Chakib khelil au forum d’el-moudjahid Recettes prévisionnelles de 80 milliards de dollars en 2008
Cela fait assurément belle lurette que la salle de conférences du quotidien El-Moudjahid n’a pas enregistré pareil engouement de la part de confrères.
Le nombre de journalistes et de photographes était révélateur quant au standing de l’invité du jour. Et pour cause, il s’agissait de Chakib Khelil, ministre de l’Energie et des Mines, qui, en ces temps où le baril de pétrole avoisine les 130 dollars, avait, très certainement, beaucoup de choses à dire.
D’emblée, l’invité du forum reviendra sur l'ascension fulgurante de l’or noir dans les marchés mondiaux. Pour lui, cette spectaculaire hausse, qui a permis de renflouer les caisses de l’Etat a, surtout, pour origine des luttes de leadership et des facteurs d’ordre géopolitique, à l’image de ce qui se passe en Iran, au Moyen-Orient et au Nigeria. «N’étaient toutes ces crises, j’estime que les prix n’auraient pas dépassé les 90 dollars US», tranchera le ministre.
D’après lui, il est plus que vital que notre pays tire profit de cette embellie financière et ce, par le lancement de projets créateurs de richesses. «A l’image des pays européens qui, lors de la révolution industrielle, se sont basés sur le charbon pour assurer leur décollage, nous devons tirer profit de cette inestimable source d’énergie et non nous limiter à en consommer les revenus», martèlera le ministre de l’Energie et des Mines.
Réagissant aux spéculations selon lesquelles le pétrole n’en a pas pour longtemps dans notre pays, M. Khelil mettra en exergue le fait que de nombreux gisements n’ont pas été exploités par Sonatrach. Evoquant le rôle de l’Algérie au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le ministre dira qu’elle tente de coordonner entre les différents membres et d’œuvrer à la stabilité des prix.
Au sujet de la fiscalité pétrolière, dont tire profit le fisc, l’invité du forum indiquera que, pour l’année en cours, il est prévu que Sonatrach s’acquitte d’un montant global de 1 258 milliards de dinars au moment où, durant l’année écoulée, cette contribution a été de l’ordre de 837 milliards de dinars.
Dans la foulée, le n° 1 du Secteur de l’énergie et des mines informera l’assistance que, parmi les perspectives, à moyen terme pour Sonatrach, il y a surtout lieu de relever celle inhérente à l’augmentation du chiffre d’affaires de cette dernière durant la période 2008-2012. Ce dernier devrait atteindre les 66 milliards de dollars à la fin 2012.
S’agissant de la présence des étrangers dans le domaine des hydrocarbures (en Algérie), le ministre indiquera que 23 % des projets sont confiés à des sociétés américaines, au moment où 12 % de ces projets sont l’apanage des Espagnols. Parlant de l’industrie pétrochimique, le ministre la qualifiera de stratégique, indiquant, dans ce cadre, que 42 zones sont en voie d’exploitation.
Au sujet de l’électricité et de son coût, l’invité du forum certifiera qu’il est le plus faible de la région du Maghreb. Evoquant les énergies renouvelables, le ministre parlera d’un projet hybride (relatif au gaz solaire) à Hassi-R’mel. Celui-ci consiste en l’utilisation du gaz lorsque le soleil ne brille pas. Au sujet du GPL (gaz propane liquéfié), l’intervenant fera savoir que ce dernier n’était pas très développé en ce moment. «Il n’y a pas beaucoup de gasoil.
Nous l’avons importé et nous continuerons à l’importer», lancera-t-il, non sans ajouter que des instructions allaient être données afin que les véhicules circulant au diesel ne soient plus tolérés au niveau des administrations. Lors du débat, et à une question relative aux estimations des recettes pétrolières à l’issue de l’année 2008, l’invité du forum fera savoir qu’il n’était pas aisé de faire des estimations au regard du caractère imprévisible du prix du baril de pétrole sur le marché.
Toutefois, ce qui est certain, c’est que les recettes pétrolières seront bien plus importantes que celles de l’année dernière. Dans ce cadre, le ministre a indiqué que, rien que pour les quatre premiers mois de l’année en cours, les revenus ont été supérieurs à ceux de toute l’année 2007. Selon lui, les recettes pétrolières devraient être de l’ordre de 80 milliards de dollars durant l’année 2008.
Au sujet de la taxe pétrolière, M. Khelil dira qu’elle n’est pas spécifique à l’Algérie, tous les pays producteurs de pétrole y ont recours, à l’image des Etats-Unis. «Pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à voir ce qu’ont dit Hillary Clinton et Obama, lors de leur campagne électorale», tranchera-t-il au sujet des super-profits.
A une intervention faisant état de l’ampleur prise par le marché informel de l’or (18 tonnes par an dont les propriétaires ne paient aucun impôt, dont la TVA), ce qui a eu pour effet de décourager les artisans, à telle enseigne que des bijoux, jadis fabriqués en Algérie, sont ramenés de l’étranger, le ministre indiquera que son département œuvre pour l’élimination de cette TVA dans le but de soulager, un tant soit peu, les artisans et les professionnels de cette filière.
Au sujet de l’inquiétant phénomène des départs des cadres de Sonatrach à l’étranger (à l’image de ce qu’a eu à vivre Air Algérie) et des conséquences que cette saignée pourrait engendrer, M. Khelil dira, qu’à la faveur de la mondialisation, nul ne peut empêcher pareille situation. «Il est, on ne peut plus légitime que des personnes cherchent à améliorer leurs conditions liées aux rémunérations et aux moyens.
C’est justement pour tenter de mettre un terme à ces départs que Sonatrach a mis en place un système de rémunération qui, certes, n’est pas le même que celui en vigueur au Qatar ou aux Emirats arabes unis, mais qui est susceptible d’inciter nos cadres à rester au service de leur pays. En somme il n’y a pas de honte à dire que des cadres quittent Sonatrach. Moi-même je l’ai fait, puisque j’ai quitté le pays en 1979 pour revenir 20 ans plus tard, c’est-à-dire en 1999», dira le ministre de l’Energie et des Mines pour conclure.
B.L.





