Face à l’épidémie de grippe porcine Comment réagissent les Algériens
Les propos tournent surtout autour des préoccupations quotidiennes comme le commerce, l’administration et autres priorités de la vie.
Les Algériens ne cèdent pas à la panique avec l’annonce des deux cas de grippe AH1N1. Mais chacun y va de sa propre explication de cette pandémie qui frappe l’humanité.
Rue Didouche-Mourad, un kiosque à journaux affiche les manchettes de la presse quotidienne qui fait état d’un cas avéré de grippe porcine et de douze autres suspects. Les badaux, sans aller jusqu’à débourser les dix dinars pour acheter le journal, scrutent néanmoins les titres, alors que d’autres vont jusqu’à lire les articles des Unes, sans crainte d’incommoder le propriétaire du kiosque.
A priori, ces citoyens sont interpellés par le danger de la maladie, néanmoins dès que l’on s’écarte du périmètre où ces derniers se sont agglutinés, les rues d’Alger sont loin de la paranoïa face au fléau du virus A/H1N1. En effet, dans les cafés, les commerces et autres lieux publics, les conversations sont loin de porter sur cette maladie.
A Alger-Centre, les propos tournent surtout autour des préoccupations quotidiennes autrement plus prenantes comme le commerce, l’administration et autres priorités de la vie quotidienne.
Dans les pharmacies, on est d’ailleurs loin du rush sur le fameux Tamiflu et les bavettes propres à masquer les voies aériennes supérieures. Interrogé sur l’attitude qu’ont ses clients vis-à-vis de cette menace, le propriétaire d’une pharmacie, rue Meissonnier, affirme : « J’ai la paix avec mes clients.
Cette histoire de grippe porcine, c’est de la pure intox ! Du battage médiatique, un os juteux pour les mass média ! Certes au premier cas mondial signalé, j’ai remarqué une certaine inquiétude ambiante, mais plus depuis. »
Un autre responsable d’officine exerçant au bout de la rue Didouche-Mourad ajoute pour sa part : « Avec toutes les pathologies courantes qui affectent les Algériens, la grippe porcine apparaît vraiment comme un souci mineur, une partie négligeable.
La grippe A est loin d’empoisonner le quotidien de nos compatriotes ! » « Nous sommes en période estivale, c’est-àdire en plein été et le supposé virus ne peut qu’avoir tout le mal du monde à proliférer.
Notre espace de vente est fort heureusement serein et ne connaît point l’afflux qu’avait enregistré l’épisode de la flambée de conjonctivite ! », poursuitil.
Au fil de la conversation, notre vis-à-vis se départit de son air docte pour expliquer, sur un registre quasi mystique, que l’Algérien est guidé par une sorte de fatalisme qui le rend plus fort moralement face à ce type d’aléa. Il invoque notamment la baraka et la protection divine.
Toutefois, une autre catégorie de personnes, particulièrement celle appartenant au troisième âge, manifeste un plus grand intérêt à l’étiologie de cette maladie. Nombre d’entre eux disent ignorer les symptômes annonciateurs de ce qui est décrit comme un terrible mal.
« J’ai eu dernièrement des courbatures et ai énormément toussé. J’avoue que je m’inquiète davantage aujourd’hui pour ma santé ! Il serait judicieux de vulgariser l’information sur cette infection afin que les gens sachent à quoi s’en tenir », déclare un septuagénaire.
De son côté, un gérant de fast-food, du même âge, livre une explication métaphysique en affirmant que tous les quarante ans, l’humanité est systématiquement frappée d’une calamité. Selon lui, l’Algérie est miraculeusement épargnée par la volonté de Dieu, contrairement à « certains pays arabes où l’on élève et mange du porc ». Notons qu’une partie de la gent féminine manifeste de l’angoisse vis-à-vis de cette pandémie. Il s’agit essentiellement des mères de famille.
A l’image de cette dame active qui, tout en voulant en savoir plus sur les signes cliniques de cette grippe, s’interdit toute idée de voyage à l’étranger tant que l’alerte internationale n’est pas encore levée. Ahmed, fonction libérale et l’air détaché, fait également part de sa version : « Je ne suis pas du tout inquiet… Elle est moins virulente que la grippe aviaire…
Je m’en moque donc complètement, car j’ai assez de problèmes pour penser à ça. Après tout, il faut bien mourir de quelque chose. A mon avis, rien ne touche l’Algérie, ni la grippe aviaire, ni la grippe porcine… »
S. B.




