Ouyahia fustige ceux qui ont été «trahis par leur destin» «Il ne faut pas crier à la sorcellerie»
Bien plus qu'un «thème principal qui a marqué la scène politique durant ces dix dernières années», dixit, Belkhadem, le bilan de la réconciliation nationale, objet d'une journée parlementaire organisée par l'instance de coordination parlementaire des partis de l'Alliance présidentielle à l'Assemblée populaire nationale, dont les travaux se sont tenus hier à la salle El Mouggar, à Alger a été jugée plus que positive par les 3 leaders de ces partis ainsi que les ministres qui sont intervenus, entre autres celui de la Solidarité nationale et celui de la Justice.
La rencontre a été aussi une occasion pour le Premier ministre, également secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, de revenir sur un certain nombre de questions ayant trait à l'actualité nationale. Ainsi, conjoncture oblige, Ouyahia évoquera en marge de la journée, notamment l'élection présidentielle, le chômage, la problématique de la jeunesse (Harraga)…
«L'évaluation du processus de réconciliation nationale au plan du traitement des dossiers est très positive que ce soit dans leur aspect juridique ou dans la prise en charge des cas sociaux tels les dossiers des disparus et des proches des terroristes tués», a jugé Ouyahia en marge de la rencontre.
S'il est évident pour lui que la réconciliation nationale « plébiscitée » par le peuple en 2005 a enregistré des résultats encourageants, en témoignent les moyens mobilisés par l'État pour sa mise en oeuvre (22 milliards de dinars selon le ministre de la Solidarité), il n'en demeure pas moins, a-t-il estimé que sur le plan de l'esprit et du corps de la Charte pour la réconciliation, ça va encore prendre du temps, car « il s'agit d'abord de réconcilier l'Algérien avec soi-même » a commenté le SG du RND.
Sur les difficultés de l'application des dispositions contenues dans la charte, Ouyahia estimera au contraire que celles-ci sont « souples dans le traitement de tous les cas » avant de préciser qu'il n'existe pas jusqu'à présent d'autres mesures.
Interrogé sur « une autre probable étape » de la Réconciliation nationale, Ouyahia dira : « on reparlera de ça lorsqu'il y aura de nouvelles mesures » avant de préciser que c'est le peuple qui décide.
HARRAGA, UNE AFFAIRE DE TOUTE LA SOCIÉTÉ
Le Premier ministre s'est également longuement attardé sur le phénomène des harraga qui touche de plein fouet la jeunesse algérienne. Pour lui, le problème est beaucoup plus sérieux. Qualifiant le phénomène « de crise, de tragédie nationale », Ouyahia reconnaîtra qu' « il a porté un coup profond à la société algérienne dans ses valeurs.»
Selon lui, « la société est gravement secouée » par cette « longue affaire ». Une tragédie a encore ajouté Ouyahia, visiblement « heurté » par cette dernière qui « n'est pas seulement une affaire de milliards de dinars, de programme ou de mesures, c'est quelque chose qui ne peut venir que de notre profond, là où on se sent responsable et citoyen ».
Il s'est désolé dans ce contexte que les jeunes harraga « se jettent à la mer, au mieux, quand ils arrivent vivant à l'autre bout de la mer, pour faire des tâches de misère, des tâches semi-esclavagistes». Et pourtant, a-t-il expliqué, évoquant le démarrage du processus de développement dans notre pays, « même s'il y a le chômage, il n'y a pas de pénuries pour gagner sa croûte de cette manière en Algérie».
Qualifiant la jeunesse de « composante vive de la nation algérienne et une partie du peuple », Ahmed Ouyahia estimera qu'il s'agit surtout de recréer l'espoir au sein de cette dernière.
« Le problème se pose en termes de donner à cette jeunesse une flamme d'espoir et une raison de croire en leur pays » dira-t-il ajoutant qu'«il ne s'agit pas de dire qui a raison et qui a tort ». Il s'interrogera encore sur les raisons de ce « sentiment de désespoir », une question qui selon lui, devrait trouver une réponse non seulement auprès de l'État mais aussi auprès de toute la société.
Au-delà de la dimension tragique de ce phénomène qui n'est pas conjoncturel a estimé Ouyahia, il y a également un problème de civisme. Interrogé par ailleurs sur le sort des harraga algériens dans les centres de transit notamment et leur prise en charge par l'État Algérien, Ouyahia, et tout en regrettant que certains d'entre eux détruisent leurs documents d'identité une fois ayant traversé la Méditerranée, a affirmé que « l'État fait son devoir consulaire.»
La question de l'élection présidentielle dont l'échéance approche à grand pas a été abordée par Ahmed Ouyahia d'un angle on ne peut plus « piquant ».
En effet, même s'il a bien pris le soin d'éviter la question de la candidature du président de la République Abdelaziz Bouteflika derrière lequel, hormis l'alliance qui « porte bien son nom », toute une panoplie d'associations et de comités de soutien active déjà sur le terrain en vue de « l'inciter à se présenter » il n'a pas, au contraire ménagé dans ses propos certaines formations politiques qui ont décidé de boycotter le rendez-vous électoral et par extension, est-il aisé de déduire, toutes les personnalités dites « grosses pointures » qui ont elles aussi, soit décidé de ne pas participer à l'élection soit, tout bonnement adopté un silence radio à ce propos ou encore ces « prétendants » indépendants qui ont constitué une sorte de front, de comité pour dénoncer et faire face « aux entraves administratives » .
Tout en affirmant que « personne ne les a empêché de participer », Ahmed Ouyahia dont le langage « populaire » est connu de tous, soulignera dans ce contexte que celui qui a des problèmes internes ne doit pas prendre prétexte de la présidentielle.
Plus direct et en langage populaire cette fois-ci, Ouyahia dira : « Ceux qui ont été trahis par leur destin, crient aujourd'hui à la sorcellerie.» Sans commentaire !
S. M.





