Le foot, rien que le foot Ce match qui fait de l'ombre aux autres événements
Le match disputé hier à Khartoum a fait, avouons-le, de l'ombre aux autres évènements sociaux vécus ces dernières semaines. La population algérienne ne parle que de «cet ultime» match, en effet, oubliant tout ce qui se passe autour d'elle.
Les moutons de l'Aïd, habitués à être «la coqueluche» de ce mois, doivent se lamenter sur leur sort cette année. Leur bruitage ne se fait même pas entendre dans les rues populaires, comme à l'accoutumée.
Ce sont les bruits des klaxons et des chants d’«El Khadra» qui leur ont volé la vedette. Pis encore, les marchés ambulants spécialisés dans la vente de ces animaux sont pratiquement vides.
Ceux pour qui le sacrifice de l'Aïd El Kebir est primordial, se retrouvent dehors dans l'affluence avec des bandes au couleur du drapeau national sur la tête.
C'est le cas de Djelloul, un jeune homme de 18 ans qu'on a retrouvé à l'aéroport Houari Boumediene, défilant avec les autres supporters et souhaitant le départ vers le Soudan. Lui qui n'a jamais raté une seule fois l'ambiance de cet Aïd et qui s'est toujours préparé à l'avance pour cette occasion - ce sont ses voisins de Bab El Oued qui l'ont confirmé - ambitionne d'assister au match.
Djelloul n'est d'ailleurs pas le seul à avoir cette réaction face à ce match. Des jeunes interrogés dans la rue avancent qu'actuellement, leur seul intérêt est celui d'aller au Soudan. «Lorsqu'on gagnera, on pensera à autre chose», s'est exprimé l'un d'entre eux.
La grippe A aux oubliettes !
Il n'est pas question de parler des 157 cas de grippe A et gare aux rabat-joie qui conseillent à la population de redoubler de précautions face à ce chiffre croissant.
Il faut profiter du temps présent, de cette ambiance de fête et surtout «de cette atmosphère joyeuse qu'on n'a pas vue depuis longtemps», comme dirait ce père de deux supporters de l'EN. «Laissons nos jeunes retrouver le sourire et oublier un peu la hogra et la harga, ne serait-ce que pour quelque temps», s'est-il exprimé.
Le match vole la vedette aux mouvements syndicaux
Tout comme les évènements précédents, la grève du corps enseignant ne se fait plus autant entendre. Bien que les grévistes du secteur éducatif n'aient pas baissé les bras, ils se font de plus en plus discrets contre leur gré en attendant la fin du match.
Il n'y à qu'à faire un tour du côté des établissements scolaires - en effervescence il y a une semaine - pour voir le calme qui y règne actuellement. La grève est une aubaine pour ces lycéens qui défilent sans avoir recours à l'école buissonnière.
Le programme de la tripartite n'est pas épargné
Pourtant, il s'agit d'un programme qui englobera trois dossiers touchant de près la population algérienne, à savoir le salaire national minimum garanti (SNMG), les mutuelles et l'évaluation du pacte économique et social.
Ce programme, qui sera étudié par la tripartite (gouvernement, patronat et UGTA) au cours de la première quinzaine du mois de décembre et qui a été annoncée jeudi 29 octobre par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Tayeb Louh, lors de la séance des questions orales au Conseil de la nation, passe inaperçu dans la presse écrite, à côté des pages réservées au match prévu au Soudan.
La tripartite est - apparemment - passée inaperçue à côté de ce que l'Algérie vie actuellement. «La victoire avant tout et après on verra», s'exprimerait un groupe mixte de jeunes supporters.
La foire de l'immobilier attend toujours ses visiteurs
Mais ils ne se pointent toujours pas. En effet, la Safex, où on a l'habitude de voir défiler tout genre d'intéressés, vit une torpeur inhabituelle, à voir le peu de personnes qui se sont déplacées juste pour faire un tour, comme ce fut le cas pour ce jeune père de famille traînant son fils, sans être convaincu de l'intérêt que peut apporter cette exposition.
Même le nombre de journalistes présents n'était pas aussi important que celui remarqué au cours des précédentes foires. Il n'y avait qu'à voir la salle de presse de la Safex qui était presque vide. Ce qui est très révélateur : le foot, rien que le foot.
En attendant que les choses retrouvent leur cours normal, les Algériens ne cessent d'afficher ouvertement et «sincèrement» leur amour pour «El Khadra» et surtout pour leur pays.
S. B. L.




