Aïn El Turck, Les harraga en stand-by ?

Aïn El Turck

Les harraga en stand-by ?

L’hémorragie qu’a connue la ville d’Aïn El Turck en se vidant de ses jeunes, devenus des harraga, heureux ou malheureux selon les circonstances, s’est quelque peu estompée ces dernières semaines.

30 Septembre 2008,   L'Echo d'Oran

En effet, un calme plat, ose-t-on dire, règne sur la ville, mais un calme qui semble trompeur. Peut-être à cause du temps peu clément, donc peu favorable à des traversées par bateau, surtout si l’on est équipé de moyens rudimentaires, comme le sont souvent les candidats à l’émigration.

Mais aussi, grâce à une plus grande vigilance des services de sécurité, tous corps confondus, qui tentent d’agir par anticipation, pour faire dissuader toute tentative suicidaire vers l’autre rive.

La main des charognards

C’est ainsi que les plages de Corales et de Cap Falcon, bases de départ des adeptes de la harga vers l’Espagne en particulier, mais aussi le reste des plages de la côte Ouest, sont soumises depuis quelques mois à une surveillance accrue. L’expérience acquise sur le terrain a facilité la chose et le démantèlement des réseaux de passeurs a de beaucoup réduit les tentations.

Car sans «offres de service» de charognards connaissant la mer, et misant surtout sur la détresse des jeunes, le mal aurait été moindre et beaucoup de familles auraient encore sous leurs yeux, leurs enfants vivants. Voilà comment des criminels ont amassé des fortunes sur le dos de cadavres.

Heureux aussi que depuis ce temps, beaucoup de candidats inscrits sur la liste d’attente ou s’apprêtant à embarquer, avaient été récupérés par les services de la Gendarmerie nationale de la daïra d’Aïn El Turck.

Les patrouilles opérées sur les bords des plages, dans des grottes ou garages à bateaux même de fortune, ont permis au moins de sauver des vies humaines.

L’autre phénomène est que l’on voit de moins en moins de jeunes scruter la météo dans les cyber, pour voir le temps qu’il fera en Espagne.

Auparavant, des groupes de deux ou trois se fixaient face à un écran pendant des heures, au point de devenir savants en science de la météorologie. Fausse accalmie ou juste un recul pour mieux sauter, nul ne peut le dire.

De l’avis des uns et des autres, d’anciens ou de nouveaux postulants à la hedda, «il est de plus en plus difficile de tenter une traversée clandestine vers l’Espagne, même si la connaissance du terrain est meilleure».

Evoquant le mauvais temps, certes ils reconnaissent que cela est risqué d’embarquer dans pareilles conditions, mais le gros du problème n’est pas là, disent-ils, ce sont surtout les moyens de surveillance qui sont devenus plus rigoureux, ce qui nous laisse moins de chance de nous en sortir aussi facilement.

Les mailles du filet

D’autres diront que l’envie de prendre la mer, même au péril de leur vie, est toujours là, mais «qu’ils préfèrent ne pas rater leur coup, car il serait difficile, voire impossible, d’avoir une deuxième chance au prix que cela coûte sur le plan financier, mais pénal surtout».

Cependant, beaucoup d’entre les anciens harraga, vivent encore l’amère désillusion de leur traversée, puis leur expulsion vers l’Algérie, après avoir été repêchés par les gardes-côtes.

D’autres n’oublieront pas de sitôt, l’arnaque dont ils ont fait l’objet, de truands qui leur ont refilé des barques avariées ou vendues après avoir organisé leur voyage.

Pour ceux qui ne le savent pas, la complicité dans l’organisation d’une hedda va du transporteur qui va chercher le groupe, au contact, au logeur, généralement patron d’hôtel miteux, à celui qui fournit l’embarcation, le mazout, la boussole et tout le nécessaire de départ, et qui connaît parfaitement le va-et-vient des gardes-côtes.

Voilà pourquoi des perquisitions avaient été auparavant effectuées dans des domiciles de citoyens habitant Cap Falcon, soupçonnés de faire partie des réseaux d’organisateurs de l’émigration clandestine. C’est à ce niveau que la lutte contre le phénomène a été plus ou moins réduite.

Cependant, il ne faut pas occulter les vrais problèmes sociaux, car ce qui fait d’abord fuir un jeune de son pays, c’est le chômage, le mépris et la hogra.

Quand des élus en qui il a cru ne pensent pas à son avenir, donnent le logement qu’il attend aux opportunistes et que quand il veut réclamer, on lui claque la porte au nez, et qu’il n’a plus que sa colère pour le conduire en prison, alors il préfère s’en aller n’importe où. C’est simple comme bonjour.

Karim Bennacef

Presse-dz

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