Les procès sont programmes pour la prochaine session criminelle Rapt de 32 touristes européens et évasion de Tazoult au menu
Plusieurs procès relatifs à des affaires liées au terrorisme sont programmés pour se tenir lors de la prochaine session criminelle qui démarrera à la cour d’Alger le 1er juin prochain.
L’enlèvement de 32 touristes européens en 2003, dans le désert algérien, par Amari Saïfi, alias Abderrazak El Para, ex-«émir» de la zone 5 du groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et ses acolytes, avec demande de rançon, ainsi que l’affaire de l’évasion, au mois de ramadan de l’année 1994, de 1 200 détenus de la prison de Tazoult, dans la wilaya de Batna, seront cités dans ces procès.
Deux des terroristes présumés sont accusés d’«atteinte à la sûreté de l’Etat, assassinat de civils et de militaires, destruction de biens publics et privés, enlèvement d’etrangers, demande de rançons en devises à des Etats étrangers en contrepartie de la libération d’otages (et) alimentation des groupes terroristes armés en Algérie en armes, munitions et équipements».
Il s’agit de A. K., alias Assam Abou Okba, né en 1958, résidant à Oum El Bouaghi, marié et père de sept enfants, agriculteur de son état, et N. A., alias Salah Abou Yakoub, alias Salah Abou Ayoub, né le 9 novembre 1963, à Batna, marié, père de trois enfants, sans emploi.
Le premier cité a été arrêté par les services de sécurité tchadiens et le second par les services de sécurité nigériens avant leur remise aux services de sécurité algériens. Au cours de l’enquête préliminaire, Assam Abou Yakoub a déclaré qu’il avait rejoint les groupes terroristes armés dont était «émir» son cousin L. K., alias El Hadj Lakhdar au cours de l’année 1993, selon une source proche de ce dossier.
Il avait pour adjoint C.B., alias Eccheikh Meslem. Ce groupe terroriste, ajoute cette source, était composé de E.K., alias Abou Der, le frère de l’«émir», S.K., H.B., alias Zoubir, C.M., alias Ayoub, un certain Houara, alias Amirouche et un certain Ghanem. Tous ont été éliminés par les services de sécurité.
Quant à lui, Salah Abou Yakoub, il a rejoint les groupes terroristes armés au début de l’année 1993, après que les services de sécurité se sont présentés à son domicile, le soupçonnant d’affichage de documents subversifs, annonce la même source. Il a réussi à s’enfuir et à prendre attache avec E.L., éliminé en 1995, et lui a demandé de l’aider pour rejoindre les groupes armés avant son interpellation par les services de sécurité.
Il aurait accepté et lui aurait fixé rendez-vous pour le lendemain, ressort-il de l’enquête préliminaire. Le lieu du rendez-vous serait le pont Barka Fourache. Deux personnes appartenant au groupe islamiste armé (GIA) l’attendaient à bord d’une voiture de marque Peugeot 205, puis l’ont transporté aux monts Chaâlaâ.
L’évasion de Tazoult
Ces deux procès programmés pour avoir lieu lors de la prochaine session criminelle au tribunal criminel d’Alger qui démarrera le 1er juin prochain ne manqueront pas d’aboutir à des révélations sur l’affaire de l’enlèvement de 32 touristes européens et celle de l’évasion de la prison de Tazoult. Ces deux accusés ont fait certaines révélations qui pourraient être enrichies lors des audiences.
Lors de l’enquête préliminaire, Salah Abou Yakoub a ajouté que dès son arrivée (à ces monts), il a rencontré un certain Tahar (terroriste repenti), et un certain Soheib (éliminé en 1994), un certain Djahid (éliminé en 1997), Arar, alias Yakoub (tué en 1995), M. A. (éliminé en 1995), D.B. (éliminé en 1996), Abou Zakaria (qui sévit actuellement dans les groupes terroristes au mont Chaâlaâ), et Djaber (qui sévit actuellement dans les groupes terroristes aux monts Oustili). Il a été, après, transféré vers la région El Manara, commune de Oued El Ma, Batna, où un fusil lui a été remis.
Il y est resté jusqu’au mois de ramadan de l’année 1994. Durant cette période ils ont été rejoints par 79 éléments appartenant aux groupes armés qui sévissaient dans la région comme éléments du groupe de Taghda. Douze éléments sévissaient sous
l’«émirat» de Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim (devenu «émir» national du GSPC avant d’être abattu par l’ANP à Béjaïa), Abou Der (éliminé en 2000), N.I. (éliminé en 2002) et d’autres. Comment a été organisée l’évasion de la prison de Tazoult ? Cet accusé apporte son témoignage.
Il lance qu’en cette période, K.M. (éliminé en 1994), était en contact avec deux gardiens de la prison de Tazoult, un certain Assad (éliminé en 1996) et un certain Fateh (arrêté en 1998) pour organiser l’évasion des détenus impliqués dans des affaires liées au terrorisme.
Cet accusé dont le procès est programmé pour s’ouvrir lors de la prochaine session criminelle a reconnu, lors de l’enquête préliminaire, qu’il avait demandé à K.M. de lui fixer rendez-vous avec ces deux gardiens pour se mettre d’accord avec eux sur le plan de l’évasion.
Il s’est déplacé vers la région du pont Barka Fouradje, au centre de la wilaya de Batna, en compagnie de B.M., alias Abou Abdallah (éliminé lors de l’opération de Taghda) et Nedjmeddine. Les attendait, K.M., qui les a transportés au domicile de Abdelfattah où il a été décidé la tenue d’une réunion préparatoire à cette opération d’évasion.
Ont assisté à cette réunion Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim, M.M. (éliminé en 1997), K.M., un autre élément éliminé en 1996, M.F., alias Mouad (éliminé en 1996 et les deux gardiens). Ces deux derniers les auraient informés de l’existence de 1200 détenus et que le meilleur moment pour l’exécution de cette opération serait à l’heure de la rupture du jeûne. Tous les gardiens seraient à l’intérieur du restaurant, désarmés.
Il a été conclu que ces deux gardiens se chargeront de l’ouverture des portes. Il a ajouté qu’il a remis à ces deux gardiens deux pistolets automatiques et un fusil de type kalachnikov pour les remettre, à leur tour, à des détenus dans le but de les aider dans l’ouverture des portes.
Ce plan a été exécuté le 28e jour du ramadan 1994. Environ 1 200 détenus se sont évadés. L’un des gardiens de cette prison a été assassiné lors de l’accrochage. Les assaillants ont subtilisé 50 pistolets de type Makarov et Tukarouv, trois mitrailleuses, 50 mitrailleuses de type Thoms et Matter 49, 25 pièces d’armes, ressemblant à des fusils semi-automatiques et 15 grenades de gaz lacrymogènes. Salah Abou Yakoub a été blessé, par balle, au ventre. A été blessé un certain Yakoub (éliminé en 1996).
Ces 1200 détenus avaient été séparés en plusieurs groupes, dont 200 s’étaient dirigés vers les monts Aïn El Kercha, 200 vers Taghda et 200 vers les monts Chaâlaâ. Les autres étaient restés dans les monts Oustili.
Après la réussite de cette opération, Ayoub est retourné aux monts Oustili. Les détenus étaient organisés en cinq groupes de cinquante individus chacun. Il leur avait été demandé de s’éparpiller dans les monts Oustili pour éviter les frappes de l’ANP.
Multiplication d’embuscades contre des militaires et policiers
Après le départ de ces détenus des monts Oustili, cet accusé rejoint le groupe terroriste de M.F., alias Mouad, qui prenait en charge des assassinats à l’intérieur de la wilaya de Batna.
Il aurait participé à quelques-unes de ces opérations, dont le hold-up commis contre un bureau de poste sis à l’avenue des roses, avec vol de 40 millions de centimes environ et l’assassinat d’un policier au lieu-dit Ferazène, toujours dans la wilaya de Batna.
Il a ajouté avoir participé, en août 1995 en compagnie d’Abou Imad (terroriste repenti), A.M. (terroriste repenti) et, environ 70 éléments dirigés par Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim, à une embuscade contre une patrouille de l’armée au mont oued Chaâlaâ, au cours de laquelle environ 25 militaires ont été assassinés.
Les terroristes ont subtilisé 25 fusils mitrailleurs de type kalachnikov, environ 10 000 balles, les tenues de leurs victimes et d’autres matériels se trouvant en possession de ces militaires assassinés. De peur d’être encerclés par l’ANP, il a rejoint katibet El Feth qui comprenait 114 éléments, en plus de Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim.
Il a participé, au sein de cette katiba, à une embuscade tendue contre des éléments de la gendarmerie nationale au lieu-dit Markouna, mais, fort heureusement, ce guet-apens a echoué grâce à la vigilance des gendarmes. Les assaillants s’étaient retirés dans leur repaire, dans la région de Tandjdi, aux monts Oustili. Au cours de la même période, il a rejoint Nabil Sahraoui, à la demande de ce dernier, pour participer à un faux barrage,
«conformément au communiqué relatif au long voyage». Il a accepté et s’est deplacé, en compagnie de sept éléments, aux monts Oustili. Dès leur arrivée, ils ont rejoint le groupe que dirigeait Nabil Sahraoui, composé d’environ 65 éléments.
Ils ont dressé un faux barrage sur la route reliant la commune de Aïn Touta à la wilaya de Batna, au cours duquel ils ont assassiné 12 citoyens se trouvant à bord d’un bus, puis s’étaient retirés vers les monts Oustili. Cet accusé a participé d’autre part, avec Abderrazak El Para, dans l’attaque contre une caserne de l’ANP se trouvant aux monts Oustili, durant laquelle ils ont assassiné 12 militaires et subtilisé 12 fusils-mitrailleurs.
S. Abi





