Promotion des exportations vers le marché africain Décalage entre discours et réalité
Le discours officiel parle de mesures d’accompagnement des exportateurs vers le marché africain sur le plan juridique et diplomatique, alors que les associations patronales le contredisent car «la réalité du terrain est toute autre».
C’est ce qui ressort de la journée sur les opportunités d’exportation vers le marché africain organisée hier à Alger par le ministère délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, à travers les témoignages des exportateurs eux-mêmes.
Le discours officiel assure que «l’Etat œuvre pour mettre en place, et a déjà mis en place, un cadre juridique adéquat qui permettra de booster les exportations algériennes vers les pays de l’Afrique subsaharienne» notamment. Il en est «de même pour l’accompagnement des exportateurs et investisseurs algériens par la diplomatie».
Dans ce sens, «les ambassadeurs en poste dans les pays africains sont à la disposition des opérateurs algériens et sont instruits pour les accompagner dans leurs démarches», a souligné le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, M. Abdelkader Messahel. A ce sujet, les opérateurs nationaux affirmeront : «Nous ne connaissons même pas nos ambassadeurs dans ces pays, et même lorsque nous nous rapprochons d’eux nous ne sommes pas reçus, et dans le cas où nous le sommes, ils ne nous donnent pas l’information utile».
Citant le cas du Niger, un opérateur a affirmé que les participants à la foire ont perdu beaucoup d’argent car «l’ambassadeur algérien ne nous a pas informé sur la réduction de 50% des droits de douanes». Un exportateur de papeterie a évoqué l’absence totale de lignes vers l’Afrique. «Comment peut-on exporter vers les pays africains quand nos conteneurs transitent par Barcelone ou Malte», a soulevé un exportateur de produits de papeterie.
Pour réponse, le ministre a signalé que «le gouvernement est disposé à ouvrir des liaisons aériennes et maritimes vers les pays africains, pourvu que les entreprises nationales de transports (Cnan et Air Algérie) et les entrepreneurs se concertent entre eux à cette fin».
Un autre promoteur algérien dans le domaine des services a déploré l’absence de texte juridique pour l’exportation des produits de services. Il a affirmé qu’«il n’y a pas d’exportation de ce genre de produits en Algérie», car «il est impossible de domicilier les factures et l’obligation de passer par la douane pour un produit immatériel».
Pour sa part, un membre de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) a soulevé «le problème de la présentation de l’attestation, dont la copie originale des transferts de fonds de l’étranger devant les services de douanes, alors que l’exportateur dispose de quatre mois pour cela, mais entre temps il lui est impossible d’effectuer d’autres opérations d’exportation», précisant que
«l’exportateur est soumis à une amende de 25 000 DA dès le 121e jour». Les exportateurs ont demandé, dans ce sens, «la dépénalisation». De plus, les deux ministres présents ont indiqué que trois projets «importants» vont largement contribuer aux échanges avec les autres pays d’Afrique : la route transsaharienne, le gazoduc transsaharien (Algérie- Nigeria) et la liaison par fibre optique.
Or, la route transsaharienne ne sera opérationnelle qu’en 2010 et la partie algérienne a réalisé 1 305 km à ce jour, selon le secrétaire général du comité de la route transsaharienne, M. Mohamed Ayadi. Au total, l’Algérie a signé, à ce jour, des accords bilatéraux avec 25 pays africains. Sur le plan juridique, dira M. Messahel, l’Etat a accordé des facilitations aux opérateurs et va accomplir encore des efforts afin de consolider la présence algérienne en Afrique.
Il s’agit, entre-autres, de la promotion et la protection des investissements, de la non double imposition, de l’assistance administrative mutuelle entre les administrations de douane, de l’assistance juridique, de la coopération économique et le partenariat, de la coopération commerciale, de la santé animale, de coopération entre organismes chargés du contrôle de la qualité des produits alimentaires et de la standardisation des normes.
En dépit de tous les efforts consentis, les échanges entre l’Algérie et les pays du même continent «restent en deçà des opportunités offertes et des capacités des entreprises nationales», a soutenu le ministre du commerce, M. El Hachemi Djaâboub.
Les échanges commerciaux de l’Algérie avec les pays africains ont atteint 1,7 milliard de dollars entre 2002 et 2007, a précisé M. Djaâboub. Le montant des exportations vers les pays africains au cours de ces cinq années a atteint seulement 840 millions de dollars, dont une part importante des hydrocarbures. Les exportations hors hydrocarbures vers l’Afrique sont de l’ordre de 16 millions de dollars uniquement.
Fella M.





