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Le projet français de l’UPM revu et profondément corrigé par la Commission européenne, Bruxelles brise les ambitions de Sarkozy

Le projet français de l’UPM revu et profondément corrigé par la Commission européenne Bruxelles brise les ambitions de Sarkozy

C’est une véritable douche écossaise à laquelle le président français, Nicolas Sarkozy, vient d’être soumis par la Commission européenne, à moins de deux moins de la tenue, à Paris, du sommet devant lancer solennellement l’Union pour la Méditerranée.

21 Mai 2008,   La voix de l'Oranie
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La farouche hostilité manifestée, dans un premier temps, par l’Allemagne et ensuite les Pays Bas et la Grande Bretagne a fini par payer et fait éloigner le projet de Sarkozy de son ambition initiale.

La Commission européenne propose, en effet, une série de projets autour desquels devrait se construire l’UPM tels la création d’une autoroute du Maghreb arabe (AMA) reliant la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye, la dépollution de la Méditerranée, le développement de l’énergie solaire et une coopération en matière de protection civile contre les catastrophes naturelles.

Côté financement, la France risque également d’être déçue. Bruxelles veut en effet privilégier le recours à des fonds privés, des fonds d’Etats, membres ou non de l’Union, ou encore aux institutions financières internationales, plutôt que les fonds européens, selon la source européenne.

Sur le volet politique, les ambitions de Sarkozy de présider aux destinées de cette UpM, côté Nord, pendant deux ans, semblent aussi voler en éclats. En effet, si Bruxelles ne voit pas d’inconvénient à ce qu’il y ait une coprésidence des deux rives, le Sud devant se débrouiller pour désigner le sien, l’Egypte partant favorite. Il n’en va pas ainsi pour la rive Nord.

La Commission européenne met sur la table le Traité de Lisbonne devant entrer en application dès janvier 2009 et donnerait la présidence, côté européen, au président du Conseil de l’UE et le président de la Commission. Conséquence immédiate, Sarkozy n’assurerait la coprésidence de l’UpM que jusqu’à la fin de l’année 2008 puisqu’il sera également président en exercice de l’UE dès ce second semestre.

La Commission dénonce également la récente «tournée» de Nicolas Sarkozy en Egypte, en Tunisie et en Libye, où il a promis aux dirigeants «qu’ils ne seront pas embêtés sur les questions de droits de l’Homme et de démocratie, alors que les relations extérieures de l’UE sont fondées sur ces questions». «Je ne pense pas que les droits de l’Homme vont être oubliés pour la Méditerranée», a cependant assuré l’eurodéputé conservateur français Joseph Daul.

Par ailleurs, et selon une source européenne, la Commission a également proposé que le projet rassemble 44 pays riverains de la Méditerranée et de l’Adriatique: les 27 Etats membres de l’UE, plus les 13 membres et observateurs du «processus de Barcelone» lancé en 1995 par les Européens pour un partenariat avec les pays du sud de la Méditerranée (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Territoires palestiniens, Israël, Liban, Syrie, Turquie et Albanie), ainsi que la Croatie, la Bosnie, le Monténégro et Monaco.

Ces propositions confirment l’existence de fortes divergences de vue entre la France, pays initiateur du projet, et ses partenaires au sein de l’Union européenne concernant le projet. Malgré un ralliement de dernière minute de l’Allemagne au projet après avoir obtenu d’importantes modifications sur son contenu, d’autres pays européens y sont tout simplement hostiles.

Parmi eux les plus farouches opposants au projet: les Pays-Bas et le Royaume-Uni s’inquiètent de devoir payer pour financer ce projet. Pour sa part, la Pologne refuse qu’en se tournant vers la Méditerranée, l’Europe délaisse son voisin de l’est, l’Ukraine.

A toutes ces tracasseries, s’ajoutent, enfin, le fait que trois pays, et non des moindres puisqu’il s’agit de l’Algérie, la Libye et la Syrie ne sont pas du tout emballés puisqu’il leur est proposé des rôles seconds, chose réfutée par notre pays à tous les émissaires envoyés depuis Paris pour faire la Cour à Alger afin de le ramener à de meilleurs sentiments, mais aussi –et c’est certainement là le gros couac- parce qu’il n’est pas question pour ces pays de s’asseoir aux côtés d’Israël.

Autant dire que l’Union pour la Méditerranée risque de connaître le même sort que le Processus de Barcelone car étant victime de la précipitation et de… l’ambition démesurée du président français.

Farida Kadache