Situation sécuritaire Un Algérien parmi les «ouléma» des attentats-suicides
Abou Hafs Sofiane El-Dajaïri est devenu, dans la sphère médiatique qui diffuse à travers le web la propagande criminelle d'Al-Qaïda, une référence chaque fois qu'il est question d'attentats-suicides terroristes dans les forums de la même nature.
Il doit sa «popularité» à un ouvrage intitulé La Théologie des attentats martyrs(fiqh el'âmaliyyate el-istich-hadiyyat) qu'il a diffusé sur Internet et où il traite de cette pratique en se référant aux textes sacrés contre les avis d'autres «oulémas» qui s'y opposent sur la même base. Cet Abou Hafs vient de récidiver avec un autre ouvrage sur Les Oulémas, catégories et présentations (Asnaf el-oulama wa awsafihoum). L'ouvrage en question est daté de 2005.
Il a été revu et corrigé en mars dernier avant d'être diffusé récemment sur Internet avec une préface d'un des idéologues d'Al- Qaïda qui l'a diffusé sur son propre site : le Jordanien Abou Mohamed Al-Maqdissi dont l’adversité contre l'Algérie n'est plus à démontrer.
Dans la dernière partie de ce livre, ce «savant religieux », qui a signé quelques autres de ses écrits du nom de Abou Hafs Sofiane Azli, dont au moins un est daté de Annaba, livre une liste de oulémas qu'il considère comme «divins», c'est-à-dire de sa propre famille idéologique, parmi lesquels deux Algériens, Bachir El-Ibrahimi et Mesbah Houidek, qu'il aligne à côté de l'Egyptien Sayyed Qotb, le père spirituel de la plus radicale des organisations terroristes, Takfir wa el-hidjra.
Ainsi, au moment où les autorités algériennes multiplient les efforts pour mobiliser directement ou indirectement le plus grand nombre possible de théologiens musulmans à travers le monde pour les amener à faire prendre conscience aux terroristes des maquis que leur credo sanguinaire n'a absolument rien de religieux, il se trouve des Algériens qui non seulement vont dans le sens contraire mais récupérent aussi à leur profit des «oulémas» algériens parmi les anciens dans le but de donner un ancrage historique aux massacres commis au nom de l'Islam.
Quand un illustre inconnu comme cet Abou Hafs en mal d'audience et de popularité se fait partisan du terrorisme islamiste pour se faire connaître sur le web et, qu'en plus, il se fait bénir d’un El-Maqdissi dont l'audience parmi les terroristes d'Al-Qaïda n'est pas une vue de l'esprit, cela n'est pas un signe de la vitalité de la militance de la sphère djihadique.
Il est celui d'une absence totale, plus que jamais effarante, des oulémas proprement algériens dans ce combat à la fois médiatique et éditorial dont se nourrit et se galvanise le terrorisme. Les ouvrages de ce genre ne sont pas à négliger.
Leurs auteurs réfléchiront à deux fois avant de les publier sachant que des oulémas algériens imprégnés des valeurs républicaines et démocratiques pourraient leur apporter la contradiction. Surtout que ces auteurs font souvent dans l'amalgame et parfois carrément dans le mensonge quand il s'agit de l'Histoire de l'Algérie.
Comme dans le cas de cet Abou Hafs qui a prêté à tort à Mesbah Houidek une protestation contre la condamnation de Sayyed Qotb par la justice égyptienne. Aujourd'hui qu'il s'est fait bénir par Al-Maqdissi qui a accepté de lui signer son livre, il a de fortes chances d'être tenté de devenir la nouvelle «coqueluche» des terroristes algériens, et pas seulement.
Et il ne trouvera personne en face de lui, sur son terrain, pour le contredire. Cela revient à dire que la lutte contre le terrorisme est loin d'être strictement d’ordre militaire. Les maquis ont leur prolongement dans le Web qui est devenu une arme indestructible dans leurs mains, surtout qu'ils sont les seuls à l'utiliser.
Il est comme un paradoxe dont l'explication rationnelle n'est pas évidente quand on voit que l'Algérie, qui a été à la pointe du combat contre le terrorisme et qui a même fait école sur ce plan, reste totalement indigente quand il s'agit de livrer d’autres formes de combat autres qu’avec les armes pour en venir à bout.
Pourtant ce ne sont pas les potentialités qui manquent mais la volonté politique de libérer les énergies du discours dominant qui veut que le terrorisme soit «résiduel » et que la seule arme à privilégier, en plus du combat des forces de sécurité, est celle des politiques de «réconciliation».
Il s'agit de se convaincre que celles-ci ont atteint depuis longtemps leurs limites et pour résiduel qu'il soit, le terrorisme ne l'est que sur le plan quantitatif. Mais pas sur le plan qualitatif. Et sur ce plan, il ne fait que commencer.
Mohamed Issami




