Débat autour du projet méditerranéen de Sarkozy Les partis partagés sur l’Union
La visite du chef de la diplomatie française n’a pas laissé indifférente la classe politique qui a trouvé en la virée de Bernard Kouchner l’aubaine pour apporter de l’eau au moulin des relations algéro-françaises.
Entre enthousiastes et sceptiques du projet élyséen de l’Union pour la Méditerranée (UPM) lancé par le président Sarkozy qui regroupera les pays riverains du bassin méditerranéen, de grandes questions restent sans réponse. Fidèles à la position officielle, les acteurs interrogés hier à ce propos ont émis des réponses nuancées.
Layachi Daâdoua du FLN n’a pas manqué d’exprimer une position nuancée en disant que «notre position est celle du pouvoir», expliquant que la position de son parti est celle de «la diplomatie algérienne et tout ce qu’elle décidera nous en ferons référence et foi».
Par ailleurs et en attendant sa reconduction officielle au poste de chargé de l’information du MSP, Mohamed Djamaâ s’est contenté de dire que «les relations bilatérales sont normales du fait historique et de la proximité géographique et doivent s’établir d’égal à égal sans tutorat et sans penchant hégémonique».
M. Djamaâ a regretté le fait que les relations entre l’Algérie et la France pouvaient être hissées à un rang très significatif si le contentieux historique est réglé de façon pédagogique et politique. Nos relations, ajoutera-t-il, ne peuvent être excellentes si la question cruciale du repentir n’est pas résolue.
Car, expliquera-t-il, «il ne peut être admis cette politique de deux poids, deux mesures, s’agissant du travail de mémoire, de douleurs et de compensation...On ne peut comprendre pourquoi les Français ont demandé le pardon au peuple juif et ont accouru pour lui offrir réparation mais renoncent à le faire pour le peuple algérien».
Pour sa part, Djeloul Djoudi du PT considère que la question de l’adhésion de l’Algérie à l’UPM suggère beaucoup de discussions et de dialogues. «Pour nous au PT, l’UPM intègrera systématiquement l’Etat d’Israël et là, je crois, il y a lieu de se poser des questions.» Entre autres, le chef du cabinet de Mme Hanoune s’est interrogé : «Sommes-nous prêts à nous associer avec les Israéliens?». Cela suppose, selon lui, de la prudence et beaucoup de réflexion.
«On comprend que la France tienne à son projet civilisationnel en tant que puissance mondiale, à l’instar du GMO des USA ; mais nos autorités, qui se penchent sur la question, ont déjà paraphé un accord d’association avec l’Union européenne qu’il faut revoir». «Nous savons, dit-il, quel impact a eu cette convention sur l’économie nationale.» Et de rappeler que «l’Algérie n’a pas bénéficié de privilèges ni atteint les fins escomptées de par ce genre d’accord.
Cela redonne à réfléchir, n’est-ce pas, avant de prendre une autre décision?» a souligné l’ancien Chef de groupe parlementaire des «travaillistes» qui croit que l’aspect bilatéral sied mieux à l’Algérie. L’orateur n’a pas omis de dire que «si l’Algérie occupe certes une place stratégique dans la région, cela devrait nous inciter à observer plus de prudence et faire valoir ses atouts. S’agissant de l’histoire, personne ne peut la changer et c’est aux historiens de s’en occuper objectivement».
Ce qui compte le plus, de son avis, dans toute démarche, c’est l’intérêt national. M. Djoudi a fait sienne la formule de l’ancien chef de la diplomatie, Mohamed Bedjaoui, lors de la visite de son homologue Douste-Blazy : «Il faut donner le temps au temps».
«…Non à un processus de Barcelone bis»
De son côté, Karim Baloul, du secrétariat national du FFS, considère que «le projet ne tient pas la route, d’autant qu’il est inscrit dans le sillage du processus de Barcelone qui a connu un échec net». Car, selon lui, «il s’agit d’un projet qui n’a d’objectifs que de protéger les frontières Sud de cet ensemble d’Etats du Nord qui nous regardent comme des supplétifs».
Plus cynique, la voix autorisée au FFS se demande «comment un tel projet se construit sur un espace miné avec un Maghreb instable, le Liban est ce qu’il est avec la Syrie, la Palestine sous occupation, le problème de Chypre coincé entre la Grèce et la Turquie, pour ne citer que ceux-là». Le chargé des relations internationales au FFS déplore le fait que l’élément fondamental dans le pays, la société civile en l’occurrence, est absent de la prise de décision et considère que «nous ne sommes pas concernés par ce débat.»
Dans le même sens, pour le SG du parti Islah, le projet de l’UPM n’est autre que le prolongement du processus de Barcelone qui constitue, selon M. Younsi, une aubaine de normalisation avec l’Etat israélien ; d’autre part, il se veut une sorte de bouclier contre le flux migratoire.
Aux pays de la rive sud de la méditerranée incombera la tâche d’être le filtre en faveur de la France et des partenaires de la rive nord. «Nous saluons la diplomatie algérienne prévoyante et prudente qui a évité de prendre des décisions hâtives», a-t-il fait remarquer, affirmant le refus du projet de l’Union «tel qu’il est déposé et exhortons les autorités du pays à s’opposer à ce nouveau processus», a renchéri le nouveau responsable du parti islamiste.
A El Islah, on souhaite des relations bilatérales normales ; cependant, Younsi n’a pas omis de reprocher aux Français «l’obstination à répondre positivement aux doléances concernant le chapitre sur l’histoire. Nous n’avons même pas à évoquer le rang d’excellence ou le traité de l’amitié, car nous n’avons pas besoin de la France qui ne croit qu’à ses intérêts ; mais c’est elle qui a besoin de nous», soulignant qu’«entre les Etats, il n’y a pas d’amitié, il y a des intérêts».
Fouad O.





