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Le ramadhan et la violence, Le mois de toutes les colères

Le ramadhan et la violence Le mois de toutes les colères

Une pratique anormale ! A chaque ramadan, les rixes se multiplient. Est-ce le fait du jeûne ou est ce une violence de société qui apparaît plus durant le mois sacré ? Des interrogations auxquels ce reportage tente d’apporter des réponses…difficiles!

07 Septembre 2010,   L'Authentique
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Al’origine, un dépassement dangereux à proximité d’une sortie de cité. La Peugeot sort en deuxième ligne. En face, une voiture roule à toute allure et n’était-ce la vivacité de son chauffeur, il y aurait eu drame. Assez en revanche pour déclencher une rixe générale à quelques minutes du f’tour.

Que s’est il passé entre temps ? Une gesticulation, celle du chauffeur heureux fait arrêter l’autre chauffeur, celui de la peugeot. Ce dernier bien que fautif n’hésite pas à descendre de sa voiture et de venir tout remonté ; tout décidé à en découdre. Un échange d’amabilité, puis les occupants des deux voitures rejoignent la galère. Vite les habitants de la cité s’en mêlent. Il n’en fallait pas plus pour la grande explication.

A coup de barre, de couteaux, de gourdin ; la bagarre est générale. Un quart d’heure après, le bilan est lourd : deux blessés dans un état très grave, quatre blessés légers et des dégâts matériels énorme. Rien n’a été laissé en place. Ni les voitures, ni les magasins à proximités, ni même la chaussée. La police, venue avec beaucoup de retard n’a pu que constater les dégâts. Sur les lieux, Farid reste hébété.

Deux heures après la «guerre», il n’a pas encore rejoint son domicile. Farid habite la cité de Bachedjerrah. Les rixes, il en voit pratiquement tout les jours depuis le début du mois de ramadan et ne comprend pas.

Au bout de son troisième café il fini par exploser «j’en peut plus, qu’ils aillent le manger et qu’ils nous laissent tranquille». Sur les vingt premier jours du mois sacré, il a compter pas moins de quarante bagarres rien que pour la dernière heure d’avant le f’tour. Alors, le lien est tout fait : si les gens s’accrochent autant c’est à cause du ramadan.

Pour le démentir, il faudra user de beaucoup de pédagogie car les chiffres sont troublants. Partout, ce genre de scène se répète durant le mois de ramadan. Pourquoi toute cette haine ? Les urgences des hôpitaux ne désemplissent plus et chaque jour, médecins et infirmier sont sur le pied de guerre.

A l’hôpital de Bab El Oued, Adel, infirmier aux urgences raconte « hier encore, on a ramené trois blessés de trois endroits différents. L’un deux avait presque l’oreille arrachée ». Selon cet infirmier, on compte une centaine de blessés depuis le début du mois de ramadan et ce n’est pas encore fini.

Adel habite aussi le quartier. Un F 3 à proximité de l’ancienne Bazétta qu’il partage avec ses cinq frères, une soeur et un père diabétique depuis la disparition de la maman.

Pour lui, les bagarres ont de tout temps été légion dans le quartier mais il reconnaît que le phénomène a pris des proliférations dangereuses ces dernières années surtout avec l’apparition d’utilisation d’armes blanches. Car en effet, il est devenu courant au moindre malentendu de voir sortir les couteaux. La pratique est de règle chez une génération qui a grandi au milieu de la violence terroriste.

Ces vingt- trente ans qui ne conçoivent la vie qu’à travers le prisme de la violence et pour qui, un échange de coup de poing est insuffisant quand on peut tuer.Au marché T’nach ( 12) de belcourt , un groupe de jeune de dix sept – dix huit ans est particulièrement remonté en cette fin de journée.

Personne ne connaît la raison mais il semble, selon certaines indiscrétions que l’affaire est liée à la soirée d’hier. Une « arnaque » sur une vente de hachisch a déclenché le courroux de ce groupe qui s’apprête à lancer l’assaut contre un groupe ennemi.

On ne connait pas le lieu de l’explication. Tenter de le savoir serait un « suicide » tant la vigilance est de mise chez ces jeunes. Une heure de palabres. Des hommes âgés interviennent pour tenter de ramener les gosses à la raison. Finalement, le « projet » de la descente est reporté, ce qui va nous donner l’occasion d’approcher Sofiane et essayer d’en savoir plus.

Ce dernier explique que ses copains sont décidés à porter un sérieux coup à leurs rivaux. Armés jusqu’aux dents , le matériel de guerre comporte des couteaux , des sabres , des bombes lacrymogènes et bien d’autres objets à faire fuir le plus brave.

Pourquoi toute cette haine ?

On ne saura rien du différend. Le choix de l’heure d’avant le f’tour parait par contre tout à fait justifié aux yeux de Sofiane « avec le ramadan, on est plus énervés et donc on est prêt à se défoncer plus ».

Une explication qui donne le tournis. Elle est toutefois réfutée par Taleb, psychiatre, qui s’est penché sur le problème depuis plusieurs années. Son verdict laisse sidérer le plus optimiste «la violence est endémique chez nous, elle ne correspond à aucune période de l’année. Il suffit de rien pour déclencher l’irréparable et souvent c’est pour rien». Constat amer quand on peut aisément le vérifier.

Selon la gendarmerie nationale, les affaires de déliquescences sont en constante augmentation et le nombre de millier d’interpellation par mois pour ce genre d’affaire est courant. Dans la foulée, il reste une explication pour confirmer cette tendance. Dans aucun pays au monde, musulman et non musulman, le ramadan ne fait autant de dégât que chez nous.

Il devient donc facile de déduire que la violence n’est pas le résultat du jeûne mais bien d’une conjonction de facteur que Taleb à du mal à expliquer. En, vérité, le psychologue s’interdit de franchir une ligne. Admettre que l’algérien est un peuple violent reviendrait à se flageller au moment où l’image du pays est suffisamment ternie.

Refuser d’admettre cette vérité, est une porte ouverte devant un glissement encore plus dangereux. Selon Taleb, la génération qui arrivera dans quelques années sera encore plus violente du faite d’une déliquescence générale, résultat de facteurs socio-économique et auxquels l’école sinistrée n’est pas étrangères.Il faudra donc s’attendre à d’avantage de violence avec le passage à de nouvelles formes et moyens de violence.

Il n’est pas exclut, à l’image de certains pays d’Amérique latine, d’assister à l’apparition d’armes à feu et de gangs de la mort. Une violence donc bien loin du ramadan.

Comprendre ce qu’est le ramadhan

Pas tout à fait rétorque Yazid, licencié en sciences islamiques. «Si la violence est présente, il ne faut pas cacher que le mois sacré est une période particulièrement intense en activité violente ».

Pour ce jeune de vingt quatre ans, il reste une éducation civique et religieuse à introduire dans les moeurs des générations montantes. Comprendre ce qu’est le ramadan ; ce qu’est le sens du mois le plus sacré qui a vu le début de la révélation et non en faire un mois de consommation stricte «tout le monde est complice.

La famille qui ne parle que de manger, l’école et même les gouvernants qui s’empressent à annoncer les programmes spéciaux pour palier aux déficit de marchandises». Yazid plaide pour une communion générale pour ce mois afin qu’il puisse être observé dans une piété exemplaire. Le discours est bien loin de la réalité. A Bouzeréah, on est au dix neuvième jour du ramadan. Il est presque dix neuf heures, un peu plus d’un quart d’heure avant la rupture du jeune.

Chez le pâtissier du coin, il y a foule. On se bouscule pour les derniers kalbelouzes. Soudain, un homme fauche un autre. S’ensuit un échange de coup de poing. A l’intérieur du magasin, la panique prend le dessus et le propriétaire devant l’anarchie ne trouve pas mieux que de menacer les protagonistes d’utiliser son couteau.

Il aura fallut plus d’une dizaine de minutes pour mettre fin à la confrontation. Personne ne sait pourquoi on en est arriver aux mains et beaucoup parmi les clients repartiront sans avoir pu faire leurs courses. Quelques mètres plus loin, l’un des deux hommes, la chemise tachée de sang fait de l’auto-stop. Une occasion de l’accompagner, de le ramener à la raison est de comprendre ce qui s’est passé. L’homme s’appelle Mahmoud.

A la question de savoir ce qui s’est passé il dit n’avoir rien compris «je lui ai juste demander de respecter son tour. Il m’a alors asséné des coups. Je n’ai même pas eu le temps de me défendre car vous avez bien vu que j’ai glissé». Ce père de trois enfants jure vengeance. Vengeance illicite en religion ? Pas besoin de leçon. L’homme dit ne pas accepter d’être vu par ces enfants dans cet état. D’une simple rixe, il en fait une affaire d’honneur.

On ne sait si la suite aura des conséquences fâcheuses. On ne peut le savoir mais il suffira de deviner une rencontre malencontreuse pour imaginer la suite. Ainsi va le mois de ramadan. Au lieu du pardon, on se déclare les guerres. Au lieu de raison, on sombre dans la folie. Chaque jour, on compte des blessées, parfois des morts et des haines qu’il faudra peut être mettre une vie pour les dissiper !

T. D.


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