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Le pétrole s'attaque au seuil de 130 dollars

Le pétrole s'attaque au seuil de 130 dollars

Le pétrole s'est attaqué mardi au seuil de 130 dollars, dans un contexte où tout concourt à enflammer les prix: l'attitude de l'Opep, des nouvelles alimentant le sentiment de précarité de l'offre, et le spectre d'un épuisement plus rapide que prévu des réserves mondiales.

21 Mai 2008,   El Moudjahid
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L'emballement des prix de l'or noir semble ne jamais devoir s'arrêter.   Après avoir touché 100 dollars le 2 janvier, le baril de pétrole a collectionné   les records et sauté une à une les barres de prix: 110 dollars le 13 mars, 115   dollars le 16 avril, 120 dollars le 5 mai, 125 dollars le 9 mai.    

Mardi, les prix se sont propulsés à courte distance des 130 dollars,   montant jusqu'à 129,60 dollars à New York, avant de se replier en fin de séance   à 129,07 dollars (+2,02 dollars par rapport à lundi), ce qui constitue un   record de clôture.   

A Londres, le baril d'or noir a dépassé pour la première fois les 128   dollars à 128,07 dollars en séance, et a fini la journée à 127,84 dollars   (+2,78 dollars par rapport à la veille), un plus haut en clôture également.   

Les cours ont ainsi plus que doublé en un an des deux côtés de   l'Atlantique.     Cette dernière flambée n'a pas été liée à une interruption majeure de la   production, alors que fin avril, elle avait été amorcée par une grève en Ecosse   et des sabotages sur les installations nigérianes du groupe pétrolier Shell.

Cette fois, l'escalade des prix résulte plutôt du sentiment, partagé par   une majorité d'opérateurs, que l'écart entre offre et demande se resserre   dangereusement au fil des mois: alors que la demande ne cesse de progresser   dans les pays émergents, l'offre peine à suivre, notamment chez les producteurs   hors-Opep.   

Le marché fondait de grands espoirs sur la capacité des Russes à fournir au   marché les barils réclamés par ces nouveaux consommateurs, Chine en tête.   Espoirs déçus: depuis le début de l'année, la Russie a affiché une stagnation   et un dirigeant de Loukoïl a même prophétisé un déclin de la production   nationale.   

Dans ce contexte, la tension du marché est entretenue par les nouvelles au   goutte à goutte sur les perturbations de l'offre: l'arrêt d'une raffinerie   américaine lundi, des perturbations dans le transport de pétrole en France   mardi.   

L'attitude de l'Opep, qui rechigne depuis septembre à augmenter son offre   et persiste à imputer la flambée aux spéculateurs, aux insuffisances des   raffineries américaines et aux "tensions géopolitiques", a également entretenu   l'envolée.     Autre caractéristique de ce dernier mouvement : il touche les prix à long   terme, les opérateurs tablant sur un pétrole très cher pour longtemps.   

Le pessimisme est alimenté par le spectre d'un épuisement plus rapide que   prévu des réserves pétrolières.     "Nous considérons ce phénomène (la montée des prix) comme un tribut aux   discussions à nouveau en cours sur la théorie du +pic pétrolier+", expliquait   ainsi Barbara Lambrecht, de la Commerzbank.     "Les achats liés à cela se situent surtout sur les contrats les plus   éloignés, sur la croyance que de véritables pénuries physiques pourraient se   produire dans quelques années", précisait-elle.   

Pour certains scientifiques (notamment les membres de l'ASPO, Association   for the Study of Peak Oil), la production mondiale de pétrole atteindra un pic   à une date qui fait débat et connaîtra ensuite un inexorable déclin.   

Analystes et experts révisent leurs prévisions de prix, ce qui renforce   encore le climat haussier du marché.      La banque Goldman Sachs avait ainsi pronostiqué début mai un baril à 200   dollars d'ici six mois à deux ans. Mardi, la Société Générale a relevé de 120 à   122 dollars sa prévision pour le second semestre.