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Cigarettes à l'université, Les étudiants 'grillent' l'interdiction

Cigarettes à l'université Les étudiants "grillent" l'interdiction

Le recteur de l’université Benyoucef-Benkhedda d’Alger, M. Tahar Hadjar, a annoncé le 12 mai dernier que la consommation du tabac à l’intérieur des campus est interdite. Dix jours après cette annonce, les choses ont-elles vraiment changé ? Visite dans la Faculté centrale.

25 Mai 2008,   Le Soir d'Algérie
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Assis sur un journal, son cartable accroché au grillage d’une clôture, Kamel, étudiant en pharmacie à l’université d’Alger, savoure sa dernière cigarette avant de rejoindre sa salle de cours.

Savait-il que fumer est devenu interdit depuis le 12 mai dernier à travers toutes les facultés de l’université de la capitale ? «Oui», répond-il. «J’ai entendu parler de la décision du recteur, M. Tahar Hadjar, d’interdire la consommation du tabac à l’université. Mais je ne me sens pas concerné par cette décision répressive», ajoute-t-il, l’air mécontent.

Kamel ne semble pas être la seule personne qui n’adhère pas à cette idée. Le nombre de personnes croisées dans le campus de la Faculté centrale, la cigarette allumée, renseigne sur le non-respect de ce que M. Tahar Hadjar a décidé.

Les étudiants ne sont pas les seuls à fumer, peut-on constater. Les agents de sécurité et d’entretien, ainsi que certains enseignants continuent de fumer à l’entrée même des amphithéâtres, des salles de cours et dans les couloirs. Le gérant d’un café, installé à l’intérieur du campus, continue lui aussi à vendre du tabac, au su et au vu de tout le monde.

Le recteur avait pourtant animé plusieurs rencontres d’information et de sensibilisation des étudiants, des enseignants et des travailleurs à la lutte contre la cigarette au sein de son université. Le replacement de la banderole où était écrit «Pour une université sans tabac» par une autre qui informe de l’organisation d’un colloque autour du thème «le discours soufi et la mondialisation», sonne comme un défi pour les responsables de l’université d’Alger.

Confortablement installé au niveau de ce qui est communément appelé «le jardin», un groupe de trois étudiants affirme tout ignorer à propos de cette interdiction. Aucune note d’information, aucune affiche ne rend en effet compte du désir de l’administration de combattre l’usage du tabac à l’université. Les tableaux d’affichage sont vides. «Je ne suis pas au courant et je n’adhère absolument pas à ce genre d’entreprise.

Après la cigarette, le recteur va nous interdire quoi d’autre ? Je fume en plein air et je ne crois pas que cela dérange quelqu’un. Je suis contre ceux qui fument dans les endroits fermés, comme les salles de cours et les couloirs. Je suis également contre l’attitude répressive des nos responsables et leurs mesures extrémistes», déclare Omar, inscrit en deuxième année de médecine. «Je ne peux pas arrêter de fumer sur une simple décision administrative.

Il faudrait d’abord que je manifeste cette volonté de le faire moi-même. Peut-être que cette nouvelle mesure va me pousser à diminuer de ma consommation du tabac, en attendant que j’arrête définitivement. Surtout si le recteur décide aussi d’une amende contre tous ceux qui seront surpris en train de fumer dans le campus», ajoute son camarade Salim, sourire en coin.

Damia, son amie, estime, pour sa part, que «les initiateurs de ce projet devraient plutôt faire dans la sensibilisation des étudiants et des enseignants qui doivent être les premiers à donner l’exemple en la matière. Je vois des enseignants fumer à l’intérieur des amphithéâtres et devant leurs étudiants avant d’entamer leur cours, ce qui est complètement inadmissible». A quelques mètres d’eux, un autre groupe d’étudiants, qui a transformé un bac à ordures vide en table pour jouer aux dominos, laisse échapper une fumée qui se sent de loin.

«Je ne suis pas obligé de sortir dans la rue à chaque fois que me prend l’envie de fumer. Nous installer des fumoirs serait plutôt mieux que de nous interdire carrément de fumer dans les campus », s’insurge Adel, déposant nerveusement une pièce de son jeu de dominos par terre. Sonia, une cigarette dans une main et des dominos dans une autre, est du même avis que Adel qui semble réconforté par le nombre impressionnant de fumeurs, installés autour d’eux.

Ce qui n’est pas le cas de son partenaire de jeu, Sofiane, un non-fumeur qui voit en l’initiative de M. Hadjar un pas positif dans la lutte contre le phénomène du tabagisme d’une manière générale. Si les avis diffèrent entre les uns et les autres, le constat est pour l’instant le même.

C’est presque tout le monde qui fume dans les campus d’Alger en dépit d’une interdiction qui ressemble plus à un souhait du recteur de lutter contre l’usage du tabac au sein de l’institution qu’il dirige. L’échec de la loi anti-tabac, promulguée par le gouvernement en 2000, est une preuve concrète du long chemin qui attend les militants contre la cigarette, surtout dans les lieux publics.

L. M.