A la veille de l’Aïd et face à la flambée des prix Les petites bourses obligées de faire l’impasse sur le mouton
L’année dernière, j’ai dû m’endetter pour pouvoir m’of frir un mouton à 16.000 DA. Cette fois-ci, au prix où est celui-ci, je me passerai de l’Aïd en achetant de la viande chez le boucher, même si ce n’est pas la Sunna.
Que voulez-vous avec ma maigre pension et deux enfants au chômage, je suis obligé de faire avec mes moyens sans plus», s’exclamera L. Achour, un sexagénaire père de quatre enfants et dont la petite bourse ne permet pas de faire des folies.
De notre côté, après avoir fait le tour des marchés de bétail implantés à Oran et auprès de quelques éleveurs repartis un peu partout à l’Ouest et au centre du pays, et plus particulièrement auprès des villes des Hauts plateaux, nous avons obtenu, presque partout, la même réponse concernant les prix actuels du mouton.
Ainsi donc, la plupart des éleveurs, ont tenu le même langage en s’appuyant sur plusieurs raisons, qui selon eux, sont la cause de cette hausse.
Ils citeront en premier lieu le prix de l’aliment du bétail qui, disent-ils, reste cher et qui fait qu’ils éprouvent ainsi énormément de difficultés à nourrir leur bétail. Le quintal du son et de l’orge, nourriture par excellence du cheptel, se négocierait entre 2.5OO et 3.000 DA et bien plus lorsque l’on y ajoute l’apport nutritif.
De plus, les frais de suivi sanitaire et de transport c’est tout juste, s’ils rentraient dans leurs dépenses, se disent-ils, avec un bénéfice en deçà de tout ce que surestiment beaucoup de gens, notamment ceux qui n’ont aucune connaissance de ce qu’endurerait l’éleveur.
D’un autre côté, le fait que d’importants troupeaux de bovins traversent de manière clandestine les frontières Est et Ouest de notre pays, selon les dires de plusieurs maquignons, favorise davantage la hausse les prix, puisqu’un bélier qui coûte ici 20.000 DA, rapporterait l’équivalent de 4.000 dirham lorsqu’il est revendu de l’autre côté de la frontière.
Toutefois, il ne faut pas occulter le fait que depuis quelques années déjà, certains éleveurs mal intentionnés et sans scrupules utilisent des moyens malsains pour engraisser le bétail par une alimentation à base de produits chimiques qui leur donnent du poids en une période relativement courte.
Cependant, de l’avis de plusieurs maquignons que nous avons rencontrés du côté de Sidi Maârouf, les prix pourraient accuser une sensible baisse qui résulterait de plusieurs paramètres.
En effet, Hadj Abdellah, un maquignon qui vient de la région des Hauts plateaux et qui se trouve depuis lundi à Oran, nous fera savoir qu’en raison de la sécheresse qui persiste depuis quelques mois déjà, pousserait certains éleveurs et plus particulièrement ceux qui viennent de régions éloignées, notamment le Sud du pays, à écouler leur cheptel plus tôt que d’habitude en le proposant directement aux citoyens pour ne pas avoir à endosser des dépenses supplémentaires ayant trait aux frais de nourriture et de transport.
Mais il y a aussi le spectre des maladies qui plane sur le cheptel à l’image de la blue tongue qui a fait son apparition un peu partout et qui pousse de nombreux éleveurs à baisser les prix pour mieux s’en «débarrasser».
Quoi qu’il en soit, toutes les explications des uns et des autres ne suffiront pas à rendre le prix du mouton accessible aux petites bourses dont beaucoup, cette année, ont décidé soit de faire l’impasse sur l’achat du mouton en se contentant d’acheter de la viande chez le boucher ou, et c’est presque une nouveauté, certains se sont mis à l’association.
C’est-à-dire que l’on s’y met à deux pour acheter un bélier pour pouvoir y parvenir et bien souvent ce sont soit des membres d’une même famille (frères, soeurs, parents, etc.) ou tout simplement des voisins. A.B. Rachid, 55 ans, père de trois enfants, simple fonctionnaire nous confiera :»Avec ma petite paie je ne peux me permettre, surtout cette année, l’achat tout seul d’un mouton même de petite corpulence.
Avec mon voisin de palier qui est également un de mes collègues, nous avons décidé d’acheter ensemble un bélier que nous partagerons à parts égales. De cette manière, mes enfants et les siens, auront l’impression d’avoir eu leur mouton de l’Aïd».
Pour avoir une idée sur les prix, nous avons effectué, hier matin, une petite virée au niveau de plusieurs marchés de bestiaux parmi les 60 points désignés par la DSA au niveau de la wilaya d’Oran. Il en ressort que les moutons dont le poids se situe en dessous des 20 kg sont rarement proposés à moins de 17.000 DA. alors qu’un beau bélier peut facilement atteindre ou dépasser les 30.000.
La différence entre l’année dernière et cet Aïd-là, tournerait entre 5.000 et 10.000 DA, sinon bien plus. Il y avait plus de badauds qui venaient pour se renseigner sur les prix que de personnes qui accouraient pour en acheter. Beaucoup nous ont déclaré qu’ils attendaient le dernier jour, soit la veille de l’Aïd, pour se décider avec pour espoir que les prix baissent un peu.
Enfin, comme chaque année, de plus en plus de familles se voient contraintes de faire l’impasse sur l’Aïd en se rabattant sur les boucheries pour y commander quelques kilos de viande et surtout des abats, histoire de tremper, le temps d’une journée, dans l’atmosphère de l’Aïd.
B.B.Ahmed




