Chères, très chères les vacances en Algérie 29 600 DA la nuitée, qui dit mieux ?
Le luxe de passer des vacances en famille dans un site balnéaire n'est pas donné aux moyennes bourses. Quant aux petites, c'est plutôt impossible.
Les complexes touristiques en Algérie appliquent des tarifs inabordables, mais dans les jours à venir, ils afficheront tous complet. «Et même avec ton argent tu ne passeras pas», nous affirme «en connaissance de cause», un réceptionniste au complexe touristique de Zéralda.
Le constat est le même à travers toutes les villes du littoral. Si ce n’est la saturation qui caractérise la saison estivale, ce sera le prix à payer, qui dépasse largement les capacités financières des petits et moyens cadres.
Et pour cause, passer quelques jours de détente au bord de la mer est l’apanage des seuls détenteurs de grosses bourses. En fait, un F1, sans pension, coûte dans la wilaya de Tipasa la bagatelle de plus de 4 000 DA la journée.
Une somme qui demeure inabordable pour les moins nantis et hors de portée des simples travailleurs qui se torturent, d’ores et déjà, pour assurer la prochaine rentrée scolaire et le mois de ramadhan. A Zéralda ou à Tipasa, le constat est le même ; les vacances sont plutôt réservées à une infime partie de la société.
«Nous vous confirmons qu’à partir du 10 juillet aucune place ne sera disponible à travers tous les complexes touristiques de la côte» affirme le directeur d’un complexe étatique. Et pour cause, des flux de vacanciers de marque se déversent à partir de cette date, sur le peu de places, voire de lits disponibles. Durant le mois de juin, ajoute-t-il, «le taux d’occupation oscille entre 30 et 40%».
Combien coûte une journée dans un bungalow ?
Le prix le plus abordable appliqué pour un bungalow F1 dans la wilaya de Tipasa coûte 4 600 DA la journée. Bien que cette somme serait jugée par le commun des mortels trop élevée, elle demeure néanmoins raisonnable pour le directeur du camping Le Grand Bleu Mohamed Barki, qui soutient que les tarifs «sont relativement explicables».
Il évoque la qualité des services proposés, la sécurité assurée et le séjour irréprochable que les clients pourront se permettre au sein de son complexe.
A vrai dire, et c’est ce que nous avons constaté sur place, la propreté des lieux saute aux yeux et l’accueil réservé par le personnel renseigne sur un professionnalisme avéré, peut-être introuvable ailleurs. Même les chambres, très bien aménagées et entretenues, ne devraient pas laisser le vacancier indifférent.
M. Barki, qui ne se laisse pas convaincre par la cherté du prix du séjour en brandissant, haut et fort, ce qu’il appelle «la balance des prix», remonte en arrière et assure que la plupart de ses clients reviennent chaque année. Ce qui explique, précise-t-il, la compatibilité des prix avec la qualité des services offerts.
Le Grand Bleu dispose aussi de 40 tentes de 8 lits chacune, très bien équipées, mais qui sont prises d’assaut dès le début de la saison. Pour le coût, notre interlocuteur dira qu’elles font seulement 1 000 DA la journée. Au complexe touristique de Zéralda, plein depuis plusieurs jours déjà, un bungalow F3 vaut la bagatelle de 80 000 DA le mois.
Au centre touristique de Tipasa village (CET), un bungalow de type F1, loin de la plage, fait 4 900 DA (tarif public) et 4 300 DA tarif groupe, indique son directeur M’hamed Aklouchi. Quant aux bungalows situés sur les zones B et C – des zones qui donnent sur la mer – ce même F1 revient la journée à 10 210 DA avec pension complète et 8 210 DA demi-pension.
Les F2 sont facturés à 18 180 DA avec pension complète et 14 180 DA avec demi pension par jour. Au complexe la Corne d’or, dans la wilaya de Tipasa, c’est pratiquement le même constat.
La journée dans un bungalow F1 avec pension complète revient à 14 800 DA et à 11 600 DA en demi-pension. Quant aux F2, ils sont loués à 25 200 DA en demi-pension et 29 600, soit quasiment 30 000 DA, pour les estivants ayant opté pour une pension complète.
Pourquoi les prix ne sont-ils pas à la portée des simples citoyens ?
Si la hausse des prix appliqués au niveau des campings et complexes touristiques balnéaires en Algérie s’explique notamment par le manque flagrant en lits, d’autres facteurs, et non des moindres, interviennent dans la politique de fixation des prix. Selon M. Aklouchi, directeur du Centre touristique de Tipasa plage (CET), son village dispose de 242 bungalows de type F1, de 101 bungalows F2 ainsi que de 8 F3.
Il est vrai que l’affluence est grande en haute saison touristique et elle atteint plus de 80% de taux d’occupation au mois d’août. Mais dans le souci de joindre les deux bouts, ajoute notre interlocuteur, «on doit rentabiliser l’été afin de pouvoir assurer les salaires des fonctionnaires sans avoir recours au licenciement en hiver».
Selon lui, durant le mois de juin passé, seul 40% des chambres ont été louées et ce taux diminue durant les autres mois de l’année. Même son de cloche du côté du complexe touristique de Zeralda.
Sur les 80 bungalows existants, la majorité ne trouve preneurs que durant les deux mois d’été. «Vous revenez le mois de septembre» nous lance un réceptionniste auquel nous demandons un bungalow. Celui-ci devant notre insistance, explique que nous ne sommes pas les premiers à rebrousser chemin, et nous ne serons pas les derniers.
«Ce n’est pas avec 80 bungalows que nous allons répondre à la demande souvent grandissante durant les deux mois de juillet et août». Notre interlocuteur souligne qu’à la fin de l’été, la majorité des bungalows reste vide.
Au camping Le Grand Bleu, son directeur, M. Barki, ne va pas sans affirmer qu’il a recours à la politique des quotas. «En été, je réserve un quota pour les associations, les fédérations et les institutions qui fréquentent le complexe à longueur d’année, l’autre quota est destiné aux vacanciers qui viennent notamment durant la saison estivale», explique-t-il.
Tout en affirmant qu’il aurait pu signer des conventions et assurer la location en permanence de son camping, l’orateur affirme ne pas vouloir «détourner le Grand Bleu de sa vocation touristique». «Le taux d’occupation annuel n’est que de 40%», explique-t-il. Une raison pour laquelle, «nous devrions suivre une politique des prix très rigoureuse» ajoute-t-il.
Pour M. Aklouchi, la rentabilisation de son complexe à longueur d’année s’effectue tout autrement. «Nous procédons à la location longue durée, mais à des prix peu élevés des bungalows. Il vaut mieux les rentabiliser partiellement que de les fermer durant plus de 10 mois», souligne-t-il.
Qui sont ces Algériens qui se permettent le luxe de passer des vacances ?
En apostrophant un réceptionniste au Complexe touristique de Zéralda sur la cherté des prix appliqués, celui-ci, tout en arborant un grand sourire, nous rétorque : «Mais ce n’est pas n’importe qui qui loue chez nous !» Mais qui sont ces gens-là ? insistons-nous.
«Ce sont généralement des gens qui ont les moyens, des gens haut placés», répond notre interlocuteur. Celui-ci ne va pas sans ajouter que quelques-uns des ces bons clients, «louent des bungalows à longueur d’année, mais ce qui est sûr, nous apprend-il, c’est le fait que ce sont les mêmes personnes et familles qui y viennent à chaque saison estivale». Au CET à Tipasa, le directeur nous informe que ses clients sont composés notamment de particuliers.
«Ce sont souvent des commerçants, des médecins, des dentistes, des grossistes, des entrepreneurs… qui représentent notre meilleure clientèle». Une partie de ces fidèles scellent même des contrats avec l’administration du complexe et occupent des bungalows à un prix réduit pendant toute l’année.
«Souvent ils en font office de résidences secondaires» explique-t-il. M. Aklouchi ajoutera que la grande partie de ses clients viennent séjourner dans le cadre des œuvres sociales qu’offrent les entreprises.
Des dires qui confirment que la majorité des complexes touristiques en Algérie aurait déclaré faillite n’eût été l’apport en argent que leur rapportent les œuvres sociales des sociétés.
Cela, vu que les individus et les familles qui fréquentent ces lieux sont constitués principalement des gens ayant pignon sur rue. Une classe, bien entendu, qui représente la minorité de la société algérienne.
Les émigrés et les touristes étrangers forment, de leur côté, une partie des abonnés aux complexes touristiques en Algérie. Ils représentent, nous indique M. Barki, la moyenne de 10% de la totalité des estivants qui passent leur été au camping Le Grand Bleu.
Aomar Fekrache





