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La bonne pluviométrie, l’aliment cher, la blue tongue et l’intermédiaire avide, Les moult «excuses» des maquignons spéculateurs

La bonne pluviométrie, l’aliment cher, la blue tongue et l’intermédiaire avide Les moult «excuses» des maquignons spéculateurs

Vendredi 20 novembre. Nous sommes à une semaine de l’Aïd El-Adha. Au souk de Mesra, un gros marché de la région Ouest, situé à moins de dix minutes de la ville de Mostaganem, il était difficile de se frayer le passage à travers l’immense «aile» réservée au bétail, essentiellement constitué d’ovins.

25 Novembre 2009,   L'Echo d'Oran
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Il y a quelques vieux, à l’apparat de maquignons ou d’éleveurs manifestement professionnels, mais la plupart des revendeurs sont des jeunes, voire des adolescents, qui tiennent énergiquement leurs bêtes, en lots d’une à quatre têtes, dans l’attente frénétique de l’acheteur qui propose la meilleur offre.

Des jeunes, des moins jeunes et même des vieux, beaucoup de visiteurs sont concernés, qui par l’achat pour la revente en l’état, qui par le choix et l’acquisition du bélier à sacrifier, selon le rituel religieux. La plupart des gens sont en prospection de la meilleure «affaire».

Ceux qui s’exécutent sont plutôt rarissimes. Par-ci, par-là, on évoque furtivement «l’évènement» encore chaud du triomphe de l’Algérie sur l’Egypte, mais on revient aussitôt aux «affaires» pour lesquelles on y a effectué le déplacement. Le marchandage se fait selon la tête ou le lot.

La moyenne des prix oscille aux alentours de 24.000 dinars. Un plafond qui, par rapport à l’an passé, a été propulsé d’une fourchette de 5.000 dinars à un million de centimes, vers le haut, de plus en plus inaccessible à la bourse du commun des citoyens, reconnaissent les habitués du souk. Un cours que chacun justifie à sa manière. Selon les intérêts de l’un ou de l’autre, les avis divergent.

Abdallah, ce maquignon, «professionnel et à plein temps», tient à préciser, arguments à l’appui, que les prix demandés sont certes chers, mais ils ne sont établis qu’en étroit rapport avec le coût des aliments du bétail. «La nourriture du cheptel est particulièrement coûteuse !», justifie-t-il.

«C’est une affaire d’alimentation, devenue trop chère. Le quintal d’orge ne coûte pas moins des 2.500 dinars. Le concentré pour ovins fait 3.500 dinars, sinon plus !», enchaîne un vieux fellah apostrophant notre conversation.

A quelques jours de l’Aïd El Adha, la propagation de la blue tongue à Mostaganem, confirmée par les services vétérinaires de la wilaya, a fini par accentuer la perturbation du marché du bétail, notamment celui des ovins. Une situation qui, relayée par la rumeur et les «on-dit», s’est traduite par tourmente supplémentaire en laissant planer la désillusion chez les éleveurs, maquignons et autres spéculateurs qui comptaient énormément sur l’aubaine qu’offre la fête annuelle du sacrifice.

Conséquence directe et manifeste du désarroi, la clientèle qui, à pareille époque, faisait preuve d’une frénésie particulière quant à l’achat, plusieurs jours, voire semaines à l’avance, du bélier ou de l’agneau destiné au sacrifice, s’est montrée plus réticente cette fois-ci en préférant patienter jusqu’au dernier moment.

A l’instar d’Ahmed, ce fonctionnaire qui avait pour habitude d’acheter plusieurs semaines avant l’Aïd, le bélier dont il confiait la garde à un proche installé au douar, jusqu’à la veille de son abattage, ils sont nombreux à s’abstenir du risque d’une perte sèche.

Dans les souks hebdomadaires, les maquignons et la plupart des éleveurs, préfèrent occulter ce fléau advenant au mauvais moment, à l’effet de se «débarrasser» de leur cheptel avant qu’il ne soit trop tard.

Avec une quarantaine d’années de métier, et en parcourant tous les marchés à bestiaux de la région, du Tell aux Hauts plateaux, Djelloul semble bien placé pour «théoriser» en matière de cours de l’ovin : «Les prix oscillent aux alentours de 24.000 dinars, alors qu’ils n’excédaient guère les 18.000 dinars l’an dernier. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse.

Le 1er élément est le climat, ou plutôt la bonne pluviométrie.
On ne doit pas oublier que cette saison, la pluviosité a été particulièrement abondante au niveau de la steppe qui abrite le gros lot du cheptel ovin national.

Une situation qui a favorisé l’abondance des pâturages, tout en incitant les gros éleveurs à garder davantage leurs agneaux, au lieu de s’en débarrasser prématurément, comme durant les saisons de sécheresse et de disette. Une réaction légitime, mais dont la conséquence s’est traduite par une offre moindre au niveau des souks. De là, c’est la loi de l’offre et de la demande qui régit le marché.

Le second élément tient aux prix élevés de l’aliment du bétail. Un aliment concentré formulé à base de tourteau de soja, de maïs et de CMV, 3 composants importés au prix fort. Ce concentré qui, 3 ans auparavant valait entre 1.800 et 2.000 dinars a atteint le pic de 4.000 à 4.500 dinars/quintal. Cette année, il fait 3.300 dinars. Quand on sait que le fellah n’est pas très rationnel, en distribuant l’aliment presque à volonté.

S’il ne donne, en moyenne, que 2 kg de concentré par jour et par agneau, cela fait facilement 70 dinars de charge alimentaire par tête et par jour. Faites-en le compte, en sachant que l’engraissement dure quelques 3 mois. Ajoutez à cela les autres charges, de foin, paille, médicaments et autres frais de transport, et vous vous rendrez compte de ce que supporte l’éleveur. De métier évidemment.

Le troisième facteur est l’avènement de ce fléau de la langue bleue. Pour se rattraper dans la récupération du cheptel mort, le fellah cherche à augmenter les prix des animaux qu’il propose à la vente.

Il y a également l’intromission d’une foule d’intermédiaires spéculateurs et des revendeurs occasionnels dans le circuit. En prélevant leurs parts de bénéfices, ils enchérissent le produit. Entre l’éleveur et le consommateur, ils s’emparent de quelques 5.000 à 10.000 dinars/tête, net de taxes, et sans avoir passé la moindre nuit blanche pour veiller au bon état de son troupeau !».

Au sein et en dehors du souk, désormais, ce ne sont plus les «fellahs» qui détiennent l’apanage du négoce du bétail en général, et de la filière ovine en particulier.
Longtemps pratiquée par des gens «de métier», la vente des ovins s’est ouverte au commerce informel, et quiconque peut s’improviser maquignon.

En effet, ces dernières années, beaucoup de jeunes, se sont découverts une nouvelle vocation, quoique occasionnelle : l’élevage puis la vente des moutons durant l’Aïd El-Adha.
Outre les campagnards, des citadins parfois genre BCBG, se convertissent, pour la circonstance. Et ce ne sont pas uniquement les «sans-emploi» qui s’y intéressent.

Vous y trouvez le professeur universitaire, l’enseignant et autre fonctionnaire en mal de joindre les deux bouts. En surnombre par rapport aux professionnels, c’est cette catégorie de revendeurs, n’ayant rien à voir avec le marché, qui anime les souks et les points de vente délimités au bord des grands axes routiers.

«C’est la première fois que je pratique ce métier, j’en profite pour conserver et fructifier mes maigres économies !», nous confie Rachid, un étudiant universitaire de la petite ville de Mesra. Investissant le créneau, ces apprentis maquignons ne lésinent pas sur les moyens, quitte à associer un proche, un ami, ou parfois des voisins de quartier. Enclos dans la cour du domicile parental, locaux et autres garages vides, tous les espaces sont exploités pour la circonstance.

Le mouton doit répondre à certains critères bien particuliers. Ainsi, doit-il être un mâle d’environ un an, ni borgne, ni boiteux, ni malade, et de préférence bien encorné. On est convaincu qu’au finish, le «beau» bélier, dont les cornes sont torsadées et la carrure imposante, attire de loin son acquéreur, et justifie, la tête haute, le haut prix en dessous duquel il ne pourra être cédé.

En guise de «bonus» offert au client, les moutons vendus restent, dans certains cas, toujours chez le maquignon «saisonnier» jusqu’à la vieille de l’Aïd, compte tenu de l’exiguïté des appartements des acheteurs habitant en ville ou dans les immeubles.

M. Belarbi