Après le raid du bulldozer sur El-Hassi, voilà le temps des serpents, des sangliers, et des malfaiteurs Soixante-deux familles sans toit et des questions en suspens…
La verdure et la beauté exceptionnelle de la foret d’El Hassi (Coca), notamment en ce début de printemps, n’ont pas pu cacher le drame, qui est en train de se nouer dans cet endroit, depuis mardi dernier, jour, où il y a eu une large opération de démolition, qui a touché une centaine d’habitations précaires.
Depuis ce jour-là, une soixantaine de famille, qui n’ont pas trouvé d’abri, ont fait des arbres de la forêt leur refuge pour les hommes et ont installé deux ou trois tentes pour les femmes et les enfants.
C’était midi quand nous nous sommes déplacés pour constater de plus près le malheur de ces familles.
Elles étaient autour d’une assiette de couscous, offerte par un bienfaiteur, quand les trois familles Moussa, Achachi et Benkhada nous ont fait part de leur souffrance.
«J’ai été maltraitée lors de cette opération et ce n’est qu’aujourd’hui que je suis sortie de l’hôpital», a déclaré Mme Moussa, en mettant son petit fils âgé de trois ans entre ses bras.
Elle a ajouté : «Mon fils a disparu une journée entière et je l’ai trouvé dans un état critique mais heureusement en vie.» Nous nous somme rendus vers la grande tente, qui abrite les femmes et les enfants. Chacune des femmes s’est mise à nous raconter son calvaire et son tourment.
«Je suis enceinte de quatre mois et j’ai failli perdre mon bébé à cause du choc. C’est pour cela que nos enfants sont traumatisés et nos nuits cauchemardesques.
Nous n’avons pas été préparées psychiquement et la surprise a été grande», nous a confié une des femmes avant qu’une autre ne s’insurge : «Trois femmes enceintes ont été transportées en urgence vers l’hôpital.
Mais, elles ont pu préserver leurs bébés. L’usage de bombes lacrymogènes nous a vraiment fait mal à nous et à nos enfants aussi.» Les enfants avaient, eux aussi, leur mot à dire.
En effet, même s’ils ne savent pas s’exprimer. Les larmes versées de leurs innocents yeux ont pu nous transmettre le message. Une dizaine d’entre eux ont été transférés vers les urgences, suite à une intoxication survenue par l’absorption d’eau polluée. Notons, également, que la majorité des enfants vivent des cauchemars après l’incident, la preuve est qu’ils sont traumatisés.
La situation semble être beaucoup plus terrifiante pour ces innocents et même leurs parents. En effet, après la démolition, les fosses septiques ont été ouvertes et ce qui a causé la prolifération de serpents, de rats et d’autres insectes.
Le sanglier, aussi, a trouvé son champ de pacage pendant la nuit. Et personne ne peut bien dormir, car les voleurs et les malfaiteurs ont saisi l’occasion pour effectuer des cambriolages, en se rendant sur ce lieu, en masse.
«Nos biens, qui n’ont pas été saisis par l’Etat, ont été volés», nous a déclaré un chef de famille, qui a tenu à ajouter : «Nous avons reçu l’ordre de quitter les lieux avec force par des responsables pour enlever nos tentes, qui les dérangent, afin de leur permettre d’effectuer une campagne de reboisement à l’occasion de la Journée de l’arbre.
Mais, où aller ? Est-ce que l’arbre est maintenant plus précieux que l’être humain ?» Il est à signaler, enfin, que, pour ces gens, à l’inconfort s’ajoute la hantise des malfaiteurs. Ces gens n’ont jusqu’à l’heure actuelle bénéficié ni d’une assistance sociale ni psychique.
Cet état de fait, s’il dure, est une vraie catastrophe.
Souad Berkèche




