Boudée par les entreprises publiques, son chiffre d’affaires chute de 45 à 25%... SNVI : La mise à mort ?
Le P-DG de la SNVI a révélé que l'ETUSA a préféré importer des autobus de Belgique plutôt que de passer commande auprès de son entreprise.
D'autres institutions et organismes étatiques ont fait de même chez d'autres concessionnaires de véhicules étrangers, ajoute Mokhtar Chahboub, «pour trois fois leur prix, tout en tournant le dos à la SNVI, dont la notoriété sur les marchés extérieurs ne cesse de progresser au fil des ans»
Seule consolation pour la SNVI : la fidélité des ministères de l'Intérieur et des Collectivités locales et de la Défense nationale qui restent de potentiels clients.
La Société nationale des véhicules industriels (SNVI), qui a pignon sur rue sur les marchés extérieurs, comme en témoigne les contrats décrochés avec bon nombre de pays, notamment africains et moyen-orientaux, en l'occurrence l'Irak, qui reste son plus gros client, la Libye, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal et le Gabon, pour un montant global de 80 millions de dollars, est confrontée à d'insurmontables difficultés sur le marché national où elle est carrément boudée. C'est ce qui ressort des déclarations de son Président - directeur général, Mokhtar Chahboub, hier matin sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale.
Seule consolation pour la SNVI : la fidélité des ministères de l'Intérieur et des Collectivités locales (la société a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 20 milliards de dinars avec le département de Yazid Zerhouni durant ces trois dernières années) et de la Défense nationale, qui demeurent incontestablement ses principaux clients et continuent à lui acheter 50% de ses produits.
Le P-DG de la SNVI révèle que l'Entreprise de transport urbain et suburbain d'Alger (ETUSA), a, quant à elle, préféré importer ses autocars et autobus de Belgique plutôt que de passer commande auprès de la SNVI.
D'autres institutions et organismes étatiques ont fait de même et fait commande chez d'autres concessionnaires de véhicules étrangers, ajoute Mokhtar Chahboub, «pour trois fois leur prix tout en tournant le dos à la SNVI dont pourtant l'engouement sur les marchés extérieurs ne cesse de progresser au fil des ans et où les produits sont hautement appréciés pour leur qualité jugée excellente».
La raison invoquée le plus souvent, notamment par l'ETUSA c'est l'inadaptabilité des autocars construits par la SNVI au transport urbain. Faux ! rétorque Chahboub, qui plaide le contraire puisque, selon lui, les produits de la SNVI «sont très bien adaptés au transport urbain, c'est même confirmé par les techniciens de l'ETUSA !».
Mokhtar Chahboub révélera que son entreprise a récemment contracté un marché avec le ministère de l'Enseignement supérieur, portant sur 300 véhicules pour le transport universitaire et dont la gestion reviendrait à l'ETUSA. La réception des premiers lots de ces véhicules «qui n'ont rien à envier à ceux importés d'Europe», souligne le P-DG de la SNVI, se fera, d'après lui, dans les semaines à venir.
Et d'ajouter que la SNVI possède les mêmes rapports qualité/prix que ceux pratiqués ailleurs, en Europe notamment, ce qui, laisse-t-il entendre, n'explique en rien le carton rouge qui lui est infligé par certaines instituions étatiques. D'autre part, et en raison de cette défection qui ne cesse de prendre de l'ampleur, faisant tache d'huile, la SNVI a vu régresser son chiffre d'affaires de 45% à 25% en quelques années seulement.
Ce que Chahboub confirmera tout en tenant à dire que la production de la SNVI, dont l'objectif selon lui est d'évoluer, est resté «figé» depuis les années 1980, puisque la moyenne de production se situe, selon lui, entre 3 500 et 5 000 véhicules, hormis bien entendu les équipements industriels dont des semi-remorques, porte-engins et autres semi-remorques hydrocarbures qualifiés de «très performants» par la PDG de la SNVI qui souhaite arriver à produire d'ici quelques années, quelque 10 000 camions, de sorte, dit-il, à « maintenir nos parts de marché (au plan national) qui passe, selon lui, inévitablement par l'investissement et le développement de nos capacités de production ».
Devant un discours politique contradictoire qui veut, à la fois booster l'économie nationale mais qui en même temps limite les chances de survie de la SNVI, Mokhtar Chahboub déclare avoir été invité - sous la contrainte sans doute - à « s'insérer de manière franche dans l'économie de marché », ce que la SNVI essaye de faire avec le peu de moyens dont elle dispose, aux dires de son premier responsable qui se réjouit, en revanche, qu'à la faveur du plan de redressement de son entreprise qui a d'ailleurs eu l'aval des pouvoirs centraux, pourrait éventuellement être assainie.
Chahboub repose tous ses espoirs sur le développement de la recherche en vue, dit-il, d' « améliorer la qualité de nos produits » de façon à les adapter à l'environnement actuel.
Chahboub assure que son entreprise est capable de répondre à la demande nationale, quoique cet engagement soit relativisé par l'orateur qui se dit prêt à s'engager à fournir tout de même 2 000 véhicules par an, tout en insinuant que ce n'est pas dans la production que se situe le «hic» mais dans la volonté des entreprises nationales de ne pouvoir s'affranchir de cette arrière-pensée qui veut que les produits nationaux sont à leurs yeux de moindre qualité que ceux d'importation. En somme, c'est un autre fleuron de l'économie nationale qui risque de disparaître.
Younes Djama





