Menaces d'attentats en belgique et acheminement d'armes vers l'Algérie Liaisons dangereuses
Cela devient maintenant une habitude. Du moins une « presqu'habitude ». Les services de renseignements marocains disent avoir démantelé un ou plusieurs réseaux liés au terrorisme international et, aussitôt après annoncent que ces terroristes acheminaient ou tentaient d'acheminer des armes vers l'Algérie.
Or, l'on sait, au moins depuis la manipulation de Abdelhak Layada que, par rapport à l'Algérie, le Maroc a joué avec le feu du terrorisme jusqu'à s'y brûler.
En effet, il n'est un secret pour aucune officine sérieuse du renseignement que durant les années 1990-2000, Rabat croyait dur comme fer qu'en alimentant le brasier islamiste algérien, il affaiblirait durablement l'Algérie et pousserait cette dernière à lâcher le peuple sahraoui en échange d'une neutralité bienveillante «makhzenienne».
Néanmoins, depuis que l'hydre terroriste a ciblé le Maroc, le renseignement marocain ne sait plus où donner de la tête par rapport au phénomène. Au niveau des services de sécurité du royaume, une importante décision semble pourtant avoir été prise. Démanteler les réseaux qui ont été encouragés ou créés par la police et qui, initialement, étaient programmés pour déstabiliser l'Algérie. La raison de ce changement de cap est simple à décortiquer.
Rabat ne veut pas être impliqué politiquement dans l'affaire du terrorisme transnational. Aussi, parce que les services de Mohamed VI savent dorénavant, du moins ont-ils été instruits pour le savoir, que l'islamisme n'est pas manipulable aussi aisément que de pitoyables officiers militaires ou de la police le croyaient.
En décidant de rompre le pacte de non-agression passé avec ses islamistes, le Makhzen joue gros, très gros. Le Maroc vit présentement une situation sociale explosive et une jonction de larges couches populaires - déclassées, ruinées et jetées sur le parvis du dénuement et de la misère - peut se réaliser avec le mouvement islamiste, populiste et virtuose dans la récupération de la colère.
Disposant depuis les années 1990 d'une liberté de manoeuvre exceptionnelle, le Makhzen laissait faire parce qu'il s'agissait de déstabiliser le grand ennemi de l'Est - le terrorisme marocain peut compter, actuellement, sur un armement, un savoir-faire et des complicités réelles au sein de l'appareil d'Etat.
En déclarant, hier, que la police a « démantelé un réseau de 11 personnes » qui projetaient à partir de Fes et Nador des attentats en Belgique et l'acheminement d'armes vers l'Algérie, le Maroc officiel tente, tant bien que mal, de ne pas attirer l'attention sur ces compromissions et actes passés. Serait-ce suffisant ?
Kader Vacour





