifiques.
Avec celle qui est prévue au mois de juillet prochain, ce sera la troisième manifestation que j’organise donc en Afrique du Sud, un grand pays du continent qui a bien voulu me donner les moyens pour abriter aussi un certain nombre de centres de recherche prévus initialement en Algérie dont une école de physique réservée exclusivement à des doctorants africains.»
Mais, parmi le large éventail d’activités de recherche scientifique déjà pris en charge par les universités étrangères, c’est sans nul doute la délocalisation du projet sur le génome des matériaux qui est perçue et vécue comme une véritable désillusion par le professeur Hafid Aourag.
«Le fait est d’autant plus révoltant, fera observer ce chercheur, que l’Algérie est devenue ces dernières années un point nodal du réseau mondial ‘DFT-Ab-Initio’ et que nous sommes arrivés à convaincre la communauté internationale sur la nécessité d’une large concertation autour de l’utilisation de ce projet novateur du génome des matériaux», explique cet éminent physicien qui fondait de grands espoirs, à travers le montage in situ de ce projet majeur, sur le décollage réel de la recherche fondamentale.
Il n’arrive ainsi toujours pas à s’expliquer donc la chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur l’université algérienne et ses compétences scientifiques les plus sûres.
«Le projet en question, soulignera enfin le professeur Aourag, est une vision futuriste du génie des matériaux du XXIe siècle. S’il venait à se réaliser, la communauté scientifique se verrait doter d’un outil pour la conception et la fabrication de matériaux aux potentialités immenses par rapport à leurs utilisations et leurs applications dans des conditions extrêmes, tout en prenant en considération l’aspect environnemental et économique pour rendre plus grand le confort de l’humanité...
Dans mes travaux, j’apporte pour ainsi dire la preuve qu’on peut découvrir de nouveaux matériaux en utilisant les mêmes techniques qu’on utilisait dans le génome humain, c’est-à-dire des mutations, des croisements, des transmutations.
Mais, l’intérêt de cette recherche réside dans le fait qu’on est en train de manipuler de la matière inerte... Il n’y a donc aucun problème de déontologie ou d’éthique qui se pose au chercheur... Donc, faute de moyens mis à ma disposition, j’étais contraint de domicilier cette recherche aux Etats-Unis, recherche devenue entre-temps un projet international.»
A. Abbad






